Diaspora

Ulysse chez les Phéniciens

Jeunesse

Née en 1999 à Beyrouth, Léa Moukanas a vécu trois ans aux États-Unis avant de s'installer en France et se passionner pour l'écriture et la musique. En juin dernier, elle publie un livre, « La machine à remonter le temps ». À douze ans, elle écrit une nouvelle sur le Liban intitulée « Ulysse chez les Phéniciens », dont nous publions des extraits en deux temps.

05/01/2015

« Depuis son départ d'Ithaque pour ramener Hélène, femme de Mélénas, enlevée par Pâris, Ulysse surmonta plusieurs pièges et épreuves ; dans un premier temps, il aborde sur la terre des Cicones où, avant de partir, Maron, un prêtre, lui offre du vin et se lie d'amitié avec Ulysse et ses compagnons. Ulysse échoue ensuite sur l'île des Cyclopes où il percera l'œil de Polyphème, fils du dieu de la mer Poséidon, ce qui déclenchera de nombreux courroux. Ulysse vécut aussi d'autres aventures comme son périple chez les Lotophages, ses sept longues années sur l'île de la nymphe Calypso et chez la magicienne Circée.
« À la croisée de l'Orient et de l'Occident, se trouve une terre qui rassemble toute la diversité de la nature et de l'humanité : le Liban. Cette histoire, qui se déroule en Phénicie, plus précisément au Liban, raconte l'ultime errance du vaillant et généreux Ulysse, avant son retour tant espéré à Ithaque auprès de sa tendre épouse Pénélope et de leur cher fils Télémaque. Ulysse rencontrera les Libanais, toujours souriants et amicaux, admirera la grotte de Jeïta pendant des heures, dégustera des mets nouveaux et savoureux, mettra fin à la discorde du Litani, réparera son bateau avec du bois de cèdre et repartira bienheureux pour Ithaque, plein de provisions et de bon souvenirs. À travers le voyage d'Ulysse, le Liban n'aura plus de secrets pour vous... »

Arrivée en Phénicie : Beyrouth
« Avec l'aide d'Athéna, la déesse aux yeux pers, Ulysse survit au vent Aquilon et accoste sur les côtes phéniciennes, plus précisément au Liban, dans sa grande et bruyante capitale, Béryte, aujourd'hui Beyrouth, petit port phénicien ouvert au commerce. Épuisés et sous une chaleur ardente, Ulysse et ses marins découvrent une bande de terre où se dressent de nombreuses habitations, et où déambule une foule trépidante qui mêle modernité et tradition. Peu à peu, Ulysse sent ses narines frémir et son cœur palpiter. Il distingue des odeurs, des cris et des rires venant d'un coin reclus de la ville. Il fait signe à ses compagnons de le suivre et s'engage dans une longue ruelle tortueuse bordée de diverses échoppes et attractions. Des marchands ambulants poussent des charrettes en bois où sont disposés fruits et légumes, de vieilles femmes préparent du pain traditionnel.
« Il se retrouve bientôt en plein cœur du souk où les senteurs des épices se mêlent à une forte odeur de poisson, que vend, un peu plus loin, un vieillard vêtu de haillons. Les hommes se ruent sur les boissons de la taverne alors que les femmes contemplent avec envie et admiration les diverses étoffes proposées qui forment un dégradé de couleurs gaies. Au centre de la place ronde, se dresse majestueusement une statue du respecté dieu de la foudre, Zeus. À sa droite, un attroupement de badauds regarde attentivement les nombreux divertissements offerts : un jongleur à la tenue bariolée et au chapeau arlequin, un cracheur de feu au chapeau rouge vif qui tranche avec sa tunique vert clair.
« Au bord des échoppes, un berger vend ses brebis les plus grasses. Au centre, une estrade accueille chaleureusement les danseuses orientales vêtues simplement et dont le spectacle est fortement apprécié par la foule. Ulysse est surpris et conquis par les couleurs variées dont regorge le souk : des ocres chatoyants, des rouges éclatants, un camaïeu de verts et une déclinaison de bleus comme il n'en a encore jamais vu. Des teintes méditerranéennes chaudes et odorantes à la fois... »

Un guide octogénaire
« Revenus au quai, Ulysse et ses matelots constatent avec désarroi les dégâts occasionnés par la tempête sur leur navire. Épuisés par tant d'aventures et affamés, ils décident de faire une halte et se lancent à la recherche d'une auberge afin d'avoir un gîte et un couvert pour la nuit. Après des heures interminables de marche, apparaît enfin, aux abords du souk, une petite auberge. Perdue au milieu d'une forêt verdoyante en contraste avec un ciel couvert de quelques nuages, la maisonnette vacillante semblait très ancienne. Les murs de pierre sertis de fenêtres fines mais grandes donnaient un aspect sobre au paysage.
« En s'approchant un peu de l'intrigante bâtisse, Ulysse pouvait lire dans une écriture inconnue, signifiant "bienvenue". Ce lieu apaisant sera un havre de paix pour Ulysse et ses marins qui, grâce à l'accueil chaleureux de l'aubergiste, Charbel Sfeir, retrouveront courage et sérénité.
Sfeir était un vieil homme. Sur sa tête, débordante de connaissances sur le Liban, se hérissaient de nombreux cheveux blancs. Son visage rond était mis en valeur par son large sourire. En effet, Charbel débordait d'énergie et de joie de vivre. Sur son menton ovale pendait une vénérable et touffue barbe blanche. Dans ses yeux vifs et bleus se lisaient la sagesse et la bonté.
« Voûté, il s'appuyait sur un bâton, taillé dans le bois des cèdres, sa région natale. Ancien propriétaire d'un bateau de commerce, il avait tout abandonné pour se consacrer à l'étude du Liban. Il offrait désormais le gîte et le couvert à de nombreux visiteurs, qu'il promenait, toujours avec le même entrain, à travers sa patrie. Son ambition n'était ni la richesse ni la renommée. Il aspirait à perpétuer les traditions libanaises de génération en génération et, plus important encore, de faire aimer sa patrie. Malgré ses quatre-vingts ans, Charbel garde force et endurance. Cet octogénaire se passionne pour son pays natal dont il connaît les moindres recoins. En bon patriote, il fera visiter et surtout aimer à Ulysse et ses amis ce splendide pays qu'est le Liban. »

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