De la folie pure. Mise en scène et meurtrière. Irrationnelle et maladive. Montrée du doigt, marginalisée, qualifiée de barbarie et jugée incompréhensible. Parce qu'il est impossible de comprendre pourquoi des jeunes semblent prendre du plaisir en égorgeant des individus au nom d'Allah. Parce que la Palestine, l'Irak, la Syrie, la banlieue, la perte de repères, l'endoctrinement, ou n'importe quelles autres causes, ne suffisent pas à justifier une telle cruauté. Parce qu'aucune religion, qu'elle soit interprétée de manière ésotérique ou littéraliste, ne peut appeler ses fidèles à assassiner des innocents. Parce qu'aucune personne, un tant soit peu humaine, ne peut rester de marbre devant un tel spectacle, ne peut échapper à ce mélange de peur, de haine, de stupéfaction, voire parfois de fascination, qui dicte les réactions face à cette violence obscure. Parce qu'il est interdit de penser, ou au moins d'émettre l'hypothèse, que cette époque biberonnée au règne de la rationalité et de la non-violence puisse enfanter de telles horreurs. Parce que l'émotion prend le dessus sur la raison. Parce que le moralisme nie l'existence de l'impensé en le qualifiant d'impensable. Parce qu'il est si tentant de qualifier de folie tout ce qui n'a pas de sens à nos yeux. Parce qu'il est plus facile d'oublier que la pacifique Europe a offert à l'humanité, il y a moins d'un siècle, les plus grands spectacles d'horreurs et de violence de son histoire.
Par ignorance, par essentialisme ou par pure mauvaise foi. Pourtant, aucun peuple, aucune région, aucune religion, aucune civilisation n'ont le monopole de la folie. Mais qualifier ces actes de folie ne suffit pas pour autant à dédouaner la société dans laquelle ils apparaissent. Pour mener le processus à son terme, il faut en plus les associer à une autre époque, le plus loin possible de la nôtre, de préférence le Moyen Âge. Et cela malgré l'absolu non-sens d'utiliser cette notion, d'autant plus pour définir une époque décadente, dans la région du Moyen-Orient.
Pourtant, face à l'émergence du phénomène jihadiste et face aux dangers de sa propagation, il semble crucial de se remettre en question. D'essayer de comprendre. Pas de pardonner, pas d'excuser, pas de justifier, mais de comprendre. Comprendre pour identifier le mal et l'annihiler. Comprendre parce que ce n'est pas nécessairement la folie qui commande ses actes. Comprendre car s'ils sont effectivement motivés par la folie, ils n'en restent pas moins le miroir occulte et souterrain de notre époque. Et si l'appartenance aux mouvances jihadistes ne relevait pas de cette fameuse folie, mais bien au contraire de l'idéologie ? Et si ces personnes, dont la rationalité et la minutie avec laquelle ils mènent leurs opérations sont difficilement discutables, devaient être appréhendées comme des militants ayant choisi l'islamisme jihadiste comme programme politique ? Seraient-elles alors comparables, comme le pense le grand islamologue Olivier Roy, aux gauchistes révolutionnaires de l'après-guerre, recherchant la grande aventure au travers d'une cause globale ? Alors, folie ou idéologie ? Peut-être les deux. Car, avant tout, produit d'une époque en perte de sens et en manque d'idéologie, mais ontologiquement façonnées par les illusions et la folie.
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On pourra ajouter que l’illettrisme et la pauvreté engendrent vengeance haine pour aboutir à la folie aussi .
17 h 30, le 01 décembre 2014