D'importantes forces de police étaient postées hier tout autour du Parlement pour empêcher toute manifestation avant la séance au cours de laquelle l'incident de Kab-Élias devait être évoqué. Le gouvernement avait refusé d'autoriser les étudiants en droit de manifester en signe de protestation contre le meurtre de Me Obeid Issa.
La séance s'ouvre à 16h en présence de 50 députés (..) et des membres du cabinet. (...) La parole est donnée à Habib Moutran. Le député de la Békaa (...) reproche au chef du gouvernement d'avoir fait à la presse une déclaration soulignant qu'il s'agissait d'un « incident ordinaire » et qu'il n'y avait pas lieu d'en saisir la justice. « (...) « Les coupables circulent toujours librement. (...) Je demande instamment que (...) les criminels soient arrêtés et jugés rapidement et que le scrutin de Kab-Élias soit annulé. » Le président du Conseil cherche à calmer l'orateur et à minimiser la fusillade : « Certes l'incident est fort regrettable (...) mais je persiste à dire qu'il ne dépasse pas un conflit (...) entre deux camps antagonistes. Bien des incidents de ce genre se produisent au cours des élections. (...). Quant aux coupables, la plupart d'entre eux ont été arrêtés (...) »
On passe ensuite à l'ordre du jour et l'on donne lecture de trois propositions de MM. Souheil Chéhab, Abdallah el-Hajj et Ghassan Tuéni, visant à la suppression du confessionnalisme du texte de la loi électorale. Un long débat s'institue et à mesure qu'il se développe, il devient orageux.
(...) Après certaines altercations, M. Hamid Frangié prend la parole pour déclarer en résumé : « (...) Le confessionnalisme est sans doute un fléau qui a fait beaucoup de dégâts et dont on souhaiterait se débarrasser. Mais il faut prendre en considération les réalités libanaises et se rappeler l'histoire de la structure de ce pays. » Ici, M. Émile Boustany tente de l'interrompre (...). M. Abi Chahla (...) fait ressortir que (...) le pays n'est pas encore prêt pour ça. De son côté, M. Sami Solh observe que le confessionnalisme est consacré dans la Constitution (...). M. Rachid Beydoun soutient le même point de vue que M. Abi Chahla et souligne la nécessité de multiplier les écoles nationales et de rééduquer le peuple avant d'abolir le confessionnalisme. (...) L'atmosphère s'échauffe de plus en plus. (...) M. Émile Boustany (...) plaide pour l'abolition et en arrive à souligner : « Cette Chambre est divisée en deux groupes : l'un progressiste et l'autre réactionnaire. » Plusieurs parlementaires frappent alors violemment à la table :
« (...) Vous êtes un opportuniste, un démagogue. Descendez, taisez-vous. » (...) On a même craint que les députés, emportés par la fureur, ne frappent M. Boustany.
Le député du Chouf reste debout, imperturbable... On crie encore : il ne bouge pas. En fin de compte, un grand nombre de députés se retirent en grommelant... Et le combat cesse faute...

