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Culture

L’Arabe, l’autre, c’est mon frère

Course aux prix

« Meursault, contre-enquête » a déjà glané les prix François Mauriac et des Cinq continents de l'AIF, il est bien ancré dans le dernier carré du Goncourt mais vient d'être éjecté du Renaudot. Le bonheur de Kamel Daoud sera-t-il bientôt complet ?

30/10/2014

Le pitch? Faire un «sequel» à L'Étranger d'Albert Camus. Inventer un frère à l'Arabe tué par Meursault, lui donner la parole et tisser une histoire autour des questions identitaires et raciales.

L'auteur? Pour un projet aussi audacieux et crâne, il fallait un personnage similaire. Kamel Daoud, un matheux/littéraire algérien qui n'a pas la langue dans la poche, semble le candidat idéal. D'autant plus qu'il est passé maître dans un exercice journalistique consistant à se mettre dans la peau d'un personnage célèbre. Fin psychologue, il rate rarement sa cible. Là aussi, il fait mouche.

Bac + combien? Est-ce qu'il faut avoir lu L'Étranger pour comprendre ce roman? Sans doute, oui, pour en apprécier pleinement la portée. Car, autant le dire tout de suite, Meursault, contre-enquête n'est pas une œuvre facile. Elle fait sûrement la joie des professeurs de littérature et le désespoir des cancres. Faudra y chercher les allusions, les clins d'œil au texte de Camus. Un certain livre dans le bagage littéraire est donc le bienvenu. Daoud l'a d'ailleurs noté, au tout début de sa contre-enquête: «Tu as le livre dans ton cartable? D'accord, fais le disciple et lis-moi les premiers passages»...

Le texte? L'ouvrage ne compte que 153 pages, mais elles sont bien denses et à haute teneur philosophique. La construction du texte, elle, n'est pas inspirée de L'Étranger. Mais d'un autre texte du même auteur. Daoud a établi un autre parallèle avec La Chute. Un récit qu'il considère comme étant «le plus sincère et le moins construit de Camus».

Le style? Direct, conversationnel, imagé, engagé, enragé. Piqueté de mots en arabe. Du coup, ça paraît plus authentique.

Le narrateur? Haroun, un vieil homme «tourmenté par la frustration», veut honorer la mémoire de son frère, réhabiliter son statut de «chahid» tué avec une «nonchalance majestueuse» et resté pour la postérité, sans nom, sans identité. Mais, au fil de l'histoire, il révèle sa jalousie du frère disparu, resté favori de la m'man.

Le mort? C'est Moussa, le frère du narrateur. Il est décédé sur une plage d'Algérie écrasée de soleil, en 1942. Haroun raconte alors son histoire.

L'assassin? «Un homme qui sait écrire tue un Arabe qui n'a même pas de nom ce jour-là... Puis se met à expliquer que c'est la faute d'un Dieu qui n'existe pas...», écrit Daoud. À ce stade de l'histoire, Camus («l'homme qui sait écrire») et Meursault ne font qu'un, ont la même voix. Celle de l'assassin.
«Le meurtrier est devenu célèbre et son histoire est trop bien écrite pour que j'aie dans l'idée de l'imiter...», note encore Daoud, qui ajoute s'être emparé de la langue française, comme les gens de son pays ont pris les maisons des Français dans l'ère postcoloniale. Il a fait de même du roman de Camus, devenu un bien vacant.

Le duel ? Entre le narrateur de Mersault, contre-enquête et celui de L'Étranger. Mais aussi entre Moussa (Moïse) et Haroun (Aaron), deux frères à la relation ambiguë et ce, depuis les temps bibliques. Dans le récit biblique, c'est Moïse qui detient la parole de Dieu et Aaron qui parle. Meursault, contre-enquête prend dès lors une toute autre dimension historique. Et politique.

 

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