Moyen Orient et Monde

Du pétrole comme arme de dissuasion

Le point
09/12/2014

En schématisant à l'extrême, la conjoncture économique en Iran est la suivante : parce qu'il a besoin d'un pétrole à 136 dollars le baril pour équilibrer son budget et que le cours est tombé sous la barre symbolique des 70 dollars, l'État vient de relever de 30 pour cent le prix du pain... Étant entendu que les autres produits de première nécessité suivront bientôt. Conclusion : en y rajoutant un mot, la fameuse sentence de Karl von Clausewitz s'énoncerait comme suit : la guerre économique est la continuation de la politique par d'autres moyens.
Hassan Rohani a soumis dimanche au Majlis une nouvelle loi de finances « prudente », qui prend en compte la chute continue du Brent (36 pour cent au cours des cinq derniers mois) ainsi que les effets des sanctions occidentales. Ainsi donc, pour peu que la tendance actuelle se maintienne, la République islamique devrait se présenter en chemise, pieds nus et la corde au cou quand reprendront les négociations sur son programme nucléaire. On dit merci qui ? Mais Benjamin Netanyahu, qui a joué – c'est lui, le vantard, qui le dit – un rôle décisif, lors du dernier round de Vienne, pour éviter aux grandes puissances « un mauvais accord ». La mouche du bon Jean de La Fontaine disait quelque chose dans ce goût-là à l'issue d'un périple plutôt chaotique du coche.
2013. L'or noir se vend à 120 dollars et l'on parie déjà sur une flambée qui lui permettra d'atteindre 200 dollars en raison d'une guerre donnée pour imminente entre Téhéran et Tel-Aviv. Les pays producteurs nageaient alors dans l'opulence ; leurs dirigeants tablaient sur un boom parti pour durer une décennie au moins ; l'énergie nucléaire n'ayant plus la cote, on pouvait se livrer aux prévisions les plus ambitieuses sans qu'il s'en trouve pour oser y mettre le holà. Bien vite, cependant, il fallut déchanter. Le brutal coup de frein à la croissance chinoise, la fin de la dépendance US aux sources extérieures, le recours au gaz de schiste et autres énergies alternatives étaient passés par là, rabattant le caquet à tous ces optimistes. Et puis le cartel ne faisait plus bloc autour des majors, dont l'un au moins, l'Arabie saoudite, se démarquait de ses partenaires, ne craignant plus de faire, au besoin, cavalier seul.
Avec les quatrièmes réserves mondiales, dont son économie est largement tributaire, Téhéran doit se battre sur plusieurs fronts. À l'intérieur, il lui faut contenir et la fronde d'une jeunesse qu'inquiète l'idée de rater le train de la modernité, et le danger pasdaran. À l'étranger, il doit reconnaître que la patience des Occidentaux n'est pas illimitée et qu'un nouveau tour de vis économique lui serait, cette fois, fatal. La production de brut est tombée de 2,2 millions de barils/jour en 2011 à 1,3 million aujourd'hui. Certes, la diversification des recettes va passer à 53 pour cent, mais cela demeure insuffisant en regard des besoins de la population. Début novembre, l'officieux Ebtekar affichait le chiffre du déficit budgétaire : 1,5 milliard de dollars, ce qui le situe, selon diverses sources concordantes, bien en deçà de la réalité si l'on tient compte d'une double baisse : celle des exportations pétrolières et celle des cours du brut.
Les pays producteurs rechignent à l'avouer, mais la plupart s'accommoderaient plutôt bien d'un pétrole à 40 dollars, comme le prouve l'exploitation de la formation de Bakken. C'est dire que tout le monde n'est pas logé à la même enseigne. Il y a, d'un côté, ceux qui peuvent survivre avec un baril à 70 dollars (Koweït, Émirats arabes unis, Qatar...) et, d'un autre côté, ceux qui ne pourraient même pas garder la tête hors de l'eau, comme l'Irak, le Nigeria, l'Angola, le Venezuela, l'Algérie et bien entendu l'Iran. Il existe à la médaille une autre face, la bonne : selon l'Organisation de coopération et de développement économiques, toute baisse de 20 dollars des cours signifie une amélioration de la croissance de l'économie de ses membres de 0,4 pour cent au bout de deux ans.
Est-ce cela que cherche à obtenir Barack Obama ? Soucieux d'améliorer son désolant bilan de fin de règne, le président américain tient par-dessus tout à brider la boulimie géopolitique des mollahs sans pour cela aller jusqu'au recours à son invincible armada. Il aura ce faisant donné satisfaction aux boutefeux washingtoniens, calmé les (fausses) ardeurs du turbulent Netanyahu et apaisé les (vraies) inquiétudes de la dynastie des al-Saoud, lesquels voient déjà l'ennemi dans leur arrière-cour et même dans la maison. Tout en ouvrant grand le boulevard devant un « printemps arabe » auquel il est seul à croire encore.

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Tehini Michel

C'est à se demander qui profite du baril que l'EI vend à 40 dollars, directement ou indirectement....
Belle partie d'echecs en perspective entre les iraniens et americains, qui frappent direct dans le portefeuille des premiers avant un bon round de négotiations.
Réponse des iraniens dans le prochain épisode.

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Uuuuuuuft ! Encore ces pérégrinations.... en cette Per(s)cée !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

RUSSIE ET IRAN... AVEC DÉCOUVERT LE... DERRIÈRE ! IL LEUR EST CONSEILLÉ DE NE PAS S'APPROCHER DE TRIPOLI... LOOOOOL !

RE-MARK-ABLE

Cet alarmisme economique est mal percu par les esprits un peu plus perspicaces , non pas qu'il n'y a pas probleme mais parce qu'on dirait que le probleme ne s'applique qu'a certains etats . Le Japon a officiellement declare entrer en recession en Janvier 2015 , le Japon ne produit pas de petrol , n'est pas sous embargo et ne subit aucune sanction d'aucune part , les pays europeens n'en parlons pas ca couvrirai les 1500 signes de mon commentaire . Donc parce qu'un nathanusurpateur fait son guignole parce qu'il est impuissant contre l'Iran , on trouve des articles pareils a celui ci pour redorer son blason !! La binsaoudie de toute facon n'a pas de politique autre que de s'executer devant les injonctions de ses donneurs d'ordre usurpateur , donc elle compte vraiment pour du beurre . L'important pour nous autres consommateurs est que le prix de l'essence et de tous les produits a base de petrol chutent pour notre bien de consommation , et laissons les vrais joueurs des puissances mondiales et regionales s'expliquer entre eux , les des sont jetes mais n'ont pas encore decouverts les vrais chiffres qui vont tomber . C'est vrai que la guerre economique est la continuation de la guerre diplomatique qui sera la continuation de la guerre tout court .Poutine chez erdo et Hollandouille chez Poutine il ya 2 jours n'a pas finit de nous interpeler !

Raspoutnikof

Fau surtout pas oublier la Russie qui n'est pas mentionnee dans cet article.

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