Les forces irakiennes sont entrées dans Tikrit hier. Ahmad al-Rubaye/AFP
Lancée il y a 10 jours, l'offensive des forces gouvernementales irakiennes pour reprendre Tikrit, tombée dès juin aux mains des jihadistes, a pris un tour nouveau avec la percée des rangs jihadistes par le nord de la ville. Des soldats, des policiers et des membres des Unités de mobilisation populaire, une force paramilitaire principalement composée de miliciens chiites, ont repris le contrôle d'une bonne partie du quartier Qadisiyah, mais la suite s'annonce délicate, a d'ores et déjà prévenu un haut gradé sous le couvert de l'anonymat. « Nous n'avons pas face à nous des combattants au sol, mais un terrain piégé et des snipers », a-t-il ajouté, une technique rodée des jihadistes étant de truffer de bombes et autres engins explosifs les villes qu'ils s'apprêtent à quitter. Des dizaines de milliers d'hommes participent à la bataille de Tikrit, face à quelques centaines de jihadistes, selon plusieurs sources.
La ville stratégique d'al-Alam, au nord de Tikrit, était, elle, hier complètement sous contrôle gouvernemental, a constaté un journaliste de l'AFP.
Attentats-suicide en série
Au même moment, à quelque 100 km à l'ouest de Bagdad, les jihadistes ont lancé une attaque spectaculaire, coordonnée, dans Ramadi, le chef-lieu de la province d'al-Anbar où ils sont entrés il y a plus d'un an. Douze voitures piégées ont explosé au même moment, à l'aube, aux quatre coins de la ville. Au moins sept d'entre elles étaient conduites par des kamikazes et visaient les forces de sécurité, selon la police. Au moins 17 personnes sont mortes et près de 40 ont été blessés, selon un responsable de la police et un docteur de l'hôpital de Ramadi. Des heurts ont ensuite éclaté, mais plusieurs responsables ont affirmé que le groupe extrémiste sunnite n'avait pas gagné de terrain dans Ramadi, divisée entre jihadistes et forces gouvernementales. « Nos forces de sécurité étaient prêtes », a salué le gouverneur d'al-Anbar, Sohaib al-Rawi.
Corridor Alep-Mossoul
De l'autre côté de la frontière, en Syrie, l'EI a aussi lancé une offensive majeure hier pour tenter de conquérir la ville kurde de Ras al-Ain au Nord, frontalière de la Turquie, a indiqué l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Ras al-Ain, située dans la province de Hassaké et qui comptait environ 50 000 habitants avant la guerre, est contrôlée par la principale milice kurde de Syrie, les YPG. Les combats ont fait des dizaines de morts dans les deux camps, selon l'OSDH qui s'appuie sur un large réseau de sources en Syrie. La ville est située à une trentaine de km de Tall Tamer, que les jihadistes veulent prendre pour s'ouvrir un corridor reliant la province d'Alep à la frontière irakienne et à Mossoul.
Par ailleurs, la coalition internationale s'est ainsi félicitée mardi d'avoir coupé des routes utilisées par l'EI entre l'Irak et la Syrie. Estimant que l'heure était « cruciale », le secrétaire d'État américain John Kerry a demandé aux parlementaires d'accorder au président Barack Obama l'autorisation d'utiliser la force contre l'EI. Mais plusieurs hommes politiques américains se sont déclarés gênés par la place de l'Iran dans la lutte contre les jihadistes. L'Iran soutient de fait les milices chiites irakiennes auxquelles Téhéran aurait fourni artillerie, entraînement et « certaines informations », selon le plus haut gradé américain, le général Martin Dempsey.
(Source : AFP)

