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Moyen Orient et Monde - Conférence

Le Jihad islamique palestinien, ou l’autre visage de la lutte contre Israël

Le MJIP est un mouvement sunnite influencé par le chiisme iranien, qui lutte pour la souveraineté de la Palestine.

Des militants palestiniens du Jihad islamique. Mahmud Hams/AFP

Dans la famille des partis politiques palestiniens, le MJIP, ou Mouvement du Jihad islamique en Palestine, figure en bonne place. Toutefois, entre les deux figures actuelles, le Fateh et le Hamas, difficile de se faire une place de choix sur la scène politique, d'une part, et médiatique, de l'autre. Ce « jeune-vieux » parti reste encore méconnu du public. Une lacune à laquelle le chercheur Nicolas Dot-Pouillard a tenu à remédier dans un ouvrage, coécrit avec Wissam Alhaj et Eugénie Rebillard. Ainsi, dans De la théologie à la libération, histoire du Jihad islamique palestinien, les auteurs scrutent les fondements d'un parti, qui pourrait a priori figurer en « outsider », mais qui semble réellement avoir sa place au sein de la société palestinienne.

Lors d'une conférence organisée par l'Ifpo, Nicolas Dot-Pouillard a voulu mettre la lumière sur ce mouvement, au nom qui peut facilement prêter à confusion dans les temps actuels. Se définissant comme une « organisation nationaliste islamique et un mouvement de libération », ce qui paraît explicite quoique complexe, c'est sur le mot « jihad » qu'il est commun de buter. Car il ne faut pas confondre État islamique et Jihad islamique.

Outre l'utilisation linguistique qui diffère : le jihad pour le MJIP est le « combat contre l'injustice », alors que le même terme pour l'EI est la « lutte au nom d'un idéal religieux », les objectifs ne sont évidemment pas les mêmes. Le MJIP est un mouvement sunnite influencé par le chiisme iranien, qui lutte pour la souveraineté de la Palestine. Par ailleurs, comme le Hamas, le MJIP concentre son action contre l'État hébreu. « Ce mouvement a fait l'actualité en mars 2014 lors d'un conflit d'une durée de 24 heures avec Israël, ainsi que l'été dernier lors de la guerre à Gaza. Son action reflète une capacité militaire assez importante qu'il n'avait pas en 2010. »


(Lire aussi : Percée du Liban en droit international public, ou l'autre résistance contre Israël...)

 

De plus, toujours selon le chercheur, « le MJIP risque de refaire parler de lui, étant donné que les analystes se posent la question quant à une 3e intifada, au vu des nombreuses manifestations en Cisjordanie ces derniers mois, notamment à Jérusalem-Est, qui jusqu'alors, ne présentait pas de signes d'agitation populaire. »
De son côté, l'EI, lui, vise à instaurer par la force un califat au-delà des frontières nationales actuelles (Irak, Syrie) et se montre très opposé au JIP qu'il accuse de « chiifier » les palestiniens, selon Nicolas Dot-Pouillard.

Distinction faite, d'où vient et où va ce mouvement palestinien ? Fondé dans les années 70 autour de la figure de Fathi Shaqaqi, médecin de formation et ancien membre des Frères musulmans, ce n'est que vers 1992 qu'il tend à peser réellement dans l'arène politique palestinienne. À l'origine, il s'agit d'étudiants palestiniens résidant en Égypte. Souvent dépeint par les médias « uniquement comme un mouvement armé, il s'avère être un réel mouvement politique, avec des activités syndicales et civiles ». Il est notamment actif dans les prisons israéliennes, comme lors des dernières grèves de la faim.

D'autre part, celui-ci est particulièrement engagé dans les négociations de réconciliation interpalestiniennes entre le Fateh et le Hamas. Agissant de manière efficace en tant que médiateur, il diffère avec ses « cousins » sur plusieurs points.
Tout d'abord, il s'agit d'un parti qui ne se présente pas aux élections législatives et présidentielles car il considère que ce sont des élections mises en place dans le cadre de l'Autorité palestinienne, à laquelle il est farouchement opposé. C'est pourquoi il partage avec le Hamas la critique des accords d'Oslo. Cependant, le Jihad islamique participe aux élections municipales, car elles sont antérieures aux accords.
Nicolas Dot-Pouillard nous explique également que le Jihad islamique est difficile à classer, car n'appartenant pas à la mouvance des Frères musulmans ni à la mouvance salafiste jihadiste. De plus, « l'OLP manque de dimension religieuse, tandis que les Frères ne sont pas suffisamment nationalistes. »

Sur ce positionnement ambigu, « ce parti se veut révolutionnaire », refusant de s'impliquer dans les actions sociales et l'éducation religieuse, mais choisit de se concentrer sur la lutte armée. D'ailleurs, le chercheur n'hésite pas à les qualifier de « guevaristes » car ils cherchent prioritairement la libération nationale pour construire ensuite la véritable société islamique. Cependant, le MJIP est placé sur la liste officielle des organisations terroristes du Canada, des États-Unis de l'Union européenne, de l'Australie et du Royaume-Uni. Il est considéré comme terroriste par Israël et le Japon.

Autre fait important, le Jihad islamique palestinien a des liens pérennes avec Téhéran (dont il tire des financements) et avec le Hezbollah auprès duquel il a combattu durant l'invasion israélienne de 2006. Malgré ses racines sunnites, le Jihad islamique s'imprègne volontiers de la pensée contemporaine chiite.
Ainsi, le Jihad islamique est un mouvement difficile à classer dans le paysage politique palestinien, mais qui reste fidèle à son but : la libération de la Palestine.

 

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