La directrice générale du FMI Christine Lagarde et le porte-parole du FMI Gerry Rice. Archives/AFP
Nouveau front pour l'Ukraine : à l'heure où le conflit persiste dans l'Est, le plan massif d'aide financière promis à Kiev par la communauté internationale voit s'amonceler des zones d'ombres liées notamment à la dette du pays.
Asphyxié par dix mois de conflit meurtrier, l'Ukraine doit en théorie recevoir quelque 40 milliards de dollars dans les quatre prochaines années pour contrer une récession abyssale (-7,5 % en 2014) et se donner un peu d'oxygène. C'est la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, qui avait annoncé mi-février ce vaste plan auquel son institution doit contribuer à hauteur de 17,5 milliards de dollars sous forme de prêts, en remplacement d'un précédent programme qui s'est révélé insuffisant.
La dirigeante avait alors ébauché à grands traits la liste des autres contributeurs : pays donateurs, institutions multilatérales et surtout les créanciers de l'Ukraine, appelés à alléger la dette du pays en essuyant des pertes ou en repoussant les échéances de remboursement.
Cette dernière source de financement est, de loin, la plus problématique.
Les discussions sur la dette n'ont pas encore commencé à Kiev, mais l'allègement qui devrait en résulter a déjà été chiffré « à 15 milliards de dollars » et intégré dans le plan d'aide, a déploré l'Institut de la finance internationale (IIF), qui réunit les principales banques du globe.
« Le secteur privé est censé contribuer sans aucune consultation. Ce n'est pas une manière très amicale de faire ce genre de chose », a dénoncé son économiste en chef pour l'Europe émergente, Ondrej Schneider.
L'incertitude sur ces discussions, par nature épineuses et complexes, pourrait finir par déteindre sur le Fonds monétaire international et ses 188 États membres.
De son propre aveu, le Fonds devra ainsi approuver sa participation au plan ukrainien au plus tard « début mars » sans que cette hypothèque majeure ait été levée.
« Les discussions entre le gouvernement ukrainien ne seront pas achevées à ce moment-là », a reconnu le porte-parole du FMI, Gerry Rice.
« Fardeau excessif »
Cette incertitude fait grincer quelques dents au sein du FMI, même si le feu vert final de l'institution ne fait guère de doute. « Mon inquiétude est que nous courrons le risque de ne pas avoir une vision suffisamment claire de la contribution des autres sources, privées et publiques », affirme à l'AFP Paulo Nogueira Batista, directeur exécutif du FMI pour le Brésil et 10 autres pays.
« Cela pourrait vouloir dire que le Fonds devra porter un fardeau excessif », a-t-il ajouté, précisant qu'il s'exprimait à titre personnel. En clair, le FMI pourrait se retrouver plus seul que prévu si les discussions sur la dette n'aboutissaient pas au résultat espéré.
Contrairement à ce qui s'est passé lors du sauvetage de la Grèce, auquel le FMI participait, les Européens n'ont ainsi pas prévu de venir massivement en aide à l'Ukraine, qui ne fait partie ni de la zone euro ni de l'Union européenne. De leur côté, les États-Unis, soutiens farouches de Kiev, ont dit étudier l'octroi au pays de 2 milliards de dollars de garanties sur prêts, dont une partie devra toutefois être approuvée par un Congrès peu docile.
Seule la Banque mondiale a clairement répondu à l'appel en se disant prête mi-février à aider l'Ukraine à hauteur de 2 milliards de dollars cette année.
« Il y a réellement une part importante de l'enveloppe financière qui manque et cela reflète les circonstances uniques de négociation de ce programme », assure à l'AFP Domenico Lombardi, ancien membre du conseil d'administration du Fonds, évoquant le défi de réduire la dette d'un pays en plein conflit. « C'est vraiment un terrain inconnu pour le FMI », ajoute-t-il.
Face à ces incertitudes, le FMI fait bloc. « Nous sommes convaincus que le plan de financement de 40 milliards de dollars sera réuni (...) à temps », a assuré le porte-parole Gerry Rice, tout en reconnaissant que le FMI devra se prononcer sans nécessairement avoir tous les « détails » en main. « Ce dont nous avons besoin, c'est de l'impression crédible (...) que les contributions au plan global vont dans la bonne direction », fait-il valoir.
Jeremy TORDJMAN/AFP


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10 h 53, le 21 février 2015