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Liban

« Pas de circonstances atténuantes » pour la destruction des vestiges du théâtre et de l’hippodrome romains

Patrimoine

L'Association pour la protection du patrimoine libanais (APPL) conteste la teneur des déclarations du ministre de la Culture, Rony Araiji, et du responsable de la DGA, Assaad Seif, au sujet de l'hippodrome et du théâtre romains de Wadi Abou Jmil.

Raja NOUJAIM | OLJ
30/10/2014

C'est par un « Pas de circonstances atténuantes pour les destructeurs des vestiges du théâtre et de l'hippodrome romain » que l'APPL a répondu à l'article « Pas de peine capitale pour les vestiges de l'hippodrome romain de Wadi Abou Jmil » paru dans notre édition du 25 septembre puis aux déclarations de M. Araiji du 2 octobre.


« Nulle part au monde des monuments d'une telle importance n'ont été démontés et/ou démolis », affirme l'association qui juge « honteuses » les différentes actions entreprises ou prévues dans ce cadre par la DGA, « la destruction et les travaux de démontage aboutissant au même résultat de démolition et/ou de défiguration des monuments, quelle que soit la réintégration prévue ».
À propos des trois parcelles de l'hippodrome romain de Beyrouth, l'APPL relève que « sur le lot 1370, M. Araiji a déjà permis la dépose totale des vestiges, contrairement au verdict du conseil d'État ». Alors que « sur les lots 834 et 1410, la majorité des vestiges découverts a déjà été détruite ». « Seule a été démontée une partie des grandes pierres des murs est (des Carceres) et nord (des gradins) du monument en vue des quantités possibles à être intégrées dans l'espace qui leur a été alloué au premier sous-sol des projets immobiliers et non en plein air comme déclaré. De la sorte, au lieu d'être conservés, protégés et restaurés, les gradins, l'arène et la spina de cet hippodrome d'une architecture rare seront réduits à un entassement de pierres sans valeur scientifique ni historique », déplore-t-elle.
Et de poursuivre : « La quasi-totalité des vestiges assez uniques du théâtre romain de Beyrouth dans le lot 1410 a déjà été démontée ou détruite (le reste étant en cours), leur levée préalable ayant toujours été demandée et même exigée par le promoteur, comme advenu pour le lot 834. »
« L'état de conservation vulnérable de ces vestiges comme découverts imposait de les garder in situ et de les restaurer », déclare l'APPL en déplorant dans ce contexte « l'intervention de la DGA et du restaurateur, la qualifiant de non professionnelle et d'irresponsable ».

 

Reconstitution du monument ex situ
« Un assemblage de pierres numérotées, en décoration du projet immobilier ou en vue d'une éventuelle plus-value présumée, aux dépens d'une préservation réelle du monument, tel sera le devenir du théâtre romain, sans respect des règles internationales, qui stipulent la conservation de l'authenticité et du contexte initial ainsi que la valorisation des vestiges, quitte à modifier si nécessaire l'architecture du nouveau projet », regrette l'association et suggère « une reconstitution du monument ex situ (en plein air et non pas dans un sous-sol fermé ), avec une restauration partielle des vestiges, suivie d'une installation 3D adéquate (le tout à la charge du promoteur) ».


L'APPL conteste le projet de décret envisagé par le ministre en vue de l'application d'un système fixe de gestion des sites archéologiques, « pour lequel seul l'avis du Conseil d'État a été requis ». « Il est nécessaire d'obtenir d'abord l'avis d'une commission indépendante formée par des spécialistes des universités locales importantes, auquel pourrait même s'ajouter celui de l'Unesco et de l'Icomos », souligne-t-elle. Selon l'association, « l'application d'un tel décret est de nature à limiter les prérogatives et les responsabilités des archéologues ; le principe de » dépose et réintégration « devenant la base et la finalité de leur travail, alors que ce n'est qu'un moyen fortement contesté qui ne profite réellement qu'au privé ».


« Créer un musée sur une ou plusieurs zones d'un projet immobilier d'habitations, en faisant coexister des propriétés privées et leur zone commune avec des espaces publics ne peut pas permettre d'atteindre l'objectif annoncé, surtout au vu des conséquences au niveau de la restriction des surfaces, de l'atteinte à la vie privée et du coût élevé au (m2)comme c'est le cas à Beyrouth (voir Saifi Crown 616) », poursuit-elle, estimant que « non seulement cela aboutira à une perte certaine de ce qui reste du patrimoine historique, mais risque de favoriser la propagation d'une corruption légalisée ». L'APPL rappelle que « sur les 360 sites archéologiques fouillés à Beyrouth, sept seulement sont restés en place, dont trois délaissés, le tout sans presque aucun entretien ni panneau informatif ». « Et seuls 10 % environ de ces 360 sites ont à ce jour fait l'objet de publications scientifiques officielles », s'indigne-t-elle.

 

(Lire aussi: Lancement du projet d'extension du musée national de Beyrouth)

 

Des moyens de financement
L'association, qui s'est arrêtée sur les propos du ministre, selon lesquels « l'État n'est pas en mesure de financer les expropriations », souligne qu'il existe d'autres solutions pour conserver et mettre en valeur le patrimoine : l'obtention de financement de la part de mécènes libanais, de pays étrangers et d'organismes internationaux, après présentation d'un dossier technique, facile à préparer et, surtout, l'application de la loi libanaise (les décrets 2786/92 et 4830/94) concernant les propriétés au sein de la zone de Solidere où sont découverts des vestiges archéologiques importants à conserver in situ, Solidere étant tenu à ce moment d'assurer aux propriétaires lésés d'autres terrains en compensation. « Ce que M. Araiji a refusé de faire malgré notre demande explicite et justifiée, bien que les monuments en question soient d'une part le seul hippodrome romain au Moyen-Orient édifié intra-muros et dont les composantes majeures sontsituées sur la parcelle 1370, et d'autre part le plus grand théâtre romain découvert sur le territoire libanais (lot 1410 et autres) », selon l'APPL qui invite le ministre à ordonner au plus vite une suspension de la mise en application de ses décisions et l'arrêt des travaux de « dépose », ainsi qu'émettre le courrier à Solidere au moins pour le lot 1370. « C'est alors que nous participerons au débat public », auquel le ministre a appelé, indique l'APPL.

 

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