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Nos lecteurs ont la parole - Rachel Khouri Acar

Loin de la politique, loin de la « pollution »

Une journée sans insulte, une journée sans cigarette, une journée sans voiture, une journée sans alcool, une journée sans portable, une journée sans chocolat... Et pourquoi ne pas passer une journée sans politique ?
Certains, malgré leur bas âge, parlent de la politique objectivement comme s'ils avaient vécu chaque moment, chaque défaite et chaque victoire.
Certains autres choisissent les moments et les événements à raconter pour mettre en valeur le parti politique qu'ils soutiennent par conviction ou, dans la plupart des cas, pour sauvegarder l'héritage politique que leurs parents leur ont légué.
Certains aussi se soucient peu de la politique, mais se trouvent dans l'obligation de soutenir un parti politique pour exister. Alors, ils se suffisent de ce que les autres leur ont raconté pour forger leur opinion ou du moins masquer leur conviction.
Certains encore sont convaincus du choix qu'ils ont fait de suivre aveuglément un chef politique jusqu'à la fin, comme des agneaux, et de l'encourager quel que soit son point de vue. D'autres suivent et s'obstinent à rendre les autres aussi aliénés et aveuglés qu'eux-mêmes.
Certains pourtant ne sont pas assez aveugles, savent très bien analyser la situation présente et n'ont pas peur de dire non.
Certains cherchent à vous étiqueter et vous demandent dès la première rencontre votre penchant politique, soit directement, soit en le devinant par déduction en vous interrogeant sur votre lieu de naissance. D'autres, qui sont tolérants, acceptent vos opinions et ne cherchent pas à vous convaincre que vous n'êtes pas sur le bon
chemin.
Certains enfin récupèrent toutes les morts, même si elles sont naturelles, en font un sacrifice pour une cause politique et oublient dans leur monologue d'honorer le défunt.
Nous sommes dans une société où, sans être partisan d'un homme politique, nous ne pouvons ni être écoutés, ni être éduqués, ni être embauchés, encore moins faire partie de la société. Bref, nous ne pouvons pas exister.
Être loin de la politique, de ses problèmes, de son stress, de ses conflits, n'est-ce pas en réalité être loin d'une pollution quotidienne qui contamine toutes nos pensées, toute notre vie ? Lire la rubrique « politique » dans un journal ou regarder les information télévisées chaque soir ne signifie-t-il pas voir son avenir ? Qui d'entre nous ne sort-il pas de chez lui sans l'espoir d'y retourner, revoir sa famille au moins une fois avant d'être kidnappé, assassiné ou bombardé ? Pourquoi nous est-il si dur de comprendre que même si on soutient un parti politique, lui ne nous soutiendra guère en retour et que, du coup, il n'a pas droit de vie et de mort sur nous ?
Essayons tous de passer une journée sans regarder, sans lire, sans être dépendants des faits politiques, sans être les bouffons des politiciens. La politique est, comme le proclame la philosophe française Simone Weil, « une sinistre rigolade ».
À partir de là, nous sommes invités à choisir entre « exister » à l'ombre d'un politicien ou « coexister » entre nous, ce qui devient faisable sans cette ombre qui domine nos pensées, nos convictions, et notre logique du bien et du mal.

Rachel KHOURI ACAR

Une journée sans insulte, une journée sans cigarette, une journée sans voiture, une journée sans alcool, une journée sans portable, une journée sans chocolat... Et pourquoi ne pas passer une journée sans politique ?Certains, malgré leur bas âge, parlent de la politique objectivement comme s'ils avaient vécu chaque moment, chaque défaite et chaque victoire.Certains autres choisissent les moments et les événements à raconter pour mettre en valeur le parti politique qu'ils soutiennent par conviction ou, dans la plupart des cas, pour sauvegarder l'héritage politique que leurs parents leur ont légué.Certains aussi se soucient peu de la politique, mais se trouvent dans l'obligation de soutenir un parti politique pour exister. Alors, ils se suffisent de ce que les autres leur ont raconté pour forger leur opinion ou du moins...
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