Rechercher
Rechercher

Liban - L’Éclairage

Le clivage actuel renforce l’option d’un président fort... de sa modération

Le président de la Chambre Nabih Berry ne paraît guère afficher d'enthousiasme particulier concernant la revendication aouniste de convoquer à une séance extraordinaire pour l'interprétation de l'article 24 de la Constitution au sujet de la parité. Le chef du bloc du Changement et de la Réforme, le député Michel Aoun, avait pourtant lié sa position à l'égard de la prochaine loi électorale à l'interprétation de cette disposition de la Constitution. Mais M. Berry a d'autres priorités, selon des sources proches de Aïn el-Tiné, en l'occurrence régler la question épineuse du quorum de la séance. Faut-il la majorité absolue ou les deux tiers de la Chambre pour que la séance ait lieu ? Les avis sont divergents.


La demande faite par le CPL au chef du législatif concernant la parité intervient à un moment où l'Occident est particulièrement inquiet face aux tentatives de porter atteinte à l'accord de Taëf et à la formule paritaire, selon des sources bien informées qui se trouvaient récemment à Washington. Une crainte est, par exemple, que la séance-débat sur l'interprétation de l'article 24 ouvre la voie à une avalanche de démarches similaires pour chacun des articles de la Constitution, ce qui est un pari dangereux dans les circonstances actuelles. Un tel chantier pourrait également ouvrir une brèche dangereuse et consacrer dans les textes le déséquilibre flagrant dans les rapports de force sur le terrain, à travers le remplacement de la parité par une répartition entre trois tiers (chiite/sunnite/chrétien). Or plusieurs parties internes, sinon régionales et internationales, sont réfractaires à un tel changement de nature à modifier l'ensemble du système politique libanais. C'est pourquoi divers centres de recherches n'hésitent pas à proposer l'idée d'un tuteurage international sur le Liban afin de préserver la Constitution de Taëf et la parité islamo-chrétienne.


La crainte est donc celle d'un nouveau Taëf qui viendrait prendre acte des rapports de force sur le terrain. Des sources politiques proches du 8 Mars ne se privent pas d'affirmer que le contexte qui avait imposé l'accord de Taëf ne prévaut plus actuellement et que les changements dans les rapports de force aussi bien politiques que communautaires supposent certaines modifications au niveau de la formule. Le 14 Mars rejette cette rhétorique, compte tenu de la gravité de la situation régionale et locale.


Avant son départ du palais de Baabda, à l'expiration de son sexennat, le président Michel Sleiman avait préconisé une série d'amendements constitutionnels pour corriger certaines failles, notamment au niveau des prérogatives du chef de l'Etat, et rétablir l'équilibre entre les pouvoirs dans un esprit de collaboration.
Or pour Washington, Paris, Moscou, le Vatican ou Riyad, la situation régionale ne permet pas actuellement d'ouvrir le dossier de la refonte de la formule libanaise. Nul n'a oublié les propos de certains responsables iraniens à une délégation française, dans le contexte des préparatifs de La Celle-Saint Cloud en 2008, selon lesquels il faudrait une révision de la formule libanaise en faveur de la répartition par tiers de manière à rendre justice à la communauté chiite. À l'époque, il s'agissait également de trouver un moyen de régler l'ensemble de la crise interne, notamment l'impasse dans l'élection présidentielle et l'élaboration de la loi électorale. Puis le Hezbollah avait, dans les faits, imposé le système du tiers de blocage au gouvernement, soit une répartition par tiers de facto, sans reconnaissance de jure. Le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, lui-même, avait réclamé une Constituante durant la dernière phase du mandat Sleiman, dans le cadre des contacts visant à aplanir les obstacles vers la formation du cabinet Salam... jusqu'à ce que les députés du parti chiite changent de discours et prétendent que cette Constituante ne figure pas à l'agenda du Hezbollah...

 

Pour un ministre actuel, il serait bien plus sage, à l'heure actuelle, de ne pas prêter le flanc à tout ce qui serait de nature à créer des brèches supplémentaires dans le système politique libanais, surtout à l'ombre de la vacance présidentielle, et donc d'éviter de toucher à la Constitution ou à Taëf. La priorité devrait aller, selon ce responsable, à l'élection d'un président consensuel à même de redynamiser les institutions et d'empêcher le Liban de sombrer. Élire un président qui porterait en lui une gamme de solutions aux problèmes locaux s'avère impossible à l'heure actuelle, en attendant le règlement des nombreux problèmes régionaux inextricables. C'est pourquoi il faudrait plutôt élire un président agréé par tous et qui ne représente une provocation ou un défi pour personne. Le président fort, dans le contexte actuel, serait ainsi celui qui disposerait du soutien de son environnement, qui rassemblerait les forces politiques autour de lui, serait capable de mener un dialogue national à partir de sa posture impartiale et face auquel des obstacles ne se dresseraient pas de la part de certaines composantes du pays.
Une dynamique des centres extérieurs de décision et de certains diplomates accrédités au Liban serait ainsi en marche pour déboucher sur l'élection à la présidence d'un homme possédant ce profil, afin d'éviter l'effondrement du pays à tous les niveaux.

 

Lire aussi

Ainsi parlent les proches de l'Iran..., le décryptage de Scarlett Haddad

 

Le président de la Chambre Nabih Berry ne paraît guère afficher d'enthousiasme particulier concernant la revendication aouniste de convoquer à une séance extraordinaire pour l'interprétation de l'article 24 de la Constitution au sujet de la parité. Le chef du bloc du Changement et de la Réforme, le député Michel Aoun, avait pourtant lié sa position à l'égard de la prochaine loi électorale à l'interprétation de cette disposition de la Constitution. Mais M. Berry a d'autres priorités, selon des sources proches de Aïn el-Tiné, en l'occurrence régler la question épineuse du quorum de la séance. Faut-il la majorité absolue ou les deux tiers de la Chambre pour que la séance ait lieu ? Les avis sont divergents.
La demande faite par le CPL au chef du législatif concernant la parité intervient à un moment où...
commentaires (2)

ET CELA DÉPEND, BIEN SÛR, DE CE QUE CHACUN COMPREND OU VEUT COMPRENDRE PAR LE MOT "MODÉRATION" ! NOTRE VOCABULAIRE S'EST ENRICHI D'INTERPRÉTATIONS SI BIZARRES !

La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

10 h 16, le 04 décembre 2014

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (2)

  • ET CELA DÉPEND, BIEN SÛR, DE CE QUE CHACUN COMPREND OU VEUT COMPRENDRE PAR LE MOT "MODÉRATION" ! NOTRE VOCABULAIRE S'EST ENRICHI D'INTERPRÉTATIONS SI BIZARRES !

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    10 h 16, le 04 décembre 2014

  • Une fois écartée l’éventualité d’un accord tout au plus destiné à différer le coup de hache de la "sacrée Partition", il n’est aucune hypothèse exaltante. Ni le rattachement à 1 sœur-syrie qui se retrouverait bien encombrée par ce Liban lui tombant sur les genoux. Ni 1 modeste Can(r)ton chréti(e)n par-ci et 2 improbables Can(r)tons chïï(an)tes par-là. Ni quelque autre foutu découpage saugrenu. Sauf en définitive, la subsistance d’un "Grand"-Liban résiduel, après ablation de ces deux Can(r)tons chïÏt(an)es-là. Certes, il faudra commencer par s’habituer à ce terme, résiduel, qui fait allusion à une sorte de déchet sans valeur. Mais qui persiste malgré les efforts faits pour l’éliminer. Qu’à cela ne tienne. D’autant qu’aux moult difficultés inhérentes au moindre redécoupage d’États ou Nations, vient de s’ajouter l’indication que la majorité des Libanais restés Sains se réjouissent d’un "Liban résiduel" détaché de ces cantons chïïtiques ; ce qui n’était pas nécessairement prévisible ! Il est patent qu’1 telle hypothèse serait à envisager dans ce climat d’émotion, difficilement imaginable il y a encore quelque temps. On peut donc raisonnablement prévoir que le sentiment d’attachement de la majorité des Sains à un Grand-Liban même amputé, et du confort d’hériter légitimement du Beau nom, ferait que le grand saut dans le vide leur semblera beaucoup moins vertigineux ! Et qu’un "Grand"-Liban résiduel pourrait être alors perçu comme la moins pire des solutions. Yâ wâïyléééh !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    04 h 31, le 04 décembre 2014

Retour en haut