Une vieille dame tire une brouette remplie de bois dans les rues de Donetsk. Dimitar Dilkoff/AFP
L'Ukraine va revoir ses engagements de paix après les élections séparatistes de dimanche dans l'Est rebelle prorusse reconnues par Moscou, a déclaré hier le président Petro Porochenko sur fond de craintes d'une nouvelle offensive militaire.
Dans un discours à la nation, le président a expliqué que Kiev allait « revoir son plan d'action » après le vote qui a constitué « une violation grossière » du protocole de Minsk du 5 septembre conclu entre l'Ukraine et les séparatistes avec la participation de la Russie et de l'OSCE. D'ailleurs, le Conseil de sécurité nationale et de défense se réunit aujourd'hui pour aborder notamment la suppression de la loi sur le « statut spécial » des régions séparatistes, approuvée en septembre et qui leur donnait pour trois ans une large autonomie avec la possibilité de créer des « milices populaires » et garantissait l'amnistie à une partie des combattants, a annoncé M. Porochenko. L'adoption de ce texte a été largement interprétée comme une « capitulation » des autorités ukrainiennes après une série d'échecs militaires face à l'offensive des rebelles soutenus, selon Kiev et l'Occident, par des troupes régulières russes. Pour le président, le texte qui « jouait un rôle important pour stopper l'agression extérieure » et montrer la volonté de l'Ukraine en vue d'une désescalade n'a plus de sens après son rejet par les rebelles.
Sur le terrain, les bombardements ont repris hier à Donetsk après une accalmie relative dimanche près de l'aéroport de Donetsk, théâtre de vifs combats depuis des mois. De longues colonnes de fumée noire s'élèvent de plusieurs endroits autour de l'aéroport et deux incendies étaient visibles.
Intégrité territoriale menacée
Sur le plan diplomatique, alors que l'Union européenne a dénoncé un « nouvel obstacle » sur la voie d'un règlement pacifique, Berlin n'a pas exclu de nouvelles sanctions européennes contre la Russie, déjà lourdement frappée. De son côté, le président français François Hollande a appelé hier son homologue russe Vladimir Poutine à ne pas reconnaître les élections séparatistes « qui pourraient mettre en cause l'intégrité territoriale » de l'Ukraine. Cela dit, défiant les avertissements des Occidentaux, la Russie a déclaré « respecter » le choix du peuple et appelé hier Kiev à « renoncer aux opérations militaires » dans l'Est, estimant que les dirigeants rebelles élus avaient désormais la légitimité nécessaire pour dialoguer avec les autorités ukrainiennes.
Pour rappel, six mois après le début du conflit ayant fait plus de 4 000 morts, les républiques autoproclamées de Donetsk et de Lougansk ont élu dimanche leurs « présidents » et leurs « Parlements ». Le « Premier ministre » de la République autoproclamée de Donetsk (DNR), Alexandre Zakhartchenko, 38 ans, a été élu « président » avec 77,51 % des voix. Il est investi aujourd'hui dans le théâtre dramatique de Donetsk. Par ailleurs, à Lougansk, l'ex-militaire de 50 ans Igor Plotnitski, très attaché au passé soviétique, a obtenu plus de 63 % des suffrages. Enfin, beaucoup à Kiev craignent désormais une nouvelle offensive majeure des rebelles visant notamment à créer un couloir terrestre vers la Crimée. « Le plus grand risque est qu'ils déclenchent une offensive », a déclaré une source diplomatique ukrainienne haut placée, résumant les craintes de bon nombre d'observateurs et de médias. « Beaucoup dépend d'un accord entre Kiev et Moscou sur l'approvisionnement de la Crimée », a estimé un haut responsable ukrainien chargé de la sécurité, sous le couvert de l'anonymat. « S'il existe, il n'y aura pas d'offensive majeure d'ici au printemps. Mais s'il n'est pas trouvé, les Russes n'auront pas d'autres options » que d'attaquer, a-t-il assuré.
(Source : AFP)

