Éric Le Sage, une prestation au-dessus de tout éloge. Photo Nasser Trabulsi
Sous les doigts d'Éric Le Sage, agilité, célérité, précision, cadence et silence ont des rapports magnétiques et
fusionnels.
C'est dans un écrin empreint de piété, entre icônes saintes et vitraux colorés, à proximité de l'autel de la chapelle Notre-Dame des Semences de l'Université antonine (Hadeth-Baabda) que les sonorités des partitions de Schubert, Beethoven et Schumann se sont élevées. Public attentif devant Éric Le Sage, officiant du clavier de grand talent. «L'un des représentants les plus incontournables à travers le monde de l'école française de piano», souligne l'extrait de presse qui lui est dédié.
À cinquante ans, de réputation internationale, auréolé de prix, ce concertiste qui émeut les auditoires et la critique, ce pianiste, pour son quatrième passage au Liban et pour démarrer la saison de musique de chambre à l'Université antonine, a choisi un petit bouquet de trois œuvres (deux sonates et une fantaisie) aux fragrances sonores capiteuses et
enivrantes.
Ouverture avec la Sonate n° 30 en mi majeur op 109 de Beethoven. Torrents éclatants que ces phrases jonglant avec des miroitements menaçants et des légèretés de nuage. Une ligne mélodique imprévisible comme une traînée de foudre ou un azur cotonneux, oscillant constamment, sur fond d'arpèges mordants, entre martèlement et architecture aux dentelures d'un lyrisme intense. Une œuvre fulgurante et d'une brièveté ultra-éloquente. Un des opus les plus époustouflants du génie de Bonn.
Pour prendre le relais, un somptueux morceau d'anthologie, un sommet du répertoire pianistique romantique, et l'on nomme La Fantaisie en do majeur op 17 de Robert Schumann. Déchirant cri d'amour du compositeur de La Symphonie rhénane à sa «Geliebte» Clara (Clara bien-aimée) qui deviendra par la suite son épouse et la mère de ses huit enfants. Œuvre tourmentée, chargée d'angoisse et d'espoir. Une beauté sonore à la fois torturée et aspirant à une paix absolue. Pour le corps et l'esprit. Jamais musique n'a parlé au cœur des vivants avec autant de poigne, de sincérité et de véhémence.
Petite pause et l'on clôture avec la Sonate n° 21 en si bémol majeur D 960 de Schubert. Quatre mouvements incarnant le tumulte, la passion, les instants sombres, lumineux et grandioses d'une exaltation d'un romantisme échevelé et impétueux. Une des dernières œuvres d'un musicien toujours entre ombre et lumière, sourires et larmes.
Une trombe d'applaudissements pour une prestation au-dessus de tout éloge. En bis, pour garder un instant de plus cette immatérielle magie du clavier dans cet espace rond et fermé, se sont profilés les pas de danse de David orchestrés et chorégraphiés par les notes diaphanes et lumineuses de Schumann.


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"En bis, pour garder un instant de plus cette immatérielle magie du clavier dans cet espace rond et fermé, se sont profilés les pas de danse de David orchestrés et chorégraphiés par les notes diaphanes et lumineuses de Schumann." Il s'agit bien entendu d'une des "Davidsbundler Tanze", ou "Danses des Compagnons de David" de Schumann...Et M. Davidian trouve toujours le besoin de mettre du sien: "orchestrées et chorégraphiées"! Pour le piano? Décidément...Mais au moins il n'y a pas de "pointes et contrepointes", c'est déjà ça de gagné...
12 h 48, le 07 novembre 2014