Le président français François Hollande entouré par, de gauche à droite, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, le président du Mali Ibrahim Boubacar Keita, la chancelière allemande Angela Merkel, le président du Conseil européen Donald Tusk, le président palestinien, Mahmoud Abbas, et le roi de Jordanie, Abdallah II avec la reine Rania. POOL/Philippe Wojazer/AFP
La marche historique contre le terrorisme hier à Paris a donné lieu à des scènes de rare proximité entre dirigeants du monde entier parfois ennemis (près de 130 pays étaient représentés...) et des critiques sur la présence dans le cortège de représentants de pays peu regardants sur les libertés (lire en page 9).
Préparée en moins de 48 heures, elle a donné lieu à une image inédite : les dirigeants des grands pays européens, la chancelière allemande Angela Merkel, le Premier ministre britannique David Cameron, le président du Conseil italien Matteo Renzi, le président du gouvernement espagnol Mariano Rajoy, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, le roi de Jordanie Abdallah II et la reine Rania, le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu, le ministre russe des Affaires étrangères Serguei Lavrov, des présidents africains, entre autres, alignés dans les rues de la capitale française devenue, pour un jour, le centre du monde.
Venus d'une cinquantaine de pays, les chefs d'État et de gouvernement présents dans la capitale française ont été accueillis par des applaudissements nourris de la foule à leur arrivée sur les lieux de la manifestation. Tous arboraient une mine grave et solennelle, avançant en rangs serrés. À l'instar de François Hollande, certains comme l'Israélien Benjamin Netanyahu saluaient les habitants aux fenêtres des immeubles le long du parcours. À quelques mètres du Premier ministre de l'État hébreu, se tenait le président palestinien Mahmoud Abbas, bras dessus, bras dessous avec le couple royal de Jordanie. Les responsables palestinien et israélien n'étaient séparés que par le président malien Ibrahim Boubacar Keita, le « couple franco-allemand » François Hollande et Angela Merkel, et le président polonais du Conseil européen, Donald Tusk. C'est la première fois depuis longtemps que MM. Abbas et Netanyahu, dont le dernier tête-à-tête remonte à quatre ans, se retrouvaient aussi proches physiquement. Cela dit, aucun face-à-face n'était prévu entre eux hier, et cette proximité était avant tout symbolique, alors que le dialogue israélo-palestinien est dans l'impasse, sans perspective de retour à la table de négociations.
Mali, Serval et marche...
La manifestation parisienne a également vu se côtoyer deux autres adversaires du moment : le président ukrainien Petro Porochenko et le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov. Arrivé parmi les derniers à l'Élysée à la mi-journée, M. Porochenko a d'ailleurs eu, avant que les dirigeants ne se rendent au rassemblement, une brève rencontre d'un quart d'heure consacrée à la crise ukrainienne avec François Hollande et Angela Merkel. M. Lavrov n'a pas pris part à cette rencontre trilatérale, tenue à la veille d'une réunion aujourd'hui à Berlin des ministres des Affaires étrangères russe, ukrainien, allemand et français. Ceux-ci se retrouveront pour préparer un nouveau sommet annoncé fin décembre par le président Porochenko qui pourrait réunir autour de lui son homologue russe Vladimir Poutine, François Hollande et Angela Merkel, le 15 janvier à Astana, capitale du Kazakhstan. Le président français et la chancelière allemande ont toutefois lié la tenue de ce sommet à la promesse d'avancées substantielles dans la résolution politique de la crise ukrainienne.
« C'était un honneur de prendre part à cette marche », a commenté Angela Merkel, en se félicitant du « soutien dans le monde entier » à la France après que les dirigeants internationaux eurent quitté le cortège parisien. « Cela montre que beaucoup s'engagent pour les idéaux de liberté, d'égalité, de fraternité », a-t-elle ajouté en référence à la devise de la République française. « 11 janvier 2013, mon pays a été sauvé de la barbarie terroriste par Serval. C'est le jour anniversaire exact, a déclaré pour sa part le président du Mali, Ibrahim Boubacar Keita à des journalistes. J'ai eu l'infime honneur de faire cette marche à côté de François Hollande, à sa droite, ce qui est un signe d'amitié, d'amitié réelle. Tout autour également, l'ensemble du monde aujourd'hui était là, est là aujourd'hui à Paris pour signifier notre refus de ce que certains veulent nous imposer : le refus de la barbarie. »
De son côté, le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu a salué hier la marche de Paris contre le terrorisme comme un message fort adressé au monde, ajoutant qu'il aimerait des réactions similaires en cas d'attaques « contre des mosquées » ou en cas d'islamophobie. Enfin, le ministre des Affaires étrangères marocain, Salaheddine Mezouar, n'a finalement pas pris part à la marche contre le terrorisme hier à Paris « en raison de la présence de caricatures blasphématoires » du prophète dans le défilé, selon un communiqué officiel diffusé par l'ambassade marocaine.
Bertrand PINON/AFP

