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Moyen Orient et Monde - Lutte Antiterrorisme

Arabie saoudite-Pakistan : de l’eau dans le gaz

Des Pakistanais chiites manifestant vendredi dernier à Peshawar contre l’attaque d’une mosquée dans le nord-est du pays, qui a fait 23 morts le 13 février. A Majeed/AFP

Alliée de longue date du Pakistan, l'Arabie saoudite s'y retrouve pour la première fois critiquée publiquement, soupçonnée de nourrir ce sanglant terrorisme qu'Islamabad s'est récemment engagé à éradiquer coûte que coûte. Les deux États islamiques à majorité sunnite partagent beaucoup de liens religieux et financiers, du précieux soutien pécuniaire saoudien à un Pakistan en difficultés économiques à l'aide militaire pakistanaise à Riyad. Mais le massacre en décembre dernier dans une école de Peshawar de plus de 150 personnes, dont plus de 140 écoliers, par un commando des talibans a changé la donne. Pressé d'agir, Islamabad a annoncé une tolérance zéro pour tous les groupes islamistes violents et un renforcement du contrôle des écoles coraniques (madrassas), accusées pour certaines de fabriquer des extrémistes à la chaîne. Depuis, des médias et même des ministres se sont penchés sur le rôle des Saoudiens dans le financement de ces madrassas suspectes et donc des violences, nourrissant pour la première fois des tensions entre les deux États amis.
La semaine dernière, l'ambassade saoudienne à Islamabad a publié un communiqué soulignant que tous ses dons aux madrassas recevaient le feu vert d'Islamabad, en réponse à un ministre pakistanais qui avait accusé Riyad de nourrir l'instabilité à travers le monde musulman. Le ministère pakistanais des Affaires étrangères a peu après souligné que les dons privés via des « canaux informels » seraient également scrutés à la loupe pour tarir le financement des groupes terroristes. Si ce communiqué ne mentionnait pas explicitement l'Arabie saoudite, il a été largement interprété comme un reproche voilé à son endroit.
Outre les madrassas, l'Arabie s'est récemment retrouvée à la une des médias pakistanais lorsqu'un de ses princes a été autorisé par Islamabad à venir dans le sud du pays chasser par milliers une espèce d'oiseaux en voie de disparition et en principe protégée. L'épisode a donné l'impression que le Pakistan laissait les riches VIP saoudiens ignorer ses lois pour préserver sa relation privilégiée avec Riyad.
Pour Badar Alam, éditeur au mensuel pakistanais Herald magazine, cette vague de critiques contre les Saoudiens est inédite. « L'Arabie saoudite a de gros intérêts économiques au Pakistan. Avant, personne ne posait de questions là-dessus. Mais maintenant, la presse pakistanaise le fait », note-t-il.

Trop importante...
En 2009, des télégrammes diplomatiques américains qui ont fuité depuis accusaient les donateurs saoudiens d'être « la plus importante source de financement des groupes terroristes à travers le monde ». Parmi leurs destinataires mentionnés, on trouvait divers groupes extrémistes sunnites, des talibans à el-Qaëda en passant par le Lashkar-e-Jhangvi, auteur de nombreux attentats contre la minorité chiite au Pakistan.
Pour Najmuddin Sheikh, un ancien ambassadeur pakistanais, le massacre taliban de l'école de Peshawar a contribué à ouvrir les vannes de la critique des Saoudiens au Pakistan. Mais faire des efforts pour réduire le financement étranger des madrassas extrémistes ne sera pas suffisant, souligne-t-il : il faut également que le Pakistan, chez lui, rompe tout lien avec des groupes armés extrémistes que son armée a pendant longtemps utilisés pour contrer l'influence de son rival indien, au Cachemire et en Afghanistan notamment. « Nous n'avons pas eu besoin des Saoudiens, nous avons nourri notre propre radicalisation », abonde un responsable gouvernemental pakistanais sous le couvert de l'anonymat. « Mais si le climat actuel est à la critique contre les Saoudiens, souligne-t-il, la relation entre les deux pays reste trop importante et bénéficiaire pour le Pakistan pour que ce dernier la remette en cause. »
Issam AHMED/AFP

Alliée de longue date du Pakistan, l'Arabie saoudite s'y retrouve pour la première fois critiquée publiquement, soupçonnée de nourrir ce sanglant terrorisme qu'Islamabad s'est récemment engagé à éradiquer coûte que coûte. Les deux États islamiques à majorité sunnite partagent beaucoup de liens religieux et financiers, du précieux soutien pécuniaire saoudien à un Pakistan en difficultés économiques à l'aide militaire pakistanaise à Riyad. Mais le massacre en décembre dernier dans une école de Peshawar de plus de 150 personnes, dont plus de 140 écoliers, par un commando des talibans a changé la donne. Pressé d'agir, Islamabad a annoncé une tolérance zéro pour tous les groupes islamistes violents et un renforcement du contrôle des écoles coraniques (madrassas), accusées pour certaines de fabriquer des...
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