Rechercher
Rechercher

Nos lecteurs ont la parole - Georges Édouard Salwan

La grandeur de l’islam des Lumières

L'islam classique est la dernière incarnation de l'Ancien Monde. L'Orient islamique dans son effort d'autoconstruction pendant trois siècles devient un creuset civilisateur. Le domaine spatial de l'Islam se compose de multiples pays. L'Arabie saoudite, vide de ses habitants, a été le berceau, le monde des racines, le lieu siège du pèlerinage. L'Égypte a été la ruche dense de l'inépuisable réservoir des fellahs. La Syrie-Mésopotamie, terres de cultures irriguées par l'Euphrate et le Tigre, cœur du grand califat, formait le monde sémitisé avec une pointe d'iranisation pour l'Irak, car au-delà de la zone des isthmes se profile à l'est le monde iranien avec ses prolongations jusqu'en Asie centrale et en Inde. À l'ouest, l'Afrique du Nord. L'Iran reste une pièce fondamentale de l'édifice islamique, le pôle second d'une civilisation arabo-islamique ou arabo-iranienne ?
Cette Perse millénaire, terrain neuf jouant avec l'islam qui y subit les influences de l'Inde et de la Chine. L'Islam restera sous sa forme classique axé sur sa profondeur asiatique continentale, l'Occident musulman faisait figure de monde neuf et fondamentalement périphérique.
L'Islam a été une plaque tournante cruciale pour ses partenaires mondiaux car il était ouvert aux échanges et exerçait une hégémonie par la puissance de sa monnaie qui entraînait l'économie mondiale. La conquête du monde arabe du VIIe siècle a été un phénomène arabe pur, planifié par un État organisé, l'État médinois puis omeyyade. Le rôle des Arabes a été prépondérant dans la construction du domaine califal. Les Arabes ont maintenu leur identité, posé les fondements de l'État islamique modèle, diffusé leur langue et leur religion. De la fondation de Constantinople au IVe siècle jusqu'au mouvement des croisades au XIe siècle, on note une période orientale de l'histoire. L'apogée du monde musulman va du VIIIe au milieu du XIe siècle. Dans l'Orient musulman se trouvent les centres moteurs de la vie économique et culturelle tandis que l'Occident n'offre que des espaces culturels, intellectuels et commerciaux vides depuis la décadence de Rome. Les premières conquêtes des Arabes d'Arabie sous la direction des chefs quraychites viseront les pays du Croissant fertile, Mésopotamie, Syrie, Égypte. Ces armées de l'Islam s'ouvriront aussi aux contingents levés parmi les populations subjuguées. Les Iraniens pousseront vers l'Asie centrale, les Syro-Égyptiens vers l'Afrique du Nord et à leur tour les Berbères d'Afrique du Nord vers l'Espagne et la Sicile, dans le but de construire un vaste domaine politique et religieux et d'unir dans un grand empire des territoires disparates et des peuples divers, et de se fondre dans les vieilles populations qu'ils ont soumises, iraniennes, sémitiques, égyptiennes, berbères, ibériques. Alors que se maintiennent les vieux peuples de l'Orient classique : Araméens, Perses, Égyptiens.
Politiquement, cette conquête a construit un vaste domaine, l'État islamique symbolisé par le califat. Religieusement, elle a implanté l'islam. Linguistiquement, elle a entraîné l'extension de la langue arabe. Économiquement, l'union en un vaste ensemble de territoires disparates.
La rapidité et le succès de ces conquêtes peuvent être imputés au fait que les Arabes étaient accueillis par les peuples sémitiques de Syrie et de Mésopotamie, de parenté ethnique et linguistique, comme des libérateurs du joug de Rome et de Byzance et à l'Empire perse sassanide. De plus, les tendances démocratiques et cosmopolites du message islamique répondaient au mouvement de révolte sociale et religieuse. Seuls les Berbères resteront en état de résistance opiniâtre. En l'espace de quelques siècles, toutes les contrées diverses ont secrété une civilisation commune au cachet évidemment distinctif. Les hordes de Barbares, Turcs et Mongols, qui ont envahi son territoire ont paradoxalement adopté l'islam et sa civilisation pour bâtir de nouveaux empires non moins puissants que les premiers. Même si la première grandeur reste inégalable, d'autres grandeurs allaient suivre, qu'expriment puissamment l'art des Mogols de l'Inde et celui des mosquées d'Istanbul.
On s'interroge sur la notion de déclin de l'Islam postclassique, celui d'après 1050. Son rôle se terminera quand les hordes barbares se seront abattues sur ses belles cités. L'Occident qui prendra la relève doit son ascension à cet Islam historisant et médiateur.
Ne faudrait-il pas sommer les musulmans de partir à la recherche de leur passé et les Occidentaux d'intégrer l'islam dans le champ du savoir authentique et sérieux, d'où la nécessité d'une dimension spirituelle et d'une réflexion sur le projet culturel de l'islam et l'étude du rôle formateur de l'État islamique ? Alors résultera un vrai changement de perspective dans la perception de l'histoire.

Georges Édouard SALWAN
Avocat au barreau de Beyrouth

L'islam classique est la dernière incarnation de l'Ancien Monde. L'Orient islamique dans son effort d'autoconstruction pendant trois siècles devient un creuset civilisateur. Le domaine spatial de l'Islam se compose de multiples pays. L'Arabie saoudite, vide de ses habitants, a été le berceau, le monde des racines, le lieu siège du pèlerinage. L'Égypte a été la ruche dense de l'inépuisable réservoir des fellahs. La Syrie-Mésopotamie, terres de cultures irriguées par l'Euphrate et le Tigre, cœur du grand califat, formait le monde sémitisé avec une pointe d'iranisation pour l'Irak, car au-delà de la zone des isthmes se profile à l'est le monde iranien avec ses prolongations jusqu'en Asie centrale et en Inde. À l'ouest, l'Afrique du Nord. L'Iran reste une pièce fondamentale de l'édifice islamique, le pôle second d'une...
commentaires (5)

GRANDEUR ! ISLAM ! LUMIÈRES ! Oui, bon, ça va quoi !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

07 h 58, le 18 février 2015

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (5)

  • GRANDEUR ! ISLAM ! LUMIÈRES ! Oui, bon, ça va quoi !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    07 h 58, le 18 février 2015

  • CELA DÉPEND DE COMMENT ON VOIT LES CHOSES !

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    13 h 42, le 17 février 2015

  • LA TAKOL ASLI WA FASLI ABADAN... INNA ASL IL FATA MA KAD 7ASAL !

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    12 h 13, le 17 février 2015

  • C'est pourtant si simple et tellement de bon aloi, cette fabuleuse laïcité et sa gracieuse liberté de pensée ! C'est essentiellement la séparation de la société civile et de la société religieuse, n’est-ce pas, garantie par un État neutre, équitable, impartial qui permet à ces "religions de s'épanouir" dans des sphères privées et séparées. A partir de là n’challâh, on peut tout agencer et tout équilibrer. On peut même faire davantage, par exemple faciliter aux uns et aux autres une pratique "sereine et épanouissante" de leur religion. Permettre que les manifestations cultuelles se développent parallèlement, c'est-à-dire sans se heurter et dans la simultanéité. Et aussi, lorsque c'est nécessaire, traiter tranquillement, avant qu'ils s'enveniment, les problèmes qui peuvent surgir. Comme celui de tous ces intégrismes fondamentalistes ! La question enfin ainsi posée, il est communément admis qu'il est inopportun de la trancher à coups seulement d'arguments coupants et péremptoires, car elle est plus complexe, mahééék, qu'il n'y parait. Et puisque d'excellents esprits plaident en sens divers avançant des arguments qu'il est malaisé de rejeter sans plus, il faut sans nul doute faire l'effort d'appliquer à ce problème islamiste concret non seulement la nécessaire rigueur réglementaire sans laquelle tout se gâterait, mais aussi l'ouverture d'esprit et la sacro-sainte tolérance sans lesquelles tous ces grands principes ne seraient que des fondamentalismes qui s'ignoreraient.

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    11 h 27, le 17 février 2015

  • C'est pourtant si simple et tellement de bon aloi, cette fabuleuse laïcité et sa gracieuse liberté de pensée ! C'est essentiellement la séparation de la société civile et de la société religieuse, n’est-ce pas, garantie par un État neutre, équitable, impartial qui permet à ces "religions de s'épanouir" dans des sphères privées et séparées. A partir de là n’challâh, on peut tout agencer et tout équilibrer. On peut même faire davantage, par exemple faciliter aux uns et aux autres une pratique "sereine et épanouissante" de leur religion. Permettre que les manifestations cultuelles se développent parallèlement, c'est-à-dire sans se heurter et dans la simultanéité. Et aussi, lorsque c'est nécessaire, traiter tranquillement, avant qu'ils s'enveniment, les problèmes qui peuvent surgir. Comme celui de tous leurs intégrismes fondamentalistes ! La question enfin ainsi posée, il est communément admis qu'il est inopportun de la trancher à coups seulement d'arguments coupants et péremptoires, car elle est plus complexe, mahééék, qu'il n'y parait. Et puisque "d'excellents esprits plaident en sens divers avançant des arguments qu'il est malaisé de rejeter sans plus, il faut sans nul doute faire l'effort d'appliquer à ce problème islamiste concret non seulement la nécessaire rigueur réglementaire sans laquelle tout se gâterait, mais aussi l'ouverture d'esprit et la sacro-sainte tolérance, sans lesquelles tous ces "grands principes" ne seraient que des fondamentalismes qui s'ignoraient.

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    09 h 12, le 17 février 2015

Retour en haut