De g. à d., Rachid Derbas, Chebli Mallat et Waël Bou Faour. Photo Ani
Les ministres des Affaires sociales et de la Santé, Rachid Derbas et Waël Bou Faour, se sont à nouveau exprimés sur les graves conséquences de l'afflux des réfugiés syriens au Liban et le risque de leur implantation, au cours d'un symposium organisé par l'Association des amis de Kamal Joumblatt et la Fondation Friedrich-Ebert à l'hôtel Crowne Plaza à Beyrouth. Le symposium avait pour thème : « Causes et conséquences de l'afflux des refugiés de Syrie et d'Irak. »
Revenu d'une conférence organisée à Genève sur la question, M. Derbas a estimé que la communauté internationale « ne compte pas trouver des solutions à la crise syrienne », qu'elle semble avoir opté pour « la solution la moins coûteuse » pour elle, à savoir l'implantation des réfugiés au lieu d'une planification de leur retour en Syrie, dans des régions sécurisées. Pour quelle raison, s'est-il interrogé, des vols de reconnaissance sont possibles, quand il s'agit de déterminer des cibles à bombarder, mais pas quand il s'agit de délimiter des zones pacifiées susceptibles d'accueillir les Syriens qui rentrent ?
Au sujet de la présence chrétienne en Orient, M. Derbas a été d'avis qu'ils sont « le fleuron de cet Orient et ses fenêtres ouvertes. Les pousser à l'exode revient à pousser à l'agonie l'Orient et le transformer en une terre fertile pour tous les extrémismes ». Il a enchaîné par une critique de la récente décision prise par le Pam (Programme alimentaire mondial) de suspendre l'aide qu'il apporte à 1,2 million de réfugiés syriens au Liban. « En 2013 déjà, seulement 53 % de l'aide promise avait été livrée », a-t-il dit. « Placé face à l'obligation d'assurer lui-même cette aide alimentaire et vestimentaire, le Liban va friser la catastrophe alimentaire, a-t-il estimé. Un petit peuple aux ressources limitées ne pourra endurer cette épreuve longtemps. »
Nos divergences, « un luxe »
M. Derbas s'est ensuite adressé à la classe politique, en l'avertissant que, placé devant de tels défis, le Liban ne peut se payer « le luxe » de persister dans ses divergences. « Nous avons perdu 20 millions de dollars au cours des mois passés, nos frontières orientales sont ouvertes et notre infrastructure commence à donner des signes d'essoufflement », a-t-il noté. « La fermeture des frontières ? Impossible! a lancé le ministre. C'est comme si nous nous enfermions nous-mêmes. Nous ne pouvons pas fermer les frontières. Par contre, nous avons placé des restrictions à l'afflux de réfugiés, et c'est un bon début », rappelant que les soins requis par les enfants syriens au Liban sont du ressort de l' Onu.
De son côté, le ministre de la Santé, Waël Bou Faour, a mis en garde contre « un déséquilibre entre les communautés » provoqué par l'afflux de réfugiés, en majorité sunnites. « Il faut faire attention », a-t-il averti. « Sur le plan sanitaire, on va de mal en pis, a-t-il ajouté, et nos divisions n'arrangent pas les choses. »
Comme M. Derbas, M. Bou Faour a déploré que la crise et le danger « n'aient pas soudé » les Libanais. D'autant plus qu'une grande déception est venue du côté de la communauté internationale, qui n'a pas répondu aux besoins de l'État libanais et où « les donneurs de conseils » se sont multipliés, qui ont choisi, pour leur part, la solution de facilité. « En Syrie, les choses se dirigent vers le pire », estime le ministre. Plus de destructions, et un état de sécurité plus précaire. « Ce qui ne l'a pas empêché de dénoncer « la xénophobie et le racisme » qui pointent parfois contre les Syriens.

