Tout porte à croire que ceux qui ont décidé ou discuté de la prescription unifiée ne sont pas au courant de la réalité des activités commerciales, ou alors l'occultent pour des raisons démagogiques ou inavouées.
Dans cette prescription unifiée, le pharmacien peut remplacer le médicament prescrit par un générique, sauf si le médecin ou le patient s'y oppose. Or le pharmacien perçoit un pourcentage fixe sur la vente des médicaments (de l'ordre de 20 %). Si le médicament original coûte 100$ et le générique 50$, je ne vois pas par quelle logique masochiste il va remplacer l'original par un générique et se contenter de 10$ de profit, au lieu de 20$. À moins que certains importateurs de génériques ne fassent des offres alléchantes au pharmacien, c'est-à-dire lui assurent des gains supplémentaires en cas de bonnes ventes et autres bénéfices en nature, comme le font normalement tous les commerçants grossistes aux détaillants. C'est maintenant leur chance de percer sur le marché alors qu'ils n'ont pas pu le faire par leur promotion auprès des médecins. Il n'empêche que les producteurs de médicaments originaux ne vont pas rester les bras croisés et, au moins au niveau international, ils sont extrêmement riches et ont les moyens de mener des campagnes agressives.
Donc, normalement, il va y avoir une nouvelle guerre commerciale menée auprès des pharmaciens, par les importateurs et producteurs pharmaceutiques, qui va s'ajouter aux efforts de promotion classiques auprès des médecins. Et un pharmacien lambda va, à chaque fois qu'il a devant lui une prescription, choisir l'option qui lui assure le plus de profit : le médicament original, ou un des génériques disponibles sur le marché, sans savoir (et parfois sans se soucier de savoir) laquelle de ces options est la meilleure pour le patient (sauf si ce dernier est un client fidèle qu'il tient à garder).
J'ai écrit « un des génériques », parce que souvent un médicament original a plusieurs génériques qui ne sont pas tous équivalents au niveau de la qualité. Avec cette nouvelle mesure, l'appétit des commerçants spécialisés va s'aiguiser, et il va y avoir plein de nouveaux produits génériques sur le marché. L'administration publique est supposée contrôler à la fois les entrées et la qualité des produits. Mais l'expérience a prouvé un nombre incalculable de fois que ce contrôle ne va pas se faire, par incompétence ou par corruption, ou bien, dans la majorité des cas, pour les deux raisons à la fois.
Est-ce que le patient va profiter de tout cela ? Normalement, la part de marché des génériques va quand même augmenter (mais à partir d'un plancher minime de 10-15 % actuellement). Mais le patient va être aussi soumis à des messages divers lui conseillant d'utiliser tel ou tel autre produit, selon les intérêts des interlocuteurs, sans être capable scientifiquement de faire la part des choses.
Tout cela ne veut pas dire qu'on ne doit pas favoriser le générique dans ce pays. Mais pour cela il y a d'autres moyens, qui seraient longs à développer ici.
Nicolas SBEIH
Consultant en média

