Un autre regard sur l’Afrique.
« Maridadi » est le nom de l'exposition d'Anthony Russell, et cela signifie « Beau » en swahili. Si on veut résumer en quelques mots l'accrochage qui a lieu à la galerie d'Elsie Braïdi, ce serait par un regard autre sur l'Afrique. Un regard à la fois amoureux et organique.
De père photographe et chasseur et de mère musicienne, Russell a toujours accompagné son papa durant les safaris. En grandissant, il se met à la photo, à la musique et à l'architecture. D'ailleurs dans l'élaboration de ses œuvres photographiques dont les ventes vont au profit de la protection des animaux, on peut ressentir l'intervention de toute discipline artistique et l'incursion par instants du travail de son père. « Je suis une fusion de tout, dit Russell. D'ailleurs, il m'importe de montrer une autre image que celle déjà éculée du continent africain. Jusqu'à présent, il y a des millions de photos de l'Afrique qui sont presque toutes similaires. Elles reproduisent un éléphant, un lion dans la brousse ou un troupeau de girafes. Pour moi, l'Afrique est une femme et elle doit être représentée comme telle. »
Anthony Russell offre donc à voir une Afrique non statique mais mouvante, dynamique et vibrante. Non pas en une dimension mais en deux, trois et même quatre... Les couleurs sépias ou simplement le noir et blanc, avec incursions d'étoffes, de bijoux ou autres ornements, achèvent de donner à la photo une dimension presque surréelle d'une Afrique rêvée.
Dans la série de clichés numériques réalisés sur Photoshop et sélectionnés particulièrement pour Beyrouth, les yeux sont importants, ils occupent l'espace. En noir et blanc ou en sépia, les portraits de femmes sur grand format se mélangent aux guépards, lions, zèbres, lynx, ou tigres. Tempête ou ballet aquatique, corps entrelacés de bêtes et d'humains, tout se mélange chez Russell pour raconter l'aventure humaine.
« Chaque travail est comme une histoire personnelle mise dans le contexte d'une photo, où s'empilent différentes strates et se mêlent différentes lectures. » Les influences de David Bailey (« Nous avons fait un safari ensemble »), de Damien Hearst et de Dona Karan, ou encore du rocker Ron Wood, se font ressentir dans cet espace où rien n'est planifié. Tout est spontané. « J'ai beaucoup voyagé, vu, entendu des sons, touché des textures. Je suis comme une machine qui absorbe ce qu'elle a vu pour le reproduire par la suite en images. Parfois j'arrive à me surprendre moi-même. »
Dans cet espace qui ne laisse aucune place à l'organisation, on a l'impression d'entendre les tam-tams de Massaïs, le simoun ou le sirocco souffler dans les branchages, de voir la course des félins et même de sentir le sable du désert.
« Je ne veux pas perdre la spontanéité », conclut Anthony Russell. Même si les tempêtes soufflent et que les bêtes se battent en duel, dans ce monde chaotique, tout parle de beauté et de sérénité. « Maridadi. »
*Galerie Les Plumes, Tabaris. Tél. : 01-333537.

