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À l’affût d’un époux libanais ? Ne cherchez pas à Beyrouth mesdemoiselles...

« Ce ne sont pas les hommes célibataires libanais qui manquent. Le manque de célibataires libanais se manifeste plutôt quand on désire effectuer une recherche basée sur la religion, le niveau éducatif et culturel, et le niveau de vie sociale », assure Solange Sraih, fondatrice d'une agence matrimoniale.

Selon une étude réalisée aux Pays-Bas, plus de 85 pour cent des femmes au Liban en âge de se marier et ayant moins de 35 ans sont célibataires.

Il y a quelques mois, une étude réalisée aux Pays-Bas révélait que plus de 85 pour cent des femmes au Liban, en âge de se marier et ayant moins de 35 ans, étaient célibataires. En d'autres termes, 15 pour cent seulement des femmes au Liban réussissent le « périlleux défi social » de se trouver un conjoint avant l'âge de 35 ans et échappent in extremis au stigmate de la vieille fille qui, malheureusement, rôde toujours. L'on aura beau répéter qu'une femme peut (très) bien s'accomplir, s'affirmer et trouver un sens à sa vie, sans enfants et sans Monsieur X, toujours est-il que les variations de la question existentielle « Toujours célibataire ? » reviennent souvent une fois la première trentaine dépassée.


Derrière ces statistiques, se cachent diverses raisons que la sociologie explique de manière très scientifique. Autonomie des femmes aujourd'hui plus instruites, envie de faire carrière, cherté de vie. Autant de raisons valables qui expliquent ce phénomène grandissant qui, en somme, menace le futur de la famille au Liban. Et pourtant, elles existent encore, ces jeunes femmes désireuses de fonder une famille. Ces femmes qui veulent à tout prix se trouver un époux avant « qu'il ne soit trop tard ». Ces femmes qui font semblant de ne pas être importunées le moins du monde par les questions curieuses de leurs proches concernant leur statut social mais qui crèvent en secret de se marier. Et à la question qui revient comme une ritournelle, elles répondent souvent : « Il n'y a pas eu bonne fortune » ou encore « je n'ai pas trouvé l'homme convenable ».


Car il faut les comprendre ces jeunes femmes, souvent éduquées et issues d'un milieu bourgeois aisé, ou de la classe moyenne. Il est hors de question pour elles d'« offrir le trophée » au premier bougre venu, ou de s'unir à vie à un employé de quatrième classe – bricoleur les dimanches – et d'arrondir difficilement des fins de mois en calculant chaque soir, sur un coin de lit, les dettes à rembourser et les économies à faire. Sans oublier le crédit d'une maison qu'il faudra payer pendant toute une vie et les chaussettes qu'elles devront recoudre lors des jours de misère, avant que les gosses ne grandissent et qu'elles ne soient obligées, désemparées, de leur expliquer qu'on ne peut pas tout avoir. Avec la phrase-culte du Film du Supermarché (tragédie-action) : « Rends-ça tout de suite, c'est trop cher ! » Piètre projet de mariage. Surtout quand l'amour n'est pas au rendez-vous.


L'on comprend donc un peu que ces jeunes filles acceptent, résignées, de ne pas quitter le bercail familial. « Comment vivre avec un homme si je ne peux pas l'admirer », s'interrogent-elles. « Ils sont où les hommes libanais, les futurs époux, les projets de papas, les vrais, ceux dont on peut tomber amoureux ? » se demandent-elles aussi. Et la fondatrice de l'agence matrimoniale Pom d'Amour, Solange Sraih, de répondre, un demi-sourire malicieux aux lèvres : « À Dubaï chérie. »

 

Tout quitter pour lui
Solange Sraih est experte en amour, en couples et en mariages. Depuis qu'elle a créé Pom d'Amour en 2007, elle a marié 67 couples. Sans scrupules, elle affirme que 75 pour cent des adhérents hommes entre 32 et 48 ans, des célibataires d'un certain niveau social, sont résidents à l'étranger pour travailler et faire carrière. Sur les 67 couples déjà mariés, nombreux sont ceux qui vivent aujourd'hui en dehors du pays, la femme ayant souvent suivi l'homme jusqu'à son lieu de travail. Des affirmations qui ne devraient pas surprendre en effet, vu le nombre de jeunes, dont beaucoup d'hommes, qui travaillent à l'étranger. Parmi ceux-ci, quelques 500 000 Libanais dans les pays du Golfe et plus de 120 000 aux Émirats arabes unis seulement.


Ainsi, les mâles libanais désirant s'investir dans un projet de mariage et bénéficiant de critères appréciés par les femmes seraient disséminés un peu partout dans le monde. Les jeunes filles, elles, devraient ainsi aller chercher ailleurs, surtout que ces hommes-là, comme l'affirme Solange Sraih, sont souvent à la recherche d'une femme libanaise et qu'ils n'ont pas trop le temps de faire des recherches. Si de nombreuses Libanaises travaillent aujourd'hui aussi dans les pays du Golfe, et qu'elles se lient souvent à leurs compatriotes émigrés, elles sont loin d'égaler en nombre les jeunes hommes célibataires. Une jeune fille du Liban n'a donc qu'à concentrer ses efforts sur l'un d'eux et le tour pourrait bien être joué. Site de rencontres ou agence matrimoniale, tous les moyens sont bons.


« Il n'y a pas un manque d'hommes au Liban, explique toutefois Mme Sraih. J'ai déjà marié des couples au Liban et il existe de nombreux hommes célibataires. Certains sont de très bons partis qui n'ont pas trop de temps à consacrer à leur vie sentimentale ou ont vécu des déceptions amoureuses. En fait, le manque n'existe pas à Beyrouth en termes de chiffres. Il se manifeste plutôt quand on commence à faire une recherche basée sur la religion, le niveau éducatif et culturel, et le niveau de vie sociale. C'est là qu'on peut se retrouver un peu à court dans le pays et que l'on est obligé d'aller rechercher des profils libanais à l'étranger, et ils sont nombreux. Cela est dû à l'émigration, à la crise économique dans le pays et à l'augmentation du nombre d'années d'études, souvent suivies à l'étranger. »

 

Vivre en harmonie
Et d'ajouter : « J'ai souvent rencontré des jeunes filles et femmes ayant cette envie de vivre en harmonie avec quelqu'un sous forme d'interdépendance dans le mariage. Ce mot-là m'avait frappé par ses multiples interprétations. Ces jeunes femmes ont besoin d'un homme aisé sur le plan financier ou ayant réussi plus qu'elles pour pouvoir l'admirer ! Car elles sont parvenues à obtenir des diplômes, des spécialisations, à réussir sur le plan professionnel et intellectuel comme des garçons. Elles souhaitent continuer à travailler après leur mariage et bénéficier d'une certaine influence dans la société. Quand on recherche de tels critères, il faut parfois chercher à l'étranger, d'autant que certaines de ces femmes – seul bémol – se trouvent sous le poids émanant de leur horloge biologique vers les 35 ans. Fonder une famille, se marier, trouver l'homme de ses rêves est alors une terrible pression ; il n'y a pas de temps à perdre. »


Comme l'explique Solange Sraih, les femmes adhérentes à Pom d'Amour demandent d'abord à rencontrer des hommes résidents au Liban, pour des raisons diverses. « Il est plus facile pour elles de rencontrer des hommes vivant au Liban, pour rester auprès de leur famille et pour conserver leur travail, ajoute-t-elle. Par ailleurs, les relations à distance sont parfois fatigantes et peuvent ennuyer. La femme ne peut souvent rencontrer l'homme avec qui je la mets en contact que lorsqu'il est à Beyrouth et doit se contenter de communiquer à distance avec lui en attendant que la relation évolue. En outre, l'homme libanais se perd encore dans son désir de trouver la femme moderne mais sage et prête à tout quitter pour lui. Or la décision pour une jeune femme attachée à son pays, ses racines, sa famille, son poste, de tout quitter et de s'aventurer vers l'inconnu, dans un pays géographiquement éloigné, est une chose assez effrayante. »
Et de poursuivre : « Souvent, les femmes commencent par des rencontres avec des hommes au Liban. En cas d'échec, elles se retournent ensuite vers des profils d'hommes à l'étranger, de préférence dans les pays du Golfe et de l'Europe proche. Là, on effectue une sélection préliminaire des profils bien avant une éventuelle rencontre, et le charme opère... »

 

Des histoires d'amour
Des rencontres qui tournent au sérieux, la gérante de Pom d'Amour en a à profusion. C'est grâce à elle que nous découvrons l'histoire de Hanane, 40 ans, responsable de la branche d'une banque, et Toni, 48 ans, architecte responsable de projets colossaux dans la région du Golfe. « J'avais entendu par ricochet lors d'une soirée, que l'une des invitées s'était mariée grâce à Pom d'Amour, raconte Hanane. Un peu réticente, j'ai d'abord voulu faire la connaissance de Solange avant de me décider à m'abonner et à tenter ma chance un mois plus tard. J'ai d'abord exigé de rencontrer des hommes résidant à Beyrouth. C'est plus pratique et j'ai en horreur les relations à distance. Pendant ce temps, la mère de Tony avait eu vent de l'agence Pom d'Amour et l'y avait inscrit à son insu, puisqu'il n'avait pas du tout le temps de faire des rencontres. Elle a ensuite réussi à le convaincre de faire ma connaissance lors de son prochain passage à Beyrouth. Nous nous sommes alors rencontrés malgré ma réticence à rencontrer un profil ne résidant pas au Liban et j'ai tout de suite senti que notre histoire avait de fortes chances de réussir, mais j'ai dû attendre deux longs mois avant de le revoir à Beyrouth. Franchement, la période a été longue et les choses allaient se détériorer, car souvent, une relation à longue distance sans une rencontre physique et tangible ne peut pas durer. »
« Mais le destin a voulu donner un coup de pouce à notre histoire, poursuit Hanane. Ma banque m'a en effet demandé de faire un voyage à Dubaï pour y superviser l'ouverture d'une nouvelle branche. Solange m'a alors proposé de proposer une rencontre à Tony et de prendre quelques jours de vacances supplémentaires à Dubaï. J'ai également trouvé cela un peu difficile (question de fierté à la libanaise, assure Solange Sraih). Mais j'ai finalement pris l'initiative et nous nous sommes rencontrés. Tony a particulièrement trouvé séduisant le fait que j'ai pris l'initiative de le rencontrer lors de mon déplacement professionnel. Et les choses se sont bien passées... Nous nous sommes mariés 8 mois plus tard. »


Une histoire que la gérante de l'agence matrimoniale aime souvent reprendre, même si elle appelle les filles intéressées à ne pas attendre d'avoir 40 ans pour solliciter le soutien des experts. « J'ai des profils de tous les âges, et l'âge n'est qu'un chiffre et il est peu important quand la femme est agréable et charismatique, explique-t-elle. Mais les profils assez tentants, et qui sont généralement des hommes ayant atteint la quarantaine, préfèrent généralement des femmes bien plus jeunes. C'est donc un atout pour la fille qui peut alors enjôler son homme plus facilement, et lui faire sentir qu'il devrait la gâter. »


Assurant que les femmes ne devraient pas avoir peur de faire faux bond en rencontrant des émigrés libanais, l'experte en mariages rapporte enfin l'histoire de cette femme qui n'avait plus que trois mois à passer à Beyrouth avant de se rendre au Canada pour y rester pour de bon. « Un adhérent vivant au Koweït m'a contactée durant la même période pour m'informer qu'il sera de passage au Liban et qu'il avait une demi-journée de libre, raconte-t-elle. En faisant mes recherches, j'ai trouvé que les deux jeunes gens avaient pas mal de critères en commun. J'ai donc proposé une rencontre du genre speed dating. Sympathiques comme ils sont, ils ont accepté et c'était in extremis. Pour vous la faire courte, ils se sont rencontrés à l'aéroport de Beyrouth pour un café et le courant est passé. Par bonheur, il préparait lui aussi son émigration pour le Canada. C'est là-bas qu'ils se sont fixés quelques mois plus tard un second rendez-vous et leur relation a bien évolué depuis... »


De quoi encourager toutes les jeunes filles à élargir leurs zones de recherche géographiques afin de croquer à la pomme d'amour. Des milliers de jeunes Libanais célibataires vivent en effet seuls à l'étranger. Leur vie sentimentale est souvent terne. Et la Saint-Valentin est juste derrière la porte...

 

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Il y a quelques mois, une étude réalisée aux Pays-Bas révélait que plus de 85 pour cent des femmes au Liban, en âge de se marier et ayant moins de 35 ans, étaient célibataires. En d'autres termes, 15 pour cent seulement des femmes au Liban réussissent le « périlleux défi social » de se trouver un conjoint avant l'âge de 35 ans et échappent in extremis au stigmate de la...

commentaires (5)

TROP DE PRÉMATURÉ CARNAVAL... EN CES JOURS !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

08 h 31, le 27 janvier 2015

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Commentaires (5)

  • TROP DE PRÉMATURÉ CARNAVAL... EN CES JOURS !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    08 h 31, le 27 janvier 2015

  • la femme dispose et l'homme propose?

    Jean Ajaltouni

    07 h 57, le 27 janvier 2015

  • "Yalla 3a'belokn" !

    Halim Abou Chacra

    06 h 32, le 27 janvier 2015

  • "Il est hors de question pour elles d'« offrir le trophée » au premier bougre venu, ou de s'unir à vie à un employé de quatrième classe – bricoleur les dimanches – et d'arrondir difficilement des fins de mois en calculant les dettes à rembourser et les économies à faire. Sans oublier le crédit d'une maison qu'il faudra payer pendant toute une vie et les chaussettes qu'elles devront recoudre lors des jours de misère, avant que les gosses ne grandissent et qu'elles ne soient obligées, désemparées, de leur expliquer qu'on ne peut pas tout avoir. Piètre projet de mariage. Surtout quand l'amour n'est pas au rendez-vous. « Comment vivre avec un homme si je ne peux pas l'admirer » (pour son argent!), s'interrogent-elles. Et de répondre, un demi-sourire malicieux aux lèvres : « À Dubaï chérie. » !". Quelle "mentalité" de bar à champagne, c'est pas vrai !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    02 h 33, le 27 janvier 2015

  • "Beaucoup de ces hommes travaillent à l'étranger. Parmi ceux-ci, quelques 500 000 Libanais dans les pays du Golfe et plus de 120 000 aux Émirats arabes unis seulement." ! Y-a-t-il parmi eux des chïïtes libanais et pro-héZébbb donc ? Si c'est oui, quel sera leur avenir dans ce milieu Orthodoxe Sunnite .... "hostiiile" ; yâ hassirtîîîh ?!

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    02 h 27, le 27 janvier 2015