Philana Hall et sa famille SDF. Fabienne Faur/AFP
Philana Hall (23 ans) se souvient encore du 17 décembre 2013 quand, avec ses deux enfants à la traîne dans les rues de Washington, elle est « restée dehors jusqu'à minuit, à passer des coups de fil parce qu'on ne savait pas où dormir ». « C'est dur », dit la jeune femme qui, ce soir-là, a finalement rejoint un refuge pour les sans domicile fixe (SDF) avec Gabriel, 3 ans cette année. Son conjoint, Richard Bannister (27 ans), est parti avec le fils aîné du couple, Richard (7 ans), chez des proches. La famille afro-américaine a pu en mars s'installer dans un quatre-pièces géré par une association d'aide de Washington, Coalition for the Homeless, mais avant, ce furent des années de galère, de petits boulots et de canapés de copains où passer la nuit.
« Les familles SDF, on les appelle les SDF cachés », dit Heather O'Malley, directrice du développement de Doorways for Women and Families, une association d'aide à Arlington (Virginie), dans la banlieue chic de la capitale américaine. « On ne voit pas de parents avec des enfants dans les rues, sinon la police ou les services sociaux prennent les enfants », dit la jeune femme qui s'occupe d'une maison, coquette et anonyme, où vivent une petite dizaine de familles dans l'attente d'une réinsertion. « Alors elles s'entassent à deux, trois, quatre familles dans un appartement. Elles dorment par terre, sur les canapés, dans les baignoires ou dans leurs voitures et ne savent jamais ce qui va se passer le soir », dit-elle.
Le salaire minimum ne suffit pas
Les deux enfants de Philana Hall, depuis rejoints par Kobe, né il y a un mois, figurent parmi les quelque 2,5 millions d'enfants – soit un petit Américain sur trente – qui ont connu en 2013 une période sans logis. Pour le Centre national des familles sans domicile (NCFH), le « record est historique » et les États-Unis sont des pays industrialisés celui qui compte le plus de familles SDF, un gros tiers de ce type de population. « La crise ces dernières années a pesé sur les familles », explique Yvonne Vissing, sociologue à l'université de Salem et membre du conseil d'administration de l'association Coalition nationale pour les sans-abris (NCH). « On peut travailler 40 heures par semaine, à temps complet, au salaire minimum et rester au-dessous du seuil de pauvreté », dit-elle.
Heather O'Malley a calculé qu'il fallait travailler 70 heures par semaine au salaire minimum (7,25 dollars) pour pouvoir payer les 2 000 dollars mensuels que coûte un trois-pièces à Arlington. Quand il faut payer un loyer, le transport, la garde d'enfants, avec un travail peu qualifié, les dettes arrivent vite « et un cycle commence d'où il est quasiment impossible de sortir quand on est toujours à la limite. Après, c'est l'expulsion et vous ne savez pas où aller », dit-elle.
Ce sont les enfants surtout qui payent le prix de cette situation désastreuse. Mal nourris, sans endroit pour se reposer, jouer ou faire les devoirs d'une école qu'ils manquent souvent, ils ont quatre fois plus de risques d'être malades et de souffrir de retards de développement, selon le NCFH. Les parents tentent de cacher la situation, mais les « enfants sont intelligents, ils comprennent, ils intériorisent et pensent quelquefois que c'est leur faute », conclut Heather O'Malley.
Fabienne FAUR/AFP

