À Marioupol, les habitants étaient sous le choc, même si la vie a repris son cours habituel. Alexander Gayuk/AFP
Le président américain Barack Obama a promis hier « d'accroître la pression sur la Russie », au lendemain de bombardements sur le port ukrainien de Marioupol attribués aux séparatistes prorusses. Les bombardements au lance-roquettes multiples Grad contre un quartier habité de Marioupol et l'offensive annoncée par les rebelles contre la dernière grande ville de l'est de l'Ukraine sous contrôle de Kiev risquent d'ouvrir un nouveau front dans ce conflit de neuf mois, qui a fait plus de 5 000 morts. Et la conquête de cette ville créerait un couloir terrestre entre la Russie et la péninsule ukrainienne de la Crimée, annexée en mars mais très dépendante de l'Ukraine pour ses approvisionnements en eau et en électricité.
Le président Obama, joignant sa voix au tollé occidental provoqué par l'attaque ayant tué 30 civils et blessé une centaine, a ainsi promis de regarder toutes les options « hormis la confrontation militaire ». Il s'est également dit « très inquiet » de ces nouvelles violences. De son côté, le président français François Hollande s'est entretenu hier avec son homologue ukrainien Petro Porochenko et le président du Conseil européen Donald Tusk, et a exprimé sa « très forte préoccupation » au lendemain des bombardements meurtriers, a indiqué la présidence française à l'AFP. Le chef de l'État devrait s'entretenir également avec son homologue russe Vladimir Poutine ce soir, ainsi qu'avec la chancelière allemande Angela Merkel, a-t-on précisé. Pour la première réaction de Moscou en 24 heures, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a affirmé hier que ces nouvelles violences étaient provoquées par les attaques « permanentes » de l'armée ukrainienne contre des « localités peuplées ». Le président Porochenko a assuré pour sa part, lors d'une réunion extraordinaire de son Conseil de sécurité nationale et de défense, qu'il n'y avait « pas d'alternative aux accords de paix » signés avec les séparatistes prorusses avec la participation de la Russie et de l'OSCE en septembre.
Dans la foulée, la représentante de la diplomatie européenne Federica Mogherini a annoncé avoir convoqué pour jeudi une réunion extraordinaire des ministres des Affaires étrangères de l'UE, pour discuter de la suite à donner au drame de Marioupol, alors que certaines sources l'ont annoncée pour demain. Et des diplomates ont annoncé hier que le Conseil de sécurité tiendra cet après-midi une réunion spéciale consacrée à l'Ukraine.
« On ne s'attendait pas à ça »
En attendant, les drapeaux étaient en berne hier dans toute l'Ukraine, où le président Porochenko a décrété une journée de deuil national. À Marioupol, ville industrielle d'un demi-million d'habitants, les habitants interrogés par l'AFP étaient sous le choc, même si la vie a repris son cours habituel. Sur les lieux du bombardement, gardés par des soldats, des habitants venaient encore hier regarder les dommages. La voiture de Ioulia Kouzmina, 27 ans, qui résidait dans le fief rebelle de Donetsk mais avait déménagé à Marioupol pour « être au calme », a été détruite par des éclats, qui ont également touché son appartement. « J'étais à la maison, j'ai couru vers l'escalier pour descendre. Si je ne l'avais pas fait, j'aurais été blessée ou tuée par des éclats », raconte-t-elle à l'AFP. « On ne s'attendait pas à ça. C'est maintenant dangereux ici mais on ne peut pas partir car on n'a pas de laissez-passer », confie-t-elle. « Je suis sous le choc. Où qu'on soit, les Grad peuvent nous atteindre », soupire une autre résidente de Marioupol, Zoïa Doubranskaïa.
Les observateurs de l'OSCE présents sur place ont conclu samedi que les tirs avaient été effectués depuis des positions contrôlées par les rebelles. Les roquettes sont tombées à 400 mètres d'un checkpoint de l'armée ukrainienne.


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