De gauche à droite : Imre Varsanyi, Eva Rethazi et Janos Forgacs. Ces trois survivants hongrois du grand camp d’extermination nazi d’Auschwitz-Birkenau ont posé hier devant l’entrée du lieu de leur supplice, lors de la célébration du 70e anniversaire de la libération du camp, le 27 janvier 1945, par les troupes soviétiques. Laszlo Balogh / Reuters
Émotions intenses, recueillement, solidarité et volonté d'agir contre l'antisémitisme qui monte : tels sont les sentiments exprimés par les survivants d'Auschwitz, qui ont marqué hier le 70e anniversaire de la libération du grand camp d'extermination nazi où plus d'un million de juifs ont été assassinés, a rapporté l'AFP. « J'ai cru que j'allais être incinérée ici et que jamais je ne vivrai l'expérience de mon premier baiser. Mais, je ne sais comment, moi, jeune fille de 14 ans, j'ai survécu », a raconté Halina Birenbaum, née à Varsovie en 1929 et qui a connu, enfant, quatre camps nazis dont Auschwitz. Émigrée en Palestine en 1947, un an avant la création d'Israël, elle est devenue poétesse et écrivaine.
La cérémonie officielle a réuni à Oswiecim (nom polonais d'Auschwitz), dans le sud de la Pologne, quelque 300 survivants et une dizaine de chefs d'État. Une quarantaine de pays étaient représentés. Le président polonais Bronislaw Komorowski, qui a ouvert la cérémonie en saluant les survivants, a exprimé « respect et reconnaissance » aux soldats soviétiques qui ont libéré Auschwitz. Il corrigeait ainsi la maladresse du ministre polonais des Affaires étrangères, Grzegorz Schetyna, qui avait attribué la libération du camp aux Ukrainiens, s'attirant les foudres de Moscou. Mais, dans le même souffle, M. Komorowski a semblé mettre sur un pied d'égalité « les deux totalitarismes », nazi et soviétique, rappelant l'extermination à Katyn des élites polonaises par les services spéciaux de Staline.
La cérémonie s'est déroulée sous une immense tente blanche devant l'entrée du camp d'Auschwitz-Birkenau, couvert par une épaisse couche de neige. La tente avait été dressée au-dessus des rails sur lesquels étaient passés les trains transportant les juifs de toute l'Europe vers les fours crématoires de Birkenau. L'évocation de l'holocauste a conduit plusieurs participants à méditer sur la vie et la mort, et la nature humaine. « Je suis là pour me souvenir et pour prier pour tous ceux qui sont restés ici à jamais, je prie pour eux, et comme je ne sais pas dire des prières je vais prier avec mes pensées », a dit à l'AFP Michal Habas, déporté à Auschwitz à l'âge de 17 ans. L'un des « Piliers du Souvenir » – généreux donateur du musée d'Auschwitz –, l'Américain Ronald S. Lauder, a mis en garde contre la montée de l'antisémitisme, citant notamment « les derniers événements à Paris ». Il a lancé l'appel devenu le leitmotiv de la cérémonie : « Ne permettez pas que cela se produise encore. »
« La France est votre patrie »
Les dirigeants du monde entier avaient le regard tourné vers Auschwitz. Le président américain Barack Obama s'est engagé à « ne jamais oublier » les six millions de juifs et beaucoup d'autres tués par les nazis allemands, et a appelé à son tour la communauté internationale à garantir que « cela n'arriverait plus jamais ». Avant de prendre l'avion pour rejoindre Auschwitz, le président français François Hollande a dénoncé au Mémorial de la Shoah à Paris le « fléau » de l'antisémitisme, qui « conduit certains juifs à s'interroger sur leur présence en France. Vous, Français de confession juive, votre place est ici. La France est votre patrie », a dit M. Hollande. L'anniversaire de la libération d'Auschwitz, le 27 janvier 1945, est aussi la Journée internationale d'hommage aux victimes de l'holocauste. Ni Washington ni Moscou n'ont envoyé de personnalités de premier plan. La Russie était représentée par le chef de l'administration présidentielle, Sergueï Ivanov.
La cérémonie principale s'est achevée par une sonnerie déchirante du chofar, une corne utilisée dans les rituels israélites, et des prières juives pour les défunts. Puis une délégation de survivants et les responsables politiques ont marché sous la neige jusqu'au monument aux victimes de Birkenau, pour y déposer des fleurs et des cierges.


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