31, rue Cambon, grenouille offerte à Coco Chanel par Jacques Chazot. Photo Chanel
La mode est aussi un métier du spectacle, avec son lot de doigts croisés, fesses pincées et grigris farfelus. Les créateurs les plus iconiques étaient pétris de superstitions, à commencer par Gabrielle Chanel dont l'appartement sans chambre, niché au-dessus de sa boutique 31 rue Cambon, regorge de porte-bonheur : une statuette de lion (son signe astrologique), des cristaux de roche et boules de cristal (pour attirer les bonnes ondes), un lustre à pampilles de quartz et d'améthyste cachant dans sa ferronnerie le chiffre 5 (en souvenir d'un défilé organisé un 5-5 qui détermina le choix du parfum N°5 au succès phénoménal), le « G » de Gabrielle et le double « C » de Chanel. Yves Saint Laurent ne s'est jamais départi du bureau de Christian Dior dont il a hérité et sur lequel il a travaillé jusqu'au bout, ni du mètre de couturier de ce dernier. Lui aussi s'entourait de figurines de lions, son signe astrologique, et de gerbes de blé supposées attirer l'abondance. Dior lui-même ne faisait jamais une collection sans y introduire une pièce baptisée « Grandville », du nom de la maison de son enfance, et le muguet en toute saison le protégeait contre le mal. Plus près de nous, les couturiers libanais n'avouent, eux, aucune superstition. Élie Saab « accepte ce qui vient, remercie Dieu, fait de son mieux et ne cherche pas à contrer le sort, tout en s'entourant exclusivement de personnes sereines, joyeuses et positives ». Rabih Kayrouz pour sa part se détourne des croyances mais « sent l'énergie des gens et des lieux ». « Il y a des personnes qui me portent bonheur et me protègent, dit-il, et des lieux qui me donnent une bonne énergie. » Zuhair Murad a simplement balayé la question d'un lapidaire « je n'ai aucune superstition ».

