Kiev a dénoncé hier l'entrée depuis la Russie de dizaines de chars et de troupes dans l'Est rebelle de l'Ukraine où cinq soldats ont été tués, nouveau signe d'une détérioration depuis les élections séparatistes.
Sur fond de craintes d'une nouvelle offensive rebelle, le porte-parole militaire ukrainien Andriï Lyssenko a affirmé que « 32 chars, 16 obusiers et 30 camions militaires Kamaz avec des troupes » avaient pénétré en Ukraine depuis la Russie et se dirigeaient vers Krasny Loutch, dans la région rebelle de Lougansk.
Une autre colonne de camions, dont trois transportant des stations radar, a franchi la frontière au poste de contrôle d'Izvariné, aux mains des séparatistes, selon la même source. Cinq soldats ont été tués et 31 personnes, seize militaires et quinze civils, blessées en 24 heures, selon les autorités, l'un des bilans les plus lourds depuis le cessez-le-feu du 5 septembre conclu à Minsk. Sur le plan diplomatique, dans un entretien téléphonique avec la chancelière allemande Angela Merkel, le président ukrainien Petro Porochenko a déploré « une remise en cause du protocole de Minsk qui entraîne une escalade ultérieure du conflit ».
Par ailleurs, à Donetsk, les tirs sont devenus très nourris en début d'après-midi dans les environs de l'aéroport, se rapprochant de la gare plus près du centre. La veille, 15 civils avaient été blessés par des éclats d'obus à proximité de l'aéroport, l'un des points chauds que les troupes ukrainiennes et les séparatistes prorusses se disputent depuis plusieurs mois. Parallèlement, 150 personnes ont assisté aux obsèques de deux adolescents tués mercredi dans un bombardement ayant touché leur école près de Donetsk, un drame qui a soulevé une vive émotion, Kiev et rebelles s'accusant mutuellement d'en être responsables. « Il ne faut pas que ça se reproduise. Il faut arrêter la guerre », a déclaré, de son côté, le maire de Donetsk, Igor Martynov.
« Empêcher le cancer de s'étendre »
De fait, la situation s'est brusquement saggravée ur le terrain après les élections dans ces deux régions séparatistes qui, selon Kiev et les Occidentaux, ont porté un coup au fragile processus de paix.
De son côté, Moscou, qui a déclaré « respecter » le résultat de ces scrutins, accuse les autorités ukrainiennes d'avoir « grossièrement piétiné » les accords de paix conclus à Minsk. Hier, le vice-ministre russe des Affaires étrangères Grigori Karassine a appelé Kiev à « établir un dialogue » avec les représentants de l'Est rebelle. Mais Kiev, qui rejette le vote séparatiste « anticonstitutionnel », mais ne semble pas être en mesure de récupérer les régions rebelles, a pris une série de mesures visant à les isoler du reste de l'Ukraine afin d' « empêcher le cancer de s'étendre », selon l'expression du président Porochenko. Pour sa part, le gouvernement a imposé le contrôle des passeports autour des régions prorusses après avoir annoncé la suppression du versement d'allocations, surtout des retraites, aux habitants de l'Est s'ils ne déménageaient pas dans les territoires contrôlés par Kiev. L'Ukraine prévoit à terme de supprimer la totalité des subventions à cette zone, qui s'élèvent, selon Kiev, à 34 milliards de hryvnias (1,8 milliard d'euros) par an. Enfin, sur le plan international, l'Union européenne a annoncé la tenue le 17 novembre d'un Conseil de ses ministres des Affaires étrangères pour discuter des sanctions contre Moscou.
(Source : AFP)

