Moyen Orient et Monde

Israël et la contagion daechiste

Le point
20/01/2015

Omar Moussa Abou Kouch n'a pas eu le temps d'exercer sa profession : frais émoulu de la faculté de médecine de l'Université des sciences et technologie de Amman, il doit répondre depuis le 20 novembre dernier aux accusations du Shin Beth qui le soupçonne d'entretenir des liens avec des activistes de l'État islamique et de vouloir participer à la lutte contre l'armée de Bachar el-Assad, suivant en cela l'exemple d'Osman Aboul Kayan. Celui-ci, un Bédouin tout comme lui citoyen d'Israël, originaire du village de Houra et qui avait exercé à l'hôpital Barzilaï d'Ashkalon, était mort au combat en août de cette année.
Des cas isolés et sans grande portée, avait-on décrété aussitôt à Tel-Aviv. Un peu hâtivement sans doute : les services de sécurité intérieure israéliens rendaient publique en week-end l'arrestation – intervenue des semaines plus tôt – en Galilée des sept membres d'un réseau qui rêvaient eux aussi d'aller bouffer indistinctement du alaouite dans la Ghouta syrienne ou des druzes. En prévision de cette mission, ils apprenaient, dans un ranch de la bourgade arabe de Kafr Manda, à fabriquer des cocktails Molotov et à égorger des « infidèles » en se faisant la main sur des moutons. Ces douteux disciples d'Hippocrate avaient pour compagnon un avocat de 40 ans, originaire de Nazareth, Adnane Alaeddine, qui se présentait comme étant « un responsable de haut rang de Daech en Palestine ».
Aujourd'hui, le Shin Beth n'hésite plus à parler d'une « dangereuse escalade » parmi la population arabe du pays. Pourtant, les prévenus font valoir qu'ils ne représentent aucun danger pour l'État hébreu. Bien au contraire même, disent-ils, puisque nous voulons abattre le régime de Bachar el-Assad, votre ennemi juré, et rétablir le califat dans le monde arabe. Autant d'assurances qui sonnent creux, le ministère de l'Intérieur estimant que les renseignements recueillis jusqu'à présent et les recoupements effectués par les départements concernés nourrissent les pires inquiétudes. Un exemple entre cent : au mois de décembre, cinq Arabes avaient été arrêtés à l'aéroport Ben-Gourion de Tel-Aviv alors qu'ils planifiaient de rejoindre la rébellion anti-Assad. Laquelle ? L'EI ou le Front al-Nosra, peu importe, ont-ils reconnu devant les enquêteurs, l'essentiel étant d'en finir avec le tyran de Damas. Diverses sources concordantes font état du départ au front d'une trentaine d'Arabes israéliens dont aucun n'est revenu, ce qui accrédite la thèse suivant laquelle ils seraient allés rejoindre au paradis promis leurs camarades de combat. Pour leur avocat, Ahmad Massalha, ils sont « le sel de la terre ». Alaeddine, lui, préfère se voir en émissaire du Seigneur, pas moins, chargé par Lui d'accomplir une mission déterminée, en vertu de décisions divines.
À ce jour, l'unique parade au phénomène a consisté pour le gouvernement Netanyahu à menacer ces va-t-en-guerre de les priver de leur citoyenneté israélienne, ce qui ne paraît pas avoir calmé outre mesure leur bellicisme. Au sein du cabinet Netanyahu, on fait valoir que les Arabes représentent 20 pour cent de la population, qu'ils n'ont jamais été considérés comme parfaitement intégrés et que, maintenant, c'est le facteur religieux qui dicte leur comportement, ce qui n'augure rien de bon.
En novembre, d'imposantes manifestations d'Arabes israéliens s'étaient déroulées dans un village de la Basse-Galilée, Kafr Kana, à la suite d'un incident au cours duquel la police avait tiré sur la foule, faisant un tué, Kheireddine al-Hamdane, qui brandissait un couteau. La foule avait scandé des slogans appelant à « la destruction » de l'État. Benjamin Netanyahu avait réagi en déclarant ne pas admettre que les drapeaux du Hamas et de l'EI soient évoqués. « Israël, avait-il tonné, est un État de droit. Ceux qui violent les lois en vigueur seront sévèrement punis, tout comme ceux qui lancent des pierres ou des bombes, qui bloquent les routes et réclament l'élimination de notre nation. »
En attendant de nouvelles révélations que ne manquera pas d'apporter cette « première » – dont Tel-Aviv se serait bien passé –, des questions demeurent sans réponses. Celles-ci entre autres : la surveillance des réseaux sociaux ne serait-elle donc pas assez sévère puisque les sept hommes s'apprêtaient à se rendre en Syrie ? Comment leur a-t-il été possible de former une cellule, découverte tardivement, semble-t-il ? Existe-t-il ou non d'autres groupes « dormants », comme ailleurs dans le monde arabe? Enfin, autrement plus grave : n'est-il pas trop tard déjà ?

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LIBRE DE PARLER

Bien au contraire même, disent-ils, puisque nous voulons abattre le régime de Bachar el-Assad, votre ennemi juré, et rétablir le califat dans le monde arabe.

Et vous trouvez que cela n'est pas un danger pour les pays Arabes et pour Israel????

HADDAD Fouad

Israel tolère le Front Al Nosra à sa frontière depuis que ce dernier en a délogé l'armée syrienne et les casques bleus.
Israel s'en prend régulièrement aux troupes de Assad et à ses alliés...
L'ennemi de mon ennemi est mon ami...

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