Moyen Orient et Monde

Looping ? Non, loupage

Le point
04/12/2014

De la pure politique... Pour l'occasion, on nous permettra l'oxymore. Cette tempête dans un verre d'eau (s'il vous plaît, ne parlons pas de crise ministérielle) n'a pas pour raison véritable la législation sur l'État-nation (le compromis avec Tzipi Livni était possible), ni le projet de zéro TVA pour les jeunes couples désireux d'acquérir un appartement (le Premier ministre y était favorable au départ). Plus prosaïquement, comme l'a laissé entendre l'un de ses partisans, Benjamin Netanyahu en avait assez de se battre contre une double opposition, l'une au sein de son équipe, l'autre à la Knesset ; assez de ce cabinet, véritable canard boiteux (de naissance) dont aucun orthopédiste ne voulait s'occuper ; assez de voir ce Rastignac de Yaïr Lapid jouer des coudes pour le supplanter.
En adoptant un ton comminatoire pour renvoyer les deux trublions à leurs florentins desseins ; en prenant à témoin une opinion publique, appelée en outre à jouer, le 17 mars prochain, les Salomon ; en feignant enfin d'abattre sa carte maîtresse, Bibi a la partie belle. Dans le même temps, il définit par avance les grandes lignes d'un scrutin qui devrait lui donner l'occasion de réaliser, pense-t-il, son grand rêve : pousser le pays sur une voie ultradroitière, un choix qui ne peut mener qu'au pire – libre à lui de parler d'une majorité gouvernementale de centre-droit.
Pour la forme, le président du Conseil avait voulu suivre les règles du jeu, organisant lundi soir un simulacre de rencontre de la dernière chance avec le chef du Yesh Atid. Toutefois, il prenait celui-ci de court en rendant publiques, sous forme d'ultimatum, une série de cinq exigences, pour le moins inacceptables. Dès lors, il ne restait plus à l'ancien anchor de la télévision qu'à contre-attaquer : non, de nouvelles élections ne sont pas nécessaires ; oui, le Premier ministre est responsable de la détérioration des relations avec les États-Unis ; peut-être, après tout, vaudrait-il mieux pour nous de passer dans le camp de l'opposition.
Le cas de Livni est, si l'on peut dire, plus grave : à la mi-mai, la ministre de la Justice, leader du parti Hatnua (six députés), a « osé » rencontrer à Londres le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas. Il y a trois jours, elle a franchi une autre ligne rouge en affirmant avec force qu'il ne saurait être question pour elle de donner sa caution à un projet « extrémiste, ultranationaliste et antisioniste », en allusion à un texte de loi en préparation visant à faire d'Israël l' « État-nation du peuple juif » et des Arabes du pays des citoyens de seconde zone.
En décidant de solliciter pour la seconde fois en moins d'un an un nouveau mandat qui sera son quatrième (une consultation populaire n'était prévue qu'en 2017), Benjamin Netanyahu ne prend pas, contrairement à ce que l'on serait tenté de croire, un risque inutile. Les résultats de deux sondages publiés avant-hier mardi indiquent que sa formation, le Likoud, est assurée de continuer à caracoler en tête du classement des partis politiques. Il gagnerait même un siège (26 au lieu de 25 actuellement). Toutefois, la palme du vainqueur toute catégorie, si des élections devaient se dérouler aujourd'hui, serait le Habayit Hayeudi (Foyer juif, de Naftali Bennett), dont le nombre de représentants à la Knesset passerait de 12 aujourd'hui à 17. Israel Beiteinou, le parti d'Avigdor Lieberman, perdrait un siège (avec 11sièges au lieu de 12). Quant au Shass, son score demeurerait inchangé, tout comme ceux des minigroupements de droite. Au total, cela donnerait-il une majorité homogène, susceptible de faire meilleure figure que le regroupement de bric et de broc qui soutient depuis une vingtaine de mois l'équipe numéro 3 de Netanyahu ? Sans doute, si l'on s'en tient à la seule arithmétique politique, la moins fiable de toutes les formes de calcul.
Pour autant, le paysage ne s'en trouvera pas éclairci. À mettre dans la colonne du passif : un budget 2015 qui n'a pas encore été voté, une croissance économique qui donne d'inquiétants signes de ralentissement, le high tech qui connaît des ratés sans précédent. Et surtout des rapports qui frisent la crise avec l'administration Obama et, depuis quelque temps, avec l'Union européenne, surtout que se profile à l'horizon le spectre d'un pays passant résolument à la droite la plus extrême. Et à la colonne des actifs ? Certainement pas les mouvements de menton de « Bibi », ni ses alliances malheureuses, encore moins sa gestion désastreuse des finances. Alors, parler comme il vient de le faire de « stabilité gouvernementale » et de « gestion saine » revient à faire des promesses qui ne seront pas tenues. Cela, l'opinion publique ne le pardonnera pas... aux législatives qui suivront, on peut en être certain, celles du 17 mars.

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ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Il finira comme Begin, ou peut-être comme Sharon même ! A quand le tour du Monchâr aSSadiot d'à côté ? N'challâh !

RE-MARK-ABLE

Le pays est en crise , n'en deplaise a certains , il y a aussi un effet Gaza et un soulevement palestinien en cisjordanie . On remarquera de plus en plus de menace sur la maison de verre qu'est ce pays fonde sur l'usurpation institutionnalisee , les politiques , la knesseth et tout le barda qui s'affronte sont tous comme cul et chemise pour mener a bien ce qui est un nettoyage ethnique insidieux . Les taches sont bien partagees uniquement que pour cette fin , et si avec Rabin assassine par un fanatique juif on y etait pas parvenu , on a essaye avec toute la suite jusqu'a arriver a nathan/videur , et si ce dernier faiblit ou flanche on trouvera un successeur plus "vigoureux" , mais au final , la seule et unique facon de deloger cette bande de criminels en delit de fuite ,c'est la resistance armee , ou on l'a ou on ne l'a pas !

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