Dans un pays où règnent insécurité et chaos perpétuels, et où sont parfaitement audibles les échos d'une guerre voisine, l'amélioration des droits des femmes n'est pas le premier dossier étudié par le
gouvernement.
Dans notre vie quotidienne, souvent perçus comme banals, les actes sexistes se multiplient. Ils nous sont imposés tel un destin inévitable. Le harcèlement sexuel, les insultes sexistes dans la rue ou dans les lieux de travail, les regards insistants, les propos déplacés pourrissent la vie de nombreuses femmes qui se voient, en l'absence d'autres alternatives, obligées de vivre avec, tout en essayant de les éviter.
Le harcèlement sexuel, présenté par ses auteurs comme un «flirting» flatteur, est bien loin de l'être. Il consiste, bien au contraire, en une menace contre la dignité et la sécurité des femmes concernées. Si ce phénomène est omniprésent au Liban et dans le monde entier, il s'avère être bien plus répandu dans les sociétés patriarcales des pays du tiers-monde. Ainsi, une femme ne peut se permettre le luxe de se promener seule la nuit dans une rue de Beyrouth, par exemple, sans être hantée par la peur d'être agressée. D'ailleurs, selon un rapport des Nations unies publié en avril dernier, 99,3 % des femmes en Égypte affirment avoir été verbalement ou physiquement harcelées !
Une loi contre le harcèlement sexuel
En Belgique, une jeune Bruxelloise, Sofie Peeters, a réalisé, en 2012, un documentaire dénonçant le harcèlement de rue dans un quartier populaire de la capitale belge. Son initiative a accéléré l'entrée en vigueur d'une loi prévoyant la mise en place d'amendes pouvant aller jusqu'à 250 euros pour sanctionner les comportements sexistes. Un geste symbolique, certes, tant il sera difficile de verbaliser un tel délit, mais qui a pour vocation de «rappeler la norme et les règles du vivre ensemble».
Des initiatives similaires ont vu le jour dans les pays arabes, où de nombreuses associations féministes œuvrent pour la sensibilisation de la population au danger des actes et des propos sexistes. Au Liban, en 2011, une campagne subtile et humoristique fut menée par l'association Nasawiya qui a inversé les rôles et sillonné les rues à bord d'un camion publicitaire dont le haut-parleur invectivait les hommes avec les mêmes phrases clichées habituellement adressées aux femmes. Les réactions de ces derniers à un «Chou ya achta» furent hilarantes! Cependant, les femmes au Liban souffrent toujours d'un manque de protection légale contre le harcèlement sexuel, notamment dans le droit du travail et le Code pénal.
Il est temps de briser le silence, assourdissant, qui est à l'origine de notre impuissance actuelle face à ce fléau. Ceci est un appel, une dénonciation. Un cri strident, révélant la détresse dans laquelle nous sommes noyées, mais aussi, peut-être, un indice de la survenue d'une éventuelle révolte qui restituerait aux femmes tous leurs droits.
Romy BATROUNY
Étudiante en 4e année de droit à l'USJ
*Citation de l'écrivain Albert Camus parue dans son ouvrage « L'Homme révolté ».

