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Nos lecteurs ont la parole - Salim F. Dahdah

Le dernier discours de Hassan Nasrallah accentue le blocage interne

Pour le premier anniversaire de la mort tragique de Sami Marrouche, Walid Joumblatt s'exprime avec émotion, parlant de ses frères d'armes durant la triste guerre du Liban et termine en disant : «... Nous avons vécu le grand rêve arabe, où en tout cas un moment de son parcours, ce rêve éclaté par les Grecs (entendu probablement les chrétiens), les Perses et les Juifs...! » Nous n'allons certainement pas chercher ici à analyser le fond de la pensée du bey de Moukhtara, mais développer d'autres arguments qui rejoignent la même conclusion.
Depuis en effet la création d'Israël en 1948, une longue guerre avec les États arabes s'est installée. Fort de son alliance avec les USA et du silence approbateur de l'Occident, Israël provoque, façonne et redessine impunément l'avenir des terres et des peuples d'Orient. Durant toute cette période et à ce jour, il utilisera systématiquement l'appétence de pouvoir et de puissance de régimes et d'axes politiques divers pour provoquer des confrontations au sein du monde arabe et faire évoluer, consciemment ou inconsciemment, la situation sur le terrain dans le sens qu'il recherche. L'analyse objective de tous les événements qui se sont succédé à ce jour montre une parfaite harmonie entre la stratégie établie et la tactique suivie.
Nonobstant certains accidents de parcours, tout se déroule comme prévu. Les processus de déclenchement des opérations en question, le profil des multiples intervenants (le régime alaouite de Syrie,le régime de Saddam Hussein et ses successeurs en Irak, la République islamique d'Iran, son bras militaire le Hezbollah, et récemment l'EI, al-Nosra et el-Qaëda), le déroulement des hostilités, la conclusion des opérations engagées, aboutissent tous, grâce au « fil d'Ariane » qui lie ses événements entre eux, à l'établissement d'un package géopolitique qui devra sceller la fin de cette longue guerre et initier les futures règles et conditions de vie et de paix dans cette région du monde. Pour illustrer cette analyse et comprendre les causes profondes de cette succession de bouleversements qui ont secoué les pays suivants : l'Irak, le Koweït, l'Iran, le Liban, la Palestine, la Syrie, l'Égypte, Bahreïn et le Yémen, il suffit de se demander qui en sont le ou les bénéficiaires. Ses actions ont en effet conduit, directement où indirectement, à des césures, des dislocations, voire des démantèlements de fait. Elles ont par ailleurs contribué à diluer systématiquement les statuts d'États-nations indépendants et souverains, et leur ont substitué des États-communautés. Elles ont enfin aidé à transformer sournoisement et en profondeur le panorama géopolitique régional qui doit permettre à Israël de s'intégrer en toute sécurité dans un environnement qui lui était initialement hostile. Des régimes sont en effet tombés, d'autres vont bientôt suivre, certains États ont changé de décideurs et subissent des amendements constitutionnels drastiques ; des peuples ont été chassés de chez eux et de larges transferts de populations ont eu lieu, des régions géographiques entières, enfin, ont vu leurs composantes démographiques changer fondamentalement.
Sur quoi s'est donc basé le secrétaire général du Hezbollah sur le front régional pour lancer ses mises en demeure? Croit-il vraiment que le jeu des alliances objectives ponctuelles sur les terrains de confrontation lui permettra de réaliser ses propres intérêts stratégiques et changer les donnes de cette guerre israélo-arabe ? Peut-il s'y lancer sans filet de sécurité ? Est-ce que son appartenance à l'axe syro-iranien est suffisante pour lui donner une immunité sans failles ? En fait, cette prise de position ressemble plutôt à une nouvelle partie de ping-pong entre les mêmes équipes mais avec en plus de nouveaux joueurs qui, opérant tous selon les mêmes modules, risquent au maximum d'augurer d'une nouvelle étape de bouleversements dans le long processus qui doit aboutir à l'intégration d'Israël dans cette région du monde.
Dans ce combat existentiel, tout laisse penser que le monde arabe, qui est déjà profondément vulnérabilisé, va continuer à se lézarder. Les gesticulations de tous les axes qui se confrontent se neutralisent mutuellement et aucun ne sera à même de changer grand-chose pour atteindre les objectifs entrepris sur l'échiquier régional. Le chaos qui suit le déroulement de chaque étape de ce long parcours entrepris pour modifier la géopolitique moyen-orientale accentue les risques d'effondrement généralisé des régimes et des statuts des pays de la région et avec eux celui du « grand rêve arabe », comme l'a si clairement exprimé Walid Joumblatt. Sur le front interne, ce discours continuera, du fait précisément de l'engagement du parti de Dieu hors des frontières et malgré les dialogues bilatéraux en cours, à bloquer toutes les perspectives de réhabilitation et de reconstruction de l'État des institutions, le retour de toutes les composantes politiques sous le plafond de la République et le respect des règles démocratiques les plus élémentaires.
À partir de cette analyse des événements et des bouleversements qui se succèdent depuis des décennies dans cette partie du monde, le temps n'est-il pas arrivé pour que les pays arabo-musulmans adoptent une nouvelle vision politico-religieuse plus adaptée aux réalités socio-économiques actuelles dans le monde ? Ne doivent-ils pas éviter que leurs contradictions et leurs dissensions internes entre sunnites et chiites n'entraînent leur éclatement, la dilution de leurs richesses et la perte de tous les paramètres culturels qui leur avaient valu leur réputation planétaire ?
L'exemple libanais, qui en fait partie, devrait en effet leur servir de modèle de par son ouverture, sa tolérance et son vivre ensemble. Toutes les composantes politiques de cette terre message doivent elles aussi prendre conscience de l'obligation d'arrêter de jouer avec le feu en se lançant dans des paris inaccessibles, et profiter de la richesse et de l'originalité de leur Constitution. Ils doivent s'atteler à transformer ce coin d'arabité en un îlot de paix, de sécurité et de solidarité pluricommunautaire et pluriculturelle et pourquoi pas de neutralité permanente ? Un choix qui desservirait certainement, s'il venait à être adopté internationalement, ses propres intérêts, ceux de tous les pays d'Orient et ceux de l'Occident dans cette région du monde.

Pour le premier anniversaire de la mort tragique de Sami Marrouche, Walid Joumblatt s'exprime avec émotion, parlant de ses frères d'armes durant la triste guerre du Liban et termine en disant : «... Nous avons vécu le grand rêve arabe, où en tout cas un moment de son parcours, ce rêve éclaté par les Grecs (entendu probablement les chrétiens), les Perses et les Juifs...! » Nous n'allons certainement pas chercher ici à analyser le fond de la pensée du bey de Moukhtara, mais développer d'autres arguments qui rejoignent la même conclusion.Depuis en effet la création d'Israël en 1948, une longue guerre avec les États arabes s'est installée. Fort de son alliance avec les USA et du silence approbateur de l'Occident, Israël provoque, façonne et redessine impunément l'avenir des terres et des peuples d'Orient. Durant toute...
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