« Maison à Jezzine », un havre de paix.
Né en Allemagne, Martin Giesen étudie l'histoire de l'art à l'Université Heidelberg. Après avoir travaillé pour le Metropolitan Museum of Art à New York, il poursuit une carrière d'enseignement universitaire. Durant plus de 30 ans, il produit des aquarelles qui participent à la cartographie géographique d'un pays. Avant de s'établir aux Émirats arabes unis, Giesen a longtemps vécu au pays du Cèdre, d'où sa sensibilité aux quatre éléments de ce pays. Lumière, eau, neige et, surtout, cette «étincelle visuelle», qui sont les composantes de son
œuvre.
Giesen et l'art
Q–Où vous positionnez-vous dans l'art d'aujourd'hui?
R – Dans un sens contemporain, l'approche de l'art est très différente de ce que je produis. Mon travail met l'accent sur la sérénité et la tranquillité. Une quête de la paix, non pas une confrontation ni même les questionnements que l'art propose. On peut traiter mon art d'idéaliste. Et si certains soulèvent que c'est un art refuge, je ne prendrais pas ce constat comme une critique, car l'art pour moi est une célébration à la beauté. Il faut donc se calfeutrer et se trouver un coin tranquille pour pouvoir célébrer la beauté.
Ce travail est-il similaire aux précédents ou peignez-vous par mémoire et par nostalgie ?
En général, il est similaire mais il est de plus en plus difficile de trouver les coins de ce Liban qui a structuré ma mémoire. C'est tellement «sur-peuplé» et «sur-bâti». J'essaye donc de contrebalancer la laideur et d'y résister de toutes mes forces. Et si cela doit porter le nom de nostalgie, pourquoi pas?
Giesen et la neige
Les aquarellistes se targuent de ne jamais employer du blanc, comment avez-vous dompté la couleur
blanche ?
La neige est une amie de la beauté. Elle met une couverture de pureté sur la laideur de notre monde et redessine la réalité. Elle est paradoxale car, en couvrant, elle dévoile l'essentiel. La neige est aussi l'amie des aquarellistes. Il suffit de peindre en ne touchant pas au blanc de la toile pour faire ressortir la neige. Elle joue le rôle de négatif dans la photo, puisque qu'elle est l'absence de la peinture.
Giesen et l'eau
Et l'eau dans votre œuvre ?
L'eau, tout comme la neige, est un élément qui dissimule mais reflète. Elle a aussi son propre caractère puisque sa couleur, sa texture et sa variété sont spectaculaires. Tout peintre doit, comme un alchimiste, doser les teintes afin de donner l'expression exacte à l'eau. Outre les paysages d'eau, les pierres du Liban m'interpellent car elles reflètent, sous la lumière, différentes couleurs vivantes et évoquent la
pérennité.
Giesen et les... autres
«J'ai habité Beyrouth durant treize ans et deux de mes enfants y sont nés. Il y a certains détails qui vous réconcilient avec le Liban d'antan: les odeurs, les klaxons qu'on ne retrouve pas ailleurs! Par contre, les personnages de mes toiles sont toujours comme des mannequins, des poupées–
je ne suis pas bon en anatomie –, ils jouent un simple rôle narratif.»
*Aïda Cherfan Fine Art, place d'Antélias. Tél. : 04/444111 – 04/444222.
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