Moyen Orient et Monde

« À visage inhumain », la barbarie

Le point
08/01/2015

Des commentaires indignés, violents jusqu'à l'outrance parfois, la Toile en regorgeait dès les premières minutes du massacre de la rue Nicolas-Appert. Des déclarations vengeresses aussi. Il n'est pas trop tard peut-être pour leurs auteurs de comprendre que la religion est, comme la nitroglycérine, un produit hautement instable surtout lorsqu'elle est associée à de vagues notions de sociopolitique qu'exploitent de faux prophètes en mal de célébrité.
Le sulfureux Michel Houellebecq vient de signer un ouvrage, son sixième, propre à alimenter les craintes de ceux qui voient en chaque musulman un « fou d'Allah ». Sous un titre accrocheur, Soumission, il décrit une France gouvernée (sans heurts) par un président musulman qui vient pourtant d'instaurer la polygamie et le port du voile. Si Laurent Joffrin, le directeur de Libération, a vu là « une fable politique, bien entendu, un conte moderne qui joue des peurs françaises avec subtilité », nombre de ses compatriotes se sont affolés un peu vite, jugeant qu'il s'agit plutôt d'une vision d'autant plus inquiétante que le récit se déroule en 2022, c'est-à-dire demain.
Moins doué – et plus provocateur –, l'écrivain Éric Zemmour avait choisi pour son livre, paru le 1er octobre, le thème du Suicide français. Pour le moins contestable, son hypothèse est que la déportation des cinq millions de musulmans français peut se comparer au cas des cinq ou six millions d'Allemands qui avaient dû quitter l'Europe centrale après la guerre. Conclusion : « Nous allons vers le chaos », comme il l'a dit au Corriere della Sera, dans une tout aussi retentissante interview, par la faute d'hommes et de femmes qui refusent de vivre « à la française ».
Tel est aujourd'hui l'état d'esprit d'une partie des 66 millions (moins cinq...) d'habitants de l'Hexagone, un pays qui a donné au monde les trois règles d'or de toute république qui se respecte : liberté, égalité, fraternité. Peut-on, en toute équité, leur jeter la pierre, justifier a contrario l'horrible boucherie commise hier, se contenter de parler de part et d'autre de provocations aussi absurdes qu'inutiles ? Ce serait porter un jugement trop facile, en tout cas faussement équitable. Pour éviter d'emmêler un peu plus encore l'écheveau d'une situation complexe, mieux vaudrait sans doute ne pas trop s'attarder sur la genèse d'un problème que certains voudraient faire remonter à l'ère coloniale et même à la bataille de Poitiers. Chacun des deux camps devrait s'interroger plutôt sur son rôle, maintenant qu'un nouveau degré, et non des moindres, a été franchi, susceptible de déboucher sur un point que l'on souhaiterait n'être pas de non-retour. Une chose est de plaider, à coups d'arguments spécieux, la cause de la burqa, autre chose est de s'en prendre, kalachnikovs à l'appui, à des institutions étatiques, à ce qu'il peut y avoir de plus sacré dans la vie des nations, à savoir la liberté d'expression. Recourir aux armes peut être interprété comme une invite à l'Autre de le faire, avec les conséquences que l'on peut aisément imaginer. Il est difficile de voir dans les assaillants du siège de Charlie Hebdo l'avant-garde des guérilléros de demain. Par contre, on constate déjà les effets désastreux de leur folle équipée qui avait pour but, a pris soin de préciser l'un d'eux, de « venger le Prophète ».
Nul doute que l'émergence de la violence est à mettre en partie – et en partie seulement – sur le compte d'un sentiment d'exclusion qui existe depuis longtemps. Il est désormais acquis que la guerre en cours dans plusieurs contrées du Moyen-Orient, et non plus seulement en quelques rares points du Proche-Orient, y est pour beaucoup, avec son cortège d'exactions commises sur le terrain ou dans les centres d'internement et de torture d'Abou-Ghreib, pour ne citer que le nom de cette tache sur l'histoire des États-Unis. Ce qui n'absout en rien, bien au contraire, les crimes perpétrés par les bourreaux de l'internationale de l'horreur qui a pris pour nom Daech.
Nul ne peut prédire pour l'heure comment ni quand s'arrêtera le train fou du terrorisme, lequel ne saurait en aucune façon représenter une riposte valable aux actions antimusulmanes qui, à en croire le Conseil français du culte musulman, se sont accrues de 12,5 pour cent en France entre le 1er janvier et le 30 septembre 2014. Hélas, la chaîne des appuis à Charlie Hebdo réapparue ici devrait, en toute illogique, rivaliser en longueur, là, avec celle des soutiens aux assassins des membres de l'équipe du journal satirique.
Dans son éditorial paru dans le numéro daté du 7 janvier, Bernard Maris écrivait : « Supprimez la police quelques jours et vous verrez que la crainte de Dieu n'empêchera pas grand-chose. » Les derniers mots, qu'il ne pensait pas prophétiques, de l'économiste et actionnaire du journal.

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LA TABLE RONDE

Ce crime est tout ce qu'on veut sauf islamique . Il est avant tout et surtout politique . On ne fera pas la genese de cette operation criminelle mais comme pas mal d'autres en 1er lieu celle du 11 sept sur les tours restent et resteront flou jusqu'a la fin des temps . Je mettrai dans la balance une chose et puis une autre , on dit que c'est une vengeance personnelle d'un groupe qui se sentait offense par la repetition d'insultes a leur culte , je dit que les consequences recherches seront etatiques et seront d'empecher que la Palestine n'accede au statut d'état auquel la france l'avait aide a le faire . L'etat usurpateur ne pardonnera pas a la france d'avoir essayer de permettre a la Palestine usurpee d'acceder au CPI et de poursuivre les criminels de guerre au pouvoir a tel aviv.

HADDAD Fouad

Rien de plus à ajouter, merci

Halim Abou Chacra

Il est certain que ces assassins islamistes ont légitimé l'islamophobie et l'ont multiplié par 1000 en France, en Occident et dans le monde entier.

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