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Culture - Exposition

Martin Giesen dans les strates de l’histoire

Sur les cimaises  brutes et non polies aux « Artisans du Liban et d'Orient », à   Souk el-Najjarin*,  Martin Giesen  expose ses œuvres récentes. Une série d'aquarelles  qui racontent des histoires et l'histoire. Jusqu'au 11 novembre.

Martin Giesen semble n'avoir jamais quitté le Liban où il a vécu de 1973 à 1985.  Actuellement établi aux Émirats où il enseigne l'histoire de l'art et l'architecture, celui qui a cofondé avec Amale Traboulsi la galerie Épreuve d'artiste  a tissé des liens indéfectibles  avec le pays du Cèdre qu'il considère comme une partie de sa « famille émotionnelle ».  C'est inlassablement qu'il continue de croquer avec humour le quotidien de Beyrouth, des villes et villages libanais dans tout ce qu'ils  ont de pittoresque et de vivant.
« J'aime la texture et le toucher des pierres qui ressemblent à une peau de plus de deux mille ans et qui vieillissent gracieusement. Elles évoquent tous ceux qui les ont travaillées, caressées et inscrit dans leurs interstices des milliers de légendes et de mystères. » Et d'ajouter : « La pierre est un enregistreur de mémoire. » 
Lorsqu'on lui demande  ce qui  le lie vraiment à cette pierre libanaise qu'il magnifie, il désigne le lion de Baalbeck qu'il a reproduit dans toute sa majesté et dit : « Ma mère s'est fait un jour photographier devant ce lion. C'est ça finalement l'histoire qui se perpétue et qui se répète. Mais j'ai voulu aussi capter et fixer ces paysages libanais dans mes œuvres. Et, poursuit-il, malgré  tous les changements que le temps occasionne,  la beauté demeure présente mais enfouie. »
Des jeunes gens se balançant sur la balustrade de la corniche (« aujourd'hui aseptisée », ajoute l'artiste  amèrement), les marchands de balais et de cages d'oiseaux,  de kaaks  et de maïs peuplent encore Beyrouth  et l'imaginaire de  Martin Giesen, « même si leur nombre se réduit à une peau de chagrin », dit-il avec une certaine mélancolie dans la voix. « Il y a quelques années, j'allais à la corniche travailler sur place. A présent, je ne peux plus le faire. Il ya trop de vacarme. »   

Les couleurs de la vie
Transcendant le temps, ces aquarelles réalisées in situ ou en atelier reproduisent une  combinaison de personnages avec une complexité d'histoires. Mais derrière ces histoires, il y a une autre lecture à ces teintes passées et passéistes. Une composition formulée à la manière d'un architecte ; une perspective bien élaborée et un  recul avec les couleurs et les lignes, qui prend les objets pour prétexte pour recréer des ambiances et suggérer d'autres horizons.
De  l'impressionnisme au  pointillisme, toutes les tendances artistiques se retrouvent confondues dans cet art qui prend toute son énergie et son dynamisme dans une réalité qu'il fait sienne et qui explore le temps. « Tout commence par un impact visuel, non par une histoire », dit Martin Giesen.  Un stimulus sensoriel qui prend forme par des  images et des émotions. En peignant les terrasses plantées d'arbres dans la montagne libanaise (à la manière japonisante), l'aquarelliste  met l'accent sur  une volonté humaine (aujourd'hui inexistante) de travailler à long terme, « ce que nous ne faisons plus de nos jours. Les hommes ne construisent  plus pour l'avenir, mais pour le présent », signale-t-il.    
Avec  cette féerie d'ocres, de brunâtres, comme la terre, de grisâtres comme ces tempêtes qui s'annoncent en mer,  mais aussi de camaïeux de bleus transpercés par les roses ou blanches des bougainvilliers, les aquarelles sur papier respirent la vie, autant dans ses joies  que dans ses mélancolies. Elles parlent par petites couches  stratifiées  de lumière, de chaleur  humaine, de générations d'hommes et d'un temps immortel.

*Artisans du Liban et d'Orient. Souk el-Najjarin.  Jusqu'au 11 novembre Tél : 01/998822.
Sur les cimaises  brutes et non polies aux « Artisans du Liban et d'Orient », à   Souk el-Najjarin*,  Martin Giesen  expose ses œuvres récentes. Une série d'aquarelles  qui racontent des histoires et l'histoire. Jusqu'au 11 novembre. Martin Giesen semble n'avoir jamais quitté le Liban où il a vécu de 1973 à 1985.  Actuellement établi aux Émirats où il enseigne l'histoire de l'art et l'architecture, celui qui a cofondé avec Amale Traboulsi la galerie Épreuve d'artiste  a tissé des liens indéfectibles  avec le pays du Cèdre qu'il considère comme une partie de sa « famille émotionnelle ».  C'est inlassablement qu'il continue...
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