Le ministre de l’Éducation, Élias Bou Saab. Photo « L’Orient-Le Jour »
La guerre larvée entre le député Hadi Hobeiche et le ministre de l'Éducation, Élias Bou Saab, a éclaté au grand jour hier matin avec les accusations lancées en direct par le député du Akkar contre le ministre de l'Éducation à travers la LBCI. Ces accusations, il les réitère à L'Orient-Le Jour, explications à l'appui. « Le ministre Bou Saab a procédé au transfert de 850 enseignants de l'école publique de manière illégale », affirme-t-il. « Il a fait fi de la loi 442 qui réglemente le transfert des enseignants en fonction de leur ancienneté. De même, il a ignoré le refus du directeur général, Fady Yarak, des directeurs d'établissements ou d'autres directions concernées, qui faisaient remarquer le caractère illégal de ces mesures. Il a renvoyé sa demande d'exécution tout en apposant la mention "demande renouvelée avec insistance". »
« Un gaspillage de 12 millions de dollars »
Selon le député, le ministre a opéré ces mutations « pour des considérations politiques et partisanes, privilégiant les enseignants appartenant au CPL et au PSNS ». « M. Bou Saab a vidé certaines écoles d'enseignants, qui étaient pourtant indispensables, et créé un surplus d'enseignants et de surveillants dans d'autres établissements. En procédant de la sorte, le ministre de l'Éducation a gaspillé 12 millions de dollars », estime M. Hobeiche. Il explique que « ces enseignants cadrés ont été remplacés par des contractuels auxquels il faudra payer les heures supplémentaires ».
Le député du Akkar dit aussi craindre pour les écoles de la région qu'il représente. « Il a ruiné le Akkar », accuse-t-il. Il regrette, à titre d'exemple, que les trois seuls enseignants cadrés de l'école publique de Aïn el-Zahab aient été affectés à d'autres postes, dans d'autres régions : « La totalité des enseignants de cette école de 1 300 élèves sont désormais contractuels. Leur niveau est forcément moins bon que les professeurs cadrés qui ont passé les examens nécessaires, car ils sont embauchés sur piston. »
Hadi Hobeiche assure que les précédents ministres de l'Éducation n'ont jamais eu recours à de telles procédures. Son dossier constitué depuis un mois environ, il promet qu'il ne s'arrêtera pas en chemin et qu'il questionnera le gouvernement à ce propos. Mais il déplore qu'il n'y ait « aucun mécanisme pour demander des comptes à un ministre ».
(Pour mémoire : L'infantilisme de certains ministres empêche toute prise de décision sérieuse)
« J'ai agi conformément à mes prérogatives »
« Je procède de la même manière que mes confrères, les anciens ministres de l'Éducation, affirme de son côté Élias Bou Saab à L'Orient-Le Jour, en réponse à ces accusations. Toutes les décisions de transfert que mes prédécesseurs ont prises avant moi, y compris les ministres du 14 Mars, ne répondaient pas aux conditions requises. Les dossiers sont là pour le prouver. » Le ministre de l'Éducation estime que la procédure à laquelle il a eu recours est « routinière ». « De même, sont routinières les observations du directeur général », dit-il. M. Bou Saab est formel : « Je n'ai pas enfreint la loi. Bien au contraire, j'ai agi dans le cadre de mes prérogatives, car cette même loi 442 qui empêche de transférer un enseignant n'ayant pas 5 ans d'ancienneté m'autorise à réitérer la demande et y apposer la mention avec insistance. »
« Cette loi me permet aussi d'ordonner l'affectation d'une enseignante qui s'est mariée et qui vit loin de son lieu de travail », assure-t-il. Et de demander si « c'est vraiment de la corruption que de réclamer la mutation de pauvres gens qui passent plusieurs heures par jour sur les routes pour rejoindre leur école ». « Comment puis-je refuser le transfert d'un enseignant chrétien qui n'en pouvait plus de travailler à Minié, car il y avait reçu des menaces ? » demande-t-il encore.
Élias Bou Saab précise avoir informé le Conseil des ministres des transferts effectués. « J'ai agi dans le respect de l'intérêt général, de la sécurité et de la santé des enseignants, tout en préservant l'enseignement public », dit-il. Il certifie aussi qu'il n'a pas embauché de contractuels pour remplacer les enseignants transférés. « J'ai embauché en 2014 une cinquantaine de contractuels sur demande expresse des présidents de municipalités du Akkar, de Wadi Khaled et de Saïda, car il y avait urgence », reconnaît-il toutefois, démentant formellement les accusations du député du Akkar sur les privilèges accordés aux enseignants du CPL et du PSNS.
Au-delà du désaccord politique habituel entre un député du courant du Futur et un ministre du bloc du Changement et de la Réforme, il semble qu'un profond litige personnel oppose les deux hommes. « Il s'agit d'un désaccord fondamental », note Élias Bou Saab. Il accuse le député du Akkar « d'utiliser les services rendus aux habitants à des fins électorales ». « J'ai mis fin à ces boutiques », lance-t-il.
Mais selon Hadi Hobeiche, ce litige remonte à plusieurs mois, « lorsque le ministre de l'Éducation avait remercié le directeur régional de l'enseignement primaire, Georges Daoud. De même, il avait fait remplacer par une de ses cousines la directrice du Centre national de recherche, Leyla Fayad, qui a pourtant fait preuve d'excellence ».
Face à ces accusations et contre-accusations, une question s'impose. L'école publique, déjà plombée par la crise syrienne, fera-t-elle les frais d'un règlement de comptes entre ces deux personnalités du 14 et du 8 Mars ?
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13 h 32, le 14 février 2015