L'histoire de l'Orient est un éternel recommencement. Depuis la nuit des temps, l'Occident en a fait un exutoire et l'a utilisé comme un prix à offrir pour servir ses objectifs stratégiques régionaux et internationaux. Selon ses besoins et ses alliances du moment, l'Occident remembre où démembre cette géographie pour mieux négocier ses propres intérêts politiques et économiques. C'est ce qui explique d'ailleurs les bouleversements fréquents qui secouent les pays de cette région et les transferts de populations qui s'y opèrent en permanence.
À la suite de l'éclatement de l'URSS et de la montée en puissance de la Chine, le monde est régi unilatéralement par les USA. Ces derniers ont élaboré à la fin des années 1980 leur vision stratégique du Moyen-Orient, le divisant en trois zones d'influence communautaires: l'une sunnite, gravitant autour de la Turquie; la deuxième chiite, gravitant autour de la République islamique d'Iran; et la troisième gravitant autour d'Israël et englobant toutes les autres communautés minoritaires, appelées à être regroupées ultérieurement au sein d'une potentielle confédération régionale. Tous les bouleversements qui se sont succédé depuis cette décision et les évènements qui continuent à se dérouler sur le terrain semblent confirmer la volonté de réaliser toutes les étapes de ce programme.
Le Liban, depuis sa création en 1920 et après son accession à I'indépendance en 1943, s'était distingué par rapport aux pays de la région, car il avait adopté une formule constitutionnelle atypique, celle du vivre ensemble islamo-chrétien. Il avait alors souscrit, sans le savoir, à une «police vie», qui lui a valu d'être épargné malgré les événements graves qui n'ont pas cessé à ce jour de le secouer durant sa courte existence nationale. Cette fameuse sigha l'avait consacré comme le modèle national et politique arabe unique, malgré un environnement communautaire, composé essentiellement et majoritairement de pays musulmans et auquel sont venus se joindre récemment les juifs d'Israël. Il est devenu un laboratoire de la cohabitation entre les religions et un pays-message par excellence. Mais en revoyant tout ce que le peuple libanais n'a cessé de subir tout au long de son parcours, du fait de ses politiques et de celles des puissances étrangères, et au moment où les scissions internes entraînent les citoyens au fond du gouffre, diluent l'entité libanaise et détruisent l'État et ses institutions, il devient urgent de reconsidérer le statut actuel du Liban. Ce dernier n'a pas réussi à apporter à la gouvernance de l'État et à la sigha des moyens suffisants pour éviter les contradictions constitutionnelles et assurer un développement harmonieux de la République. Ce vivre ensemble dans un pays structurellement vulnérable doit, pour être harmonieux et stable, s'appuyer sur deux fondements indissociables:
– Une infrastructure essentiellement civile, voire laïque. Sans elle, il ne sera pas possible de garantir un développement cohérent, juste et respectueux de toutes libertés civiles et religieuses, à plus forte raison s'agissant d'un pays comme le Liban, où cohabitent dix-huit communautés.
– Une neutralité permanente, seule garante de l'indépendance, de la souveraineté et de la perrénité de l'entité nationale.
Ce n'est qu'à ces seules conditions que le Liban de 1943 pourra survivre et se développer au grand bonheur de son peuple et de ses dirigeants. Cette nouvelle situation ainsi consacrée favorisera son ouverture sans limites sur les nations du monde, elle en fera un point de rencontre entre toutes les composantes régionales et un facteur de stabilité économique au service de la paix et de la concorde, après avoir été, des décennies durant, une «zone franche géographique» pour tous les conflits régionaux. Elle facilitera enfin l'établissement dans ce pays d'une plateforme idéale de dialogue entre toutes les religions et les civilisations, et un rendez-vous planétaire permanent et incontournable pour leurs réunions, leurs débats et leurs
recommandations.
Tous les citoyens sont invités à participer à la démarche citoyenne qui sera prochainement annoncée et qui est le fait d'hommes et de femmes de la société civile, toutes religions et professions confondues, qui travaillent ensemble depuis un certain temps, pour essayer d'élaborer un projet national ayant un double objectif stratégique, à savoir:
– L'adoption d'une série de propositions pour l'aboutissement à une paix durable, aussi bien sur le front interne que sur celui du régional.
– L'adhésion, dans une première étape, du plus grand nombre de citoyens et d'institutions libanaises au statut de la neutralité permanente et l'agrément, dans une seconde étape, des organisations internationales sur ce choix.
Pour ce faire, plusieurs commissions seront formées pour débattre à l'occasion d'un congrès national qui devra se tenir durant le premier semestre de 2015, des meilleurs moyens pour concrétiser les objectifs susmentionnés et réussir la réalisation de ce grand chantier national. C'est ainsi seulement qu'il sera possible de construire une nouvelle vision pour le Liban de demain, celle qui devrait permettre à l'État des institutions de s'épanouir dans un cadre statutaire réformé et réadapté aux besoins de la République et de ses citoyens. Loin donc des interférences étrangères et des blocages politiques et économiques qui avaient accompagné le parcours quotidien du peuple libanais depuis son indépendance, un nouveau panorama pourrait se profiler, il aurait pour titres : état-civil, sécurité, croissance, innovation et développement. De même qu'il offrirait enfin à notre jeunesse assoiffée de travail et de production un avenir digne et stable dans son propre pays. En conclusion et dans ce registre, il faudrait toujours se rappeler de la philosophie générale qui doit soutenir et guider ce type de démarche, à savoir:
Le premier objectif de la stratégie ne fait aucun doute: il s'agit de sauvegarder la capacité de notre pays à penser et agir par lui-même, de faire en sorte qu'il soit l'acteur de sa propre liberté. La force du sentiment national reste la première condition d'une stratégie autonome. La nécessité de l'autonomie stratégique nationale est périodiquement réaffirmée par tous ceux qui se font une certaine idée d'un Liban indépendant, libre et souverain. L'autonomie de décision doit être essentielle dans cette nouvelle culture stratégique nationale et l'examen du passé lui donne toute sa dimension.
Nos lecteurs ont la parole - Salim F. Dahdah
Pour une nouvelle vision stratégique du Liban
OLJ / le 11 décembre 2014 à 00h00


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
CHACUN CHEZ SOI... ET TOUS ENSEMBLE ! MODÈLE SUISSE... SEULE GARANTIE DE SURVIE DU PAYS ! LA VOIE Y MÈNE INDÉNIABLEMENT... MAIS FAUT-IL TOUTES LES DESTRUCTIONS DES STRUCTURES ÉTATIQUES ET DE L'ÉCONOMIE... POUR ENFIN LE COMPRENDRE ? POUR Y ARRIVER, LA COHÉSION CHRÉTIENNE EST REQUISE EN PREMIER LIEU... ET LA LOGIQUE CHEZ LES AUTRES... MALHEUREUSEMENT AVEC LES VAURIENS D'AUJOURD'HUI LE SOLEIL NE POINDRA PAS DE SITÔT SUR LE PAYS DES CÈDRES !
09 h 26, le 11 décembre 2014