Sur les 779 passés par ses geôles en bientôt 13 ans, il reste désormais 136 détenus à Guantanamo. Photo AFP
Libres après plus d'une décennie dans la prison américaine de Guantanamo, six anciens détenus, accueillis dimanche par l'Uruguay en tant que réfugiés, devaient quitter hier l'hôpital, prêts à démarrer une nouvelle vie dans ce petit pays sud-américain.
Les six hommes, quatre Syriens, un Palestinien et un Tunisien, sortiront de l'hôpital « dans quelques heures (...) et s'intégreront à la vie courante », a annoncé le ministre de la Défense Eleuterio Fernandez Huidobro. Après avoir reçu une « approbation pour transfèrement » des autorités américaines, ils étaient arrivés dimanche à l'aube à Montevideo, où ils avaient été emmenés à l'hôpital militaire afin d'être soumis à des examens. Cette étape médicale « est la seule chose qui les empêche d'être aujourd'hui dans les rues de Montevideo, à se promener comme le ferait le fils d'un voisin », a assuré le ministre de la Défense dans un entretien avec la radio locale Carve.
« Nous apporterons seulement notre bonne volonté et des contributions positives à l'Uruguay, pendant que nous apprendrons l'espagnol et referons nos vies ici », a assuré l'un d'entre eux, Omar Abou Faraj, dans une lettre ouverte envoyée au journal El Pais. « Je n'ai pas de mots pour exprimer à quel point je suis reconnaissant, a-t-il poursuivi, pour l'immense confiance que vous, le peuple uruguayen, avez placée en moi et les autres prisonniers en nous ouvrant les portes de votre pays », le premier d'Amérique du Sud à accueillir ainsi des anciens détenus de Guantanamo.
Les six hommes, âgés de 30 à 40 ans, étaient arrivés à Guantanamo parmi les premiers détenus en 2002. Il s'agit des quatre derniers Syriens – Ahmad Ahjam, Ali Hussein Shaabaan, Omar Abou Faraj et Jihad Diyab –, du Palestinien Mohammad Tahanmatan et du Tunisien Abdoul Ourgy, selon le Pentagone. Ces ex-détenus « vont bien, surtout celui qui observait une grève de la faim (Jihad Diyab) et qui est arrivé dans des conditions physiques très diminuées, ce qui constituait notre plus grande inquiétude », a précisé hier le ministre de la Défense.
« Une prison horrible »
Au total, 19 détenus ont été rapatriés ou renvoyés dans un pays tiers depuis le début de l'année, dans un effort de l'administration de Barack Obama d'accélérer les libérations pour vider la prison controversée et à terme la fermer, comme l'a promis à plusieurs reprises le président depuis 2008. Sur les 779 passés par ses geôles en bientôt 13 ans, il reste désormais 136 détenus à Guantanamo, dont la plupart n'ont jamais été inculpés ni jugés. Soixante-sept ont été décrétés « libérables » par les administrations successives de George W. Bush et de Barack Obama. « Pendant douze ans, les États-Unis m'ont emprisonné à Cuba, souvent dans des conditions cruelles, sans charges, procès ou procédure judiciaire équitable », a témoigné dans sa lettre ouverte Omar Abou Faraj, précisant que, dès 2009, la CIA avait estimé qu'il devait être libéré. Mais son pays d'origine, la Syrie, était trop dangereux pour qu'il y revienne. Celui qui était alors « le prisonnier numéro 329 » a décrit Guantanamo comme « une prison horrible. S'il n'y avait pas eu l'Uruguay, je serais encore dans ce trou noir à Cuba », ajoute-t-il.
Ana Inés CIBILS/AFP


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