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Moyen Orient et Monde - Génocide De 1915

Paul Haidostian : Certains Arméniens commencent à perdre leur intérêt pour la cause

Tom de Waal et Paul Haidostian, le président de l'Université Haigazian, réaffirment la responsabilité turque dans les massacres, tout en notant les changements de la perception de la communauté arménienne au cours des dernières décennies.

La couverture de l’ouvrage.

« L'intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel » : c'est la définition d'un génocide par le statut de Rome, qui explicite les règles de fonctionnement élémentaire de la Cour pénale internationale (CPI). Le terme n'a toutefois pas été utilisé, depuis le début du XXIe siècle en tout cas, pour définir la déportation et le massacre de plus d'un million d'Arméniens entre 1915 et 1916 par le parti des Jeunes Turcs, qui dirigeaient alors l'Empire ottoman. Ce n'est que dans les années 1940 qu'il fait son apparition, dans les travaux de l'avocat américain d'origine polonaise Raphael Lemkin, mais il ne deviendra courant que dans les années 1960, raconte Thomas de Waal, chercheur associé au Carnegie Endowment pour le département Russie et Eurasie, en présentant son dernier ouvrage sur le génocide arménien, Great Catastophe, lors d'une conférence au Carnegie Middle East Center à Beyrouth. « J'ai voulu consacrer mon livre au traumatisme engendré par le génocide et sur la façon dont il a été vécu par les générations qui ont suivi, ainsi que sur la définition et l'utilisation du terme », explique-t-il, alors que le centième anniversaire du génocide doit être célébré le mois prochain.

Car si les événements de 1915-1916 ont été relayés par les médias de l'époque, les grandes puissances ne les ont utilisés que sporadiquement au fil des décennies, suivant leurs intérêts du moment. Massacrés par les Turcs, pourchassés par les Soviétiques par la suite, les Arméniens durent attendre 1991 pour accéder à leur indépendance, c'est-à-dire à la chute de l'Union soviétique. Entre-temps, des groupes qualifiés de « terroristes » ont (brièvement) émergé dans les années 1970-80, comme Armenian Secret Army for the Liberation of Armenia (Asala) et le Justice Commandos of the Armenian Genocide (JCAG), fomentant des attentats principalement contre des diplomates turcs. Parallèlement, un début de dialogue a été secrètement amorcé entre des responsables arméniens et turcs. Cette volonté de rapprochement a notamment été mise en avant par le journaliste turc d'origine arménienne Hrant Dink, assassiné en 2007 et qui, comme le rappelle Tom de Waal, avait coutume d'affirmer : « La Turquie est à la fois notre poison et notre antidote. »

 

(Lire aussi : La Turquie combattra « activement » la qualification de génocide arménien)

 

« 100 ans trop tôt »...
De fait, à l'heure actuelle, « il est absurde de contester ce qui s'est passé », relève de son côté le pasteur Paul Haidostian, président de l'Université Haigazian, avant d'ajouter : « Pour les Turcs, c'est 100 ans trop tôt, mais pour nous, c'est 100 ans trop tard. » Mais alors que la diaspora arménienne tente tant bien que mal, depuis quelques décennies, de se reconstruire une identité, elle reste « limitée » par le déni turc du génocide, déplore M. Haidostian. « Il est très important pour les Arméniens en particulier, comme pour le Moyen-Orient en général, de voir des changements s'opérer en Turquie. Il est certain que des crimes de toutes sortes ont été commis par toutes les nations du monde ; mais dans ce cas-là, des gens ont non seulement perdu leurs proches, mais on leur retire le droit à la vérité », estime le pasteur. En attendant, l'utilisation même du terme de « génocide » demeure problématique, sans compter que « certains Arméniens commencent à perdre leur intérêt pour cette cause », affirme M. Haidostian.

À partir de là, comment opérer ? Le génocide arménien est-il un fardeau que seuls les descendants des victimes et des rescapés doivent porter ? « Les attitudes arméniennes, souligne le directeur de Haigazian, ont changé, évolué au cours des dernières décennies. Pour nombre d'Arméniens, tous les Turcs ne sont pas mauvais, et tous les Arméniens ne sont pas angéliques non plus, et c'est cette nuance qui permettra d'aborder de front le problème » relationnel entre les deux camps.
Aujourd'hui, un dialogue a été établi, des échanges ont lieu entre les deux pays. Mais comment corriger l'histoire? N'y a-t-il pas d'ouverture possible ? se demande Paul Haidostian. « Je pense que les Arméniens devraient s'ouvrir à des changements en Turquie, non pas concernant le terme génocide, mais sur la manière dont les événements sont perçus dans ce pays, et c'est bien plus fructueux » de changer les choses au niveau sociétal qu'au niveau politique, juge-t-il.

 

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