La polémique autour du barrage de Janneh se poursuit depuis plusieurs mois. Membre du comité de coordination de ce barrage, j'ai réagi plusieurs fois, à travers L'Orient-Le Jour, à certains articles tendancieux, qui semblaient prendre position contre son exécution, en se basant sur les rapports de prétendus « experts » présentés par les membres du Lem (Lebanese Eco Movement). Les attaques avaient deux aspects, l'un technique, l'autre environnemental. Nul ne peut contester le principe qui veut que l'on défende l'aspect environnemental. C'est pour cette raison que les pourparlers se poursuivent depuis le mois de juin passé entre le ministère de l'Énergie et de l'Eau et le ministère de l'Environnement. Suite à ces discussions, l'étude d'évaluation de l'impact environnemental (EIA) préparée en 2008 a été révisée et envoyée de nouveau au ministère de l'Énergie et de l'Eau, qui a émis de nouvelles réserves qui vont être prises en considération pour la rédaction finale de ce rapport par une société spécialisée. Le Lem a toujours dit qu'il n'y a jamais eu d'étude EIA, ce qui est faux : simplement, en 2008, date de parution du premier APS (avant projet sommaire) du barrage de Janneh, le décret régissant l'aspect environnemental des projets de travaux publics n'avait pas encore vu le jour ; ce décret, portant le numéro 8633, est paru en août 2012... C'est pour cette raison que ce rapport n'a pas été envoyé au ministère de l'Énergie à l'époque.
Mais l'aspect technique est une autre histoire. Se basant sur le rapport d'un « expert », que je ne vais pas nommer, les affiliés du Lem ainsi que certaines personnalités politiques n'ont pas fini de répéter que ce barrage, bâti sur des « failles », non seulement n'était pas capable d'emmagasiner la quantité d'eau prévue à cause des fuites importantes qui risquent de se produire, mais qu'il était même dangereux, car incapable de supporter les tremblements de terre fréquents au Liban... Et de donner l'exemple du barrage de Malpasset qui s'est écroulé en 1957( ! ) pour attirer notre attention sur les dangers que court le barrage de Janneh... Un article de Mme Preti est même paru dans L'OLJ il y a quelques semaines, abondant dans ce sens. J'ai réagi à cet article en grinçant un peu des dents, mais ce n'est pas suffisant, bien entendu.
Le fait que le site du barrage de Janneh soit parcouru par trois failles n'est pas en soi une raison pour rejeter le barrage : la majorité des barrages dans le monde sont construits sur des failles. L'important, c'est d'étudier la nature des failles et de savoir comment les traiter. Tout d'abord, il n'est absolument pas prouvé que ces failles sont « actives » du point de vue sismique, et c'est là l'avis du grand géologue français Pierre Antoine, qui est très bien informé quant à la géologie du Liban en général et de Nahr Ibrahim en particulier. Le professeur Antoine va même jusqu'à affirmer qu'il s'agit simplement de fractures secondaires (ou riedels) de la grande faille de Yammouneh. Quant à l'étanchéité, deux des trois failles traversant le barrage sont injectées de basalte et par conséquent elles sont étanches. La troisième se trouve loin dans l'appui rive gauche et n'engendre aucun risque pour le barrage car en dehors de sa zone d'influence mécanique. Pour l'étanchéité, il est prévu de traiter cette faille par un voile d'injection à partir d'une galerie en rive gauche. Rien n'est donc laissé au hasard dans l'étude de ce projet, qui a débuté en 2005 et s'est terminé en 2012...
Mais revenons à notre « expert ». Ayant finalement eu le rapport de l'expert en question sous les yeux, j'ai compris deux choses importantes : la première, c'est que celui-ci connaît bien mal l'ingénierie des barrages, et la seconde, c'est qu'il n'a jamais mis les pieds sur le site. En effet, à la fin de son rapport, il arrive à la conclusion suivante : pour que le barrage puisse résister aux séismes, il faudrait lui incorporer des armatures ! Or le barrage de Janneh est un barrage en BCR, ou béton compacté au rouleau, qui est un barrage poids, par opposition à un barrage voûte, lequel est construit en béton armé, comme le barrage de Malpasset. Un barrage voûte est une structure en béton armé dans lequel toutes les contraintes de tension sont absorbées par les aciers des armatures. Il n'en va pas de même pour un barrage poids. Pour rendre les choses plus claires : le barrage de Malpasset a une épaisseur à la base de 6,5 mètres, celle du barrage de Janneh étant de 84 mètres. Il n'y a donc aucune comparaison possible entre les deux. De plus, le barrage de Malpasset s'est effondré à cause de la nature géologique du soubassement, une roche foliée, qui n'a rien à voir avec la dolomie du site de Janneh. Pour rendre les choses encore plus claires, et dissiper les craintes des politiciens ainsi que celles des membres du Lem, je voudrais rappeler les conclusions de l'USSD (United States Society of Dams), qui publie tous les dix ans un état de l'art sur le comportement observé des barrages aux séismes. Ce rapport, paru en 2014, inclut notamment les derniers séismes majeurs survenus au Japon et en Chine. Sans entrer dans les détails, la conclusion est la suivante : mondialement, sur 380 000 barrages, 12 seulement ont été détruits par des séismes. Ces barrages étaient tous en remblais. Or l'une des plaintes du Lem concerne le changement du type du barrage qui est passé, en 2012, d'un barrage en remblais à un barrage en béton non armé – comme si c'était une raison pour le condamner ! En fait, le barrage en BCR est beaucoup plus sûr que celui en remblais.
Ayant donc conclu que la construction du barrage allait être très onéreuse, vu que le béton compacté au rouleau devait être en plus muni d'armatures, notre expert a donné son verdict final : « Il vaut mieux ne pas construire ce barrage, qui va d'ailleurs priver les agriculteurs de 89 hectares de terrains agricoles. » Or, quiconque a visité le site de Janneh peut se rendre compte que moins de 10 % des 89 hectares, la surface du futur lac, est constitué de terrains agricoles, le reste étant une forêt sauvage. Notre expert n'a certainement pas visité le site. Et c'est donc son rapport de cinq pages A4 qui est utilisé par le Lem pour contrer les milliers de pages d'investigations géologiques, hydrogéologiques, géotechniques, hydrologiques, les études comparatives et les rapports de synthèse, ainsi que les calculs en tout genre, en particulier les calculs sismiques utilisant les techniques de pointe du génie civil assistées par ordinateur.
En conclusion, le Lem ferait mieux de s'occuper des sites qui font des ravages au niveau de l'environnement, telles les décharges d'ordures et les cimenteries, principales causes de cancer dans les régions environnantes. Les barrages, surtout celui de Janneh, sont un besoin vital pour la population libanaise, qui souffre de plus en plus à cause des pénuries d'eau, qui vont devenir de plus en plus importantes dans les années à venir.
Georges MELKI
Ingénieur civil


Sans trop entrer dans des rapports arithmétiques forts "ingénieriNiques", il suffit de préciser que "selon", moins de 10 % des 89 hectares, la surface du futur lac, est constitué de terrains agricoles ; le reste étant une forêt sauvage ! Moins de 10% de ces 89 hectares représentant ainsi à peine 9 ha, Il faudra donc sauver à tout prix ces 80% restant de forêts, Yîîîîîh, Si Sauvaaages !
05 h 59, le 28 décembre 2014