Ceux qui doutaient encore de l'importance du rôle joué par un entraîneur dans le succès d'une équipe ont probablement dû changer d'avis en suivant la trajectoire de Manchester United dans le championnat anglais ces trois dernières saisons. Autant le dire tout de suite, tant il est difficile de passer à côté de ce constat : sans sir Alex Ferguson, les Red Devils ne sont plus la même équipe.
Du fait de ses connaissances tactiques, et surtout de sa capacité à tirer le meilleur de ses joueurs, notamment les plus vieillissants, sir Alex Ferguson avait réussi à entretenir l'illusion sur le réel niveau de son équipe, en prenant d'ailleurs sa retraite après avoir gagné une nouvelle fois la Premier League. Mais si son successeur, David Moyes, qui a récupéré à peu de choses près la même équipe, tout en y ajoutant quelques recrues comme Marouane Fellaini, n'a pas réussi à accrocher mieux qu'une 7e place, ce qui lui coûtera son poste avant même la fin de saison, ce n'est pas simplement parce qu'il n'était pas l'homme de la situation. Sir Alex Ferguson était tellement important à Manchester United que son départ oblige ses successeurs à tout reconstruire : une nouvelle équipe, un nouveau projet de jeu. Cela prendra certainement plusieurs années et coûtera des centaines de millions d'euros, voire davantage, à la famille Glazer, propriétaire du club.
David Moyes mis à la porte, le nouvel élu pour diriger l'équipe la plus titrée d'Angleterre n'est autre que celui qui vient de terminer troisième de la dernière Coupe du monde avec son équipe des Pays-Bas : Louis Van Gaal. L'ancien entraîneur du Bayern, à la réputation autoritaire, connu pour ses pétages de plomb – comme lorsqu'il a montré ses parties génitales à ses joueurs durant une séance d'entraînement – est chargé de redonner un second souffle à cette équipe et bénéficie pour y parvenir d'une enveloppe conséquente de 200 millions d'euros. Et force est d'admettre qu'en regardant la composition de l'équipe au mois de septembre, les supporteurs ont dû retrouver le sourire. Falcao-Rooney-Van Persie-Mata-Di Maria pour animer l'attaque : ça a assez de gueule pour faire trembler toutes les défenses du championnat.
À mi-parcours, le bilan est cependant mitigé. Les Red Devils, actuellement quatrièmes, sont encore en course pour accrocher une place qualificative pour la Ligue des champions, mais sont très largement distancés dans la course au titre (12 points les séparent de Chelsea). Malgré un bilan correct, l'effet Van Gaal tarde à apparaître et beaucoup n'hésitent pas à remettre en question sa formation tactique en 3-5-2, qui avait pourtant fait le succès des Pays-Bas cet été. Van Gaal bénéficie toutefois d'une aura et d'un charisme qui lui permettent de se protéger des critiques quotidiennes et d'alimenter son crédit auprès des supporteurs.
Nul doute que celui que l'on surnomme « le Pélican » soit capable de refaire de Manchester United l'une des plus grandes équipes d'Europe. Mais pour y parvenir, comme dans le cas de son prédécesseur, il lui faudra être patient et réfléchi pour combler peu à peu l'immense vide laissé par sir Alex Ferguson. Pour délivrer le présent d'un passé encore présent dans tous les esprits. Et le laisser raconter, à son tour, sa propre histoire...
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