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Nos lecteurs ont la parole - Andrée Salibi

« Aucun individu ne peut être humain seul »

Les 90 ans de L'Orient-Le Jour, ça se fête. C'est un siècle d'échange, d'amitié et de partage. L'Orient, puis Le Jour, puis L'Orient-Le Jour, trois quotidiens ayant fait tout au long de ce siècle le grand bonheur des Libanais francophones.
Que de nouvelles ont été transmises par le biais de ce journal. Que d'informations libres, honnêtes et pluralistes ont éveillé les consciences ; une information de qualité et une présence efficace dans les milieux sociaux, politiques et religieux.
De longues années de guerre s'étaient succédé, des tyrannies, des persécutions et des enjeux énormes ont marqué le siècle. Malgré une situation précaire, malgré les doutes, l'équipe du journal ne se lassait jamais d'aller chercher l'événement où il se trouve et de le diffuser, intact, dans les colonnes du quotidien, respectant la déontologie et l'éthique journalistiques au nom de la qualité de l'information et de l'exactitude des faits. Les éditoriaux sont clairs pour sauvegarder la transparence et l'impartialité. Une équipe de journalistes respectueux des valeurs et à la hauteur de l'événement assure le progrès. La page « Opinion » consacrée aussi aux réactions des lecteurs figure sur le web, exemple vivant de cet échange vivace et propice.
L'Orient-Le Jour, ce cher quotidien attendu tous les matins, cet ami dévoué qui accompagne nos matinées et nous offre une information impartiale, ce quotidien est bien digne de nos cinq mille ans d'histoire.
Au Salon du livre, autour de l'ouvrage de Michel Touma et en présence de toute l'équipe, des trois vétérans du journal, Issa Goraieb, Nagib Aoun et Christian Merville, je réalisai les liens solides qui nous unissent. Animé d'un sentiments spontané d'appartenance à ce journal, je savourais aussi mon attachement à la francophonie. Cette longue fraternité, cet amour sincère de la France inculqué par nos parents et transmis à nos enfants ont réveillé dans mon cœur une foule de sentiments. J'ai revu mes années scolaires, la place majeure qu'occupait la langue française dans mon éducation, les premiers poèmes retenus et déclamés avec aisance. J'ai revu les activités de l'été au Centre culturel français, les visites matinales pour échanger des livres de lecture. Cet accueil chaleureux des missionnaires français, cette ambiance intellectuelle, cette politesse que je garde précieusement en mémoire. Et aussi, les sessions du CCF destinées aux professeurs, pour des méthodes d'enseignement modernes, nécessitaient la présence d'élèves privilégiés. Je me souviens aussi du « signal » que nos parents faisaient circuler parmi nous, mes frères, mes sœurs et moi, pour nous obliger à pratiquer cette douce langue. Ce petit objet banal, qui ne valait rien au départ, retrouvait toute sa magie, le temps d'une compétition. Le gagnant de la semaine, celui qui avait réussi à s'en débarrasser, recevait en cadeau... des livres en français.
Oui, la francophonie me colle à la peau et me fascine. Elle reste mon dernier espoir de paix et de salut. Il est impossible de détourner mon estime et ma gratitude vers d'autres horizons. Le passé glorieux qui nous unit à la France est réel, notre avenir ne peut que passer par elle.
Chers journalistes de L'Orient-Le Jour, dont la plupart sont aujourd'hui des amis, votre journal est un présent qui agrémente nos jours. Il nous a accompagnés toute notre vie. Aujourd'hui, notre pays stagne et souffre ; l
a présence de journalistes comme vous, qui conçoivent comme nous la liberté, nous réjouit. En lisant notre journal tous les matins, nous nous réfugions dans un monde meilleur où les gens se ressemblent et s'assemblent, et nous nous mettons à espérer en un avenir meilleur où l'on pourrait enfin rejeter la soumission, la corruption et l'obscurantisme.
Mais nos martyrs attendent toujours que notre terre se libère pour retrouver la paix. Une soif commune et intense de liberté nous saisit, une résilience opposée à tout ce qui menace de l'asservir dans un monde cruel et indifférent. Le Liban se libérera un jour prochain du joug du confessionnalisme et des mauvaises influences pour redevenir une terre de salut. Si seulement les Libanais se décidaient à partager cette même vision pour parvenir à construire enfin leur nation.
Avec tout ce que ce quotidien représente pour nous, avec l'esprit qui nous a animés un certain 14 mars, avec la promesse de Gebran incrustée en nous en ce jour, je conviens qu'il serait bon d'être humains et unis avant d'être chrétien, musulman, chiite, sunnite, druze ou autre. Oui, soyons humains en premier, et tout suivra . J'ajouterais : « Tous ensemble » car seuls, nous n'y pourrons rien.
« Notre humanité dépend de l'humanité de nos semblables. Aucun individu, aucun groupe ne peut être humain tout seul. Nous nous élevons tous ensemble au-dessus de l'animal ou pas du tout. Quand nous aurons appris cette leçon, même s'il est tard, nous aurons réellement progressé d'un millier d'années. » (Éducation d'un enfant protégé par la Couronne, Chinua Achebe).

Andrée SALIBI

Les 90 ans de L'Orient-Le Jour, ça se fête. C'est un siècle d'échange, d'amitié et de partage. L'Orient, puis Le Jour, puis L'Orient-Le Jour, trois quotidiens ayant fait tout au long de ce siècle le grand bonheur des Libanais francophones.Que de nouvelles ont été transmises par le biais de ce journal. Que d'informations libres, honnêtes et pluralistes ont éveillé les consciences ; une information de qualité et une présence efficace dans les milieux sociaux, politiques et religieux.De longues années de guerre s'étaient succédé, des tyrannies, des persécutions et des enjeux énormes ont marqué le siècle. Malgré une situation précaire, malgré les doutes, l'équipe du journal ne se lassait jamais d'aller chercher l'événement où il se trouve et de le diffuser, intact, dans les colonnes du quotidien, respectant la...
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