Absorbés par nos propres soucis (et nous le sommes presque tous), nous avons tendance à résister quand les autres réclament notre attention ou tentent de nous faire entrer dans leur vie. Cependant, comme il nous est agréable à tous de trouver une « oreille amie », un être qui prend part à nos soucis, qui oublie un peu ses occupations pour entrer de plein cœur dans notre univers ! Nous avons essayé de le faire, pour voir, un soir où notre couple était invité à dîner, chez un ami dessinateur. Ses collections de « scoops » nous ont toujours ennuyés, mais, cette fois, quand il a abordé le sujet de son passe-temps favori, nous avons décidé, au lieu de n'accorder à ses propos qu'une attention polie et superficielle, de lui donner la joie d'avoir en face de lui de véritables auditeurs. Grâce à ses multiples connaissances sur les clichés recueillis, leurs histoires et leur retentissement, il nous a tenus sous le charme. Quand nous nous sommes séparés, il était rayonnant de joie et nous étions intimement satisfaits.
Il y a mille manières de faire des concessions : on en fait toutes les fois que l'on consent de bon cœur à partager, à céder son rang dans une file d'attente, sa place en salle d'attente ou, comme le fait un de mes amis retraité, à ne pas occuper un emplacement disponible près de l'entrée du service d'un MacDo, en pensant que quelque jeune mère de famille pressée pourra en profiter.
Nous avons personnellement adopté une autre manière d'appliquer ce principe. Nous essayons maintenant, toutes les fois que nous ne sommes pas d'accord avec quelqu'un, de tâter le terrain jusqu'à ce que nous découvrions un point sur lequel nos opinions concordent. Après quoi, nous faisons savoir à cette personne, avec tout l'enthousiasme possible, que, sur ce détail au moins, nous sommes de son avis. Si véhémente que puisse être ensuite l'expression de nos divergences politiques, philosophiques ou sociales, elle sera beaucoup moins pénible du fait qu'au début nous avons eu un point d'entente. Quels miracles s'opéreraient, en nos temps difficiles, si les sujets de controverses entre les jeunes et les personnes âgées, politiciens, les amateurs de violence et les non-violents étaient analysés de façon sincère et constructive, pour permettre de découvrir au moins quelques points communs !
Suffit-il de prendre la résolution de donner de soi-même pour voir ses efforts couronnés de succès ? Certes, non. II arrive, au début, d'avoir peur du ridicule, de ne pas être compris, de se faire rembarrer. Attendons-nous à supporter quelques blessures d'amour-propre. Qu'est-ce que cela peut bien faire ? Nous apprendrons que tout ce qu'on peut donner, c'est un peu de soi-même.
Récemment, nous avons vu, en route pour la montagne en voiture, une planche de bois d'un mètre de longueur utilisée pour les constructions, objet tombé d'un camion surchargé. Notre premier mouvement fut de contourner l'obstacle, mais quelque chose nous poussa à intervenir. Nous nous sommes rangés le long du trottoir, nous sommes descendus de voiture et avons lancé l'objet dans une boîte à ordures. Ses contours carrés auraient, en effet, risqué de provoquer un accident grave la nuit. Une demi-heure plus tard, un inconnu nous abordait au parking du restaurant où stationnait notre voiture en nous disant : « Je vous ai vu faire, tout à l'heure. Merci de m'avoir ouvert les yeux. J'ai souvent aperçu sur la route des objets dangereux et je ne me suis pas arrêté. Maintenant, je le ferai. »
Par ce geste, nous apprendrons bientôt à donner de nous-mêmes, de bonne grâce. En fait, c'est du « dégel » dont toutes nos agglomérations humaines ont besoin avant tout. Le jour où nous serons assez nombreux à décider de donner de nous-mêmes, ce sera le signal du printemps : méfiance, scepticisme, rebuffades passeront de mode.
Quand nous avons des soucis ou que nous nous sentons simplement déprimés, nous éprouverons un grand bien-être à faire un effort conscient en faveur des autres. Ne croyons pas que nous jouerons les âmes sensibles, mais nous sommes absolument convaincus que l'élan qui nous porte à faire plaisir à autrui active effectivement la circulation et engendre une saine réaction de l'organisme. On s'en trouve plus alerte, plus apte à goûter la vie, à profiter de ses couleurs et de sa diversité.
Bien entendu, le don de nous-mêmes ne doit pas viser à la récompense. Donner un peu de soi, c'est déguster un élixir de bonheur, et c'est en même temps apporter sa petite contribution à l'édification d'un monde meilleur, plus aimable, plus vivable.
Sylvain THOMAS


BIENVEILLANCE... AMABILITÉ... BONTÉ... APPELEZ-LE COMME CELA VOUS PLAÎT... MAIS... IL NE FAUT PAS SOUFFRIR LES CAPRICES ET LES FAUTES DES AUTRES... IL FAUT Y RÉMÉDIER EN LES BLÂMANT ET/OU LEUR CONSEILLANT À N'EN POINT FAIRE !
11 h 00, le 08 mars 2015