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Nos lecteurs ont la parole - Maya-Maria Torbey

« Assassinés pour le seul fait d’être chrétiens »

Je m'attendais à ce que tu m'accompagnes un jour, mais je ne m'attendais pas à ce que cela soit aux alentours de la Saint-Valentin, sur une plage, en plein coucher de soleil. Je croyais qu'on serait seuls. Ou peut-être accompagnés de ceux qui accompagnèrent ma jeunesse. Ma vieillesse aussi, je l'espérais. Je m'attendais à ta discrétion, ton tact, ta venue toute douce, toute timide. Sans bruit. Sans images. Sans arrière-pensées... Quand soudain, j'entends quelqu'un dire : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci ? »
Pourtant, je n'étais ni Simon ni fils de Jean. Je ne sais pas à qui il s'adressait. J'avais juste plié bagage vers cette autre terre pour travailler. J'y suis resté un peu. Un peu trop, peut-être ? Sans le savoir, sans même le vouloir, ma présence a fini par déranger. Alors que j'y réfléchissais un instant, j'entendis encore une fois cette même voix dire...
« Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ? »
Le type s'est sans doute trompé de personne. D'espace et de temps. Je ne sais pas à qui il s'adresse. Pourtant, je me pose et j'y réfléchis un moment. Cette fois-ci, il omet de mentionner « ces autres » dans son questionnement... Comme s'il voulait à tout prix arracher un « je t'aime », qu'importe sa nuance, me semble-t-il... Comme s'il était même prêt à faire un compromis là-dessus, qu'il soit aimé un peu plus ou un peu moins que « ces autres ». Qu'importe. Mais qui es-tu ? Pourquoi demandes-tu tant d'amour, avec tant d'acharnement ? Et qui est ce Simon, fils de Jean, à qui tu le demandes ? Et pourquoi c'est moi qui l'entends ? Je regarde mes camarades. Je reconnais leur visage. Je me souviens de leurs noms. Pas de Simon. Pas de Jean. Mais tout au fond de moi, ce même cri retentit comme une dernière fois : « M'aimes-tu ? »...
Je ferme les yeux. J'avance le pas lourd. Je n'ai pas le cœur à donner de l'amour. Pas ici. Pas maintenant. Le temps presse et chaque seconde m'est désormais comptée. Cela fait dix minutes que nous marchons. Je pensais une éternité. J'ouvre les yeux. Et je suis les pas de cette dernière valse qui m'est jouée...
« En vérité, en vérité, je te le dis, quand tu étais plus jeune, tu te ceignais toi-même et tu allais où tu voulais; mais quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et un autre te ceindra et te mènera où tu ne voudras pas. »
Je ne suis pas vieux. Mais pour cette dernière valse, je ne sais si c'est moi qui t'accompagne ou si c'est plutôt l'inverse. Je te vois, hélas, comme premier de cordée, tout teinté d'orange à ton tour. Plutôt que le noir qui défile derrière, c'est la croix que tu portes en avançant. Moi, je marche derrière toi. Et tu me demandes encore si je t'aime, maintenant ? Je ne sais si j'ai eu le temps de reprendre tes sept paroles sur la croix. Mon bourreau, lui, était un peu trop pressé. Mais sur ce chemin qui mène vers toi, ma douzième minute a retenti comme ta douzième station : « Père, entre Tes mains je remets mon esprit. »
« L'heure vient où quiconque vous fera mourir croira rendre à Dieu un sacrifice agréable (...) Je vous ai dit ces choses afin que vous ayez la paix en moi... Prenez confiance, j'ai vaincu le monde. »
Quinzième station. « Mort, où est donc ta victoire ? »
« Ils ont été assassinés pour le seul fait d'être chrétiens. Le sang de nos frères chrétiens est un témoignage qui hurle. Donner son sang, c'est témoigner du Christ. Je demande de nous encourager réciproquement à aller de l'avant avec cet œcuménisme qui nous donne force, l'œcuménisme du sang » (le pape François).
Puisse leur fidélité interroger la nôtre. Puisse-t-elle la soutenir aussi. Pour eux, pour nous, ne soyons pas des chrétiens à moitié. Demandons au Seigneur la force et la foi de ces hommes. « Cessons d'être gentils, soyons vrais. » Le carême est là pour nous aider.

Maya-Maria TORBEY

Je m'attendais à ce que tu m'accompagnes un jour, mais je ne m'attendais pas à ce que cela soit aux alentours de la Saint-Valentin, sur une plage, en plein coucher de soleil. Je croyais qu'on serait seuls. Ou peut-être accompagnés de ceux qui accompagnèrent ma jeunesse. Ma vieillesse aussi, je l'espérais. Je m'attendais à ta discrétion, ton tact, ta venue toute douce, toute timide. Sans bruit. Sans images. Sans arrière-pensées... Quand soudain, j'entends quelqu'un dire : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci ? »Pourtant, je n'étais ni Simon ni fils de Jean. Je ne sais pas à qui il s'adressait. J'avais juste plié bagage vers cette autre terre pour travailler. J'y suis resté un peu. Un peu trop, peut-être ? Sans le savoir, sans même le vouloir, ma présence a fini par déranger. Alors que j'y...
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