La maison Liban est en danger. Elle brûle. Tandis que chiites et sunnites se battent à travers le monde arabe, détruisant sur le chemin cartes, villes et territoires, les chrétiens du Liban et leurs concitoyens regardent avec effroi leur futur incertain. Par leur incapacité à élire un président de leur confession, les chefs maronites mettent non seulement leur communauté, mais tout le Liban au bord d'une falaise. Ils enlaidissent ainsi le tableau, déjà particulièrement vilain.
Aujourd'hui, à la vue de toutes ces entités nationales ethnico-religieuses qui pullulent autour de lui, qu'est-ce qui éviterait l'éclatement du pays ? Rien. Toutes les conditions sont réunies : une haine entre communautés, un chômage galopant, une fuite des cerveaux, une milice armée jusqu'aux dents, des fanatiques religieux de tous bords, des hommes politiques incompétents et irresponsables et, enfin, une cinquième colonne syrienne. Est-il donc nécessaire d'en rajouter une autre avec ce vide au plus haut poste de la République ? Les sages, eux, savent que pour remédier à cela il faudrait un Napoléon ou un Fouad Chéhab, un homme providentiel en somme. Quelqu'un qui sache apaiser les tensions en s'imposant au « juste milieu ». Comme jadis entre royalistes et républicains, ou nasséristes et libanistes, il est désormais plus que jamais nécessaire de réconcilier les contradictions, de ménager les clans et d'étouffer la haine. Urgemment, un leader réellement chrétien, à l'image du Christ tolérant, conciliant et sage, est demandé. Sinon qui arrêterait la cohorte de ces fanatiques que hante l'idée d'un suicide culturel, cette fuite des cerveaux, cette cantonisation grandissante?
Nous ne voulons pas être libres, non. Nous voulons juste vivre. Nous ne pouvons demander la liberté, alors que ce dont nous avons besoin est la stabilité. La maison a été mal bâtie. Ses fondations sont en ruine. Un architecte est requis, ou peut-être un médecin, en tout cas quelqu'un qui sache porter haut et fort nos valeurs de tolérance et de vivre-ensemble, tout en les soudant par le bas à travers l'éducation et l'institution. Et cela, ni Aoun ni Geagea ne pourra le faire. Le premier est trop démagogue, le second trop dogmatique. Les deux se sont compromis tout au long des années de guerre et plus récemment par des alliances diaboliques. Dans la masse des maronites se trouvent sans aucun doute des êtres aptes et honnêtes. Ils ne devraient plus tarder à émerger. Mais cela dépend quand même de l'étranger, disent certains. Comme s'ils redoutaient un choix enfin libre, post-guerre civile, post-hégémonie syrienne et post-influence syrienne, ils rejettent la faute sur autrui. L'esclave ne se libère que quand il le décide. Puisque la Syrie n'est plus là – car elle a d'autres chats à fouetter – et que l'Iran, l'Arabie saoudite, les États-Unis et la France, c'est-à-dire ceux qu'on accuse d'ingérence de part et d'autre, nous regardent abasourdis, l'union est nécessaire. Celle-là, si elle se produisait, serait sacrée et symboliserait une renaissance de notre patrie. C'est elle qui créerait la vraie indépendance. Le dialogue est bon mais vain s'il ne se traduit pas sur le terrain. Cette concrétisation serait mon futur président. Enfin je l'espère... Parce que sinon, autant diviser le pays dès maintenant. Les gens veulent vivre. Dans des cantons ou dans un pays, peu importe, tout ce qui compte c'est que la vie continue, et avec elle le peuple et les traditions.
Pour que les autres nous envient à nouveau nous voulons un président, et nous le voulons maintenant !
Manu RAMIA


QUAND LES POULES AURONT DES DENTS ; n'challâh !
08 h 00, le 18 février 2015