Derrière les barbelés de Guantanamo, l'alimentation forcée des grévistes de la faim se pratique dans le plus grand secret.
« La décision de nutrition entérale n'est pas prise sur simple déclaration d'un détenu, elle est fondée sur des facteurs variés et, avant tout, sur une évaluation médicale d'un docteur qualifié. Il s'agit d'une préoccupation médicale et c'est la seule raison pour laquelle nous décidons de nourrir (ainsi) un détenu », a expliqué le contre-amiral Cozad, propos que la juge fédérale de Washington Gladys Kessler a validés par la suite. Elle renchérit en expliquant qu'il faut empêcher la mort du gréviste pour ne pas « lui infliger délibérément une souffrance. Nous sommes dans un lieu isolé (...) et nous n'avons pas la possibilité de procéder à l'évacuation sanitaire de quelqu'un qui est gravement malade à la suite d'un long jeûne non religieux », précise-t-elle.
Il faut dire que cette alimentation forcée avait duré plus de six mois et touché jusqu'à deux tiers des détenus, dont au maximum 46 ont été nourris par sonde. Ces chiffres étaient alors fournis quotidiennement par le porte-parole de Guantanamo. On sait que le Syrien Abou Dhiab, lui, demandait à l'amiral Kyle Cozad de lui épargner les séances quotidiennes d'alimentation forcée. Cela étant, il est impossible de connaître la part des 148 détenus de Guantanamo en grève de la faim ou nourris de force. Aucun bilan n'a été communiqué depuis octobre 2013, quand les autorités de la prison ont décrété la fin d'une grève de la faim sans précédent.
Vingt minutes plus tard...
« On ne parle pas de ça », rétorque le numéro 1 de la prison, quand l'AFP lui demande la proportion de détenus nourris par sonde. « Autrefois, nous donnions un bilan quotidien (...) mais les détenus manipulent les médias régulièrement », a estimé le contre-amiral Cozad, qui commande depuis juillet la force interarmées responsable de la prison. L'amiral ajoute que « quand ils recommencent à manger ou retrouvent un état nutritif stationnaire, alors nous décidons de les retirer de cette liste ».
La juge Gladys Kessler a cependant ordonné que soient dévoilées 28 vidéos classifiées montrant le prisonnier nourri par sonde, au grand dam du gouvernement qui a obtenu de retarder la publication des enregistrements. Depuis, le commandant Cozad a décidé d'arrêter de filmer cette procédure.
Celle-ci débute par « l'extraction forcée des cellules », comme l'appellent les militaires, et le prisonnier est sanglé sur une chaise dite de « contention ». Une sonde est insérée du nez jusqu'à l'estomac, puis retirée 20 minutes plus tard lorsque le détenu intubé a été nourri. Arguant à la fois du secret médical et militaire, le haut responsable s'oppose à la publication des vidéos car « elles révèlent certaines de nos tactiques, techniques et procédures ».

