À quelques heures d’un sommet européen, l’Italie a décidé de publier hier la lettre du commissaire Jyrki Katainen (Affaires économiques) concernant le projet de budget italien. Une décision « unilatérale » dénoncée à Bruxelles notamment par José Manuel Barroso. Dimitar Dilkoff/AFP
À quelques heures d'un sommet européen, l'Italie a décidé de publier hier la lettre du commissaire Jyrki Katainen (Affaires économiques) concernant le projet de budget italien. Une décision « unilatérale » dénoncée à Bruxelles, a déclaré l'AFP.
Outre l'Italie, quatre autres pays de la zone euro ont reçu des courriers de Bruxelles : la France, l'Autriche, la Slovénie et Malte. Seule l'Italie a rendu public le document.
« Nous répondrons à un certain nombre d'informations, mais vous savez quel est l'objectif de la France : que la croissance soit prioritaire », a réagi le président français François Hollande à son arrivée au sommet européen à Bruxelles.
« Rien ne nous fera dévier de cet objectif. Cela vaut pour l'interprétation de notre propre budget, qui respectera les règles avec un maximum de flexibilité, mais aussi pour l'objectif de croissance », a-t-il ajouté.
Le cas de la France est particulièrement sensible. Le projet de budget français prévoit en effet un déficit à 4,3 % du PIB en 2015, loin des 3 % auxquels Paris s'était engagé. Même en termes structurels (sans les effets de la conjoncture), le compte n'y est pas, avec un effort de seulement 0,2 %.
« La Commission européenne n'est pas favorable » à la publication de la lettre italienne, « car nous sommes en train de poursuivre des consultations informelles avec différents gouvernements. Nous pensons que c'est mieux d'avoir ce genre de consultations dans une ambiance de confiance », a déclaré M. Barroso lors d'une conférence de presse.
« Nous avons l'obligation légale de communiquer aux gouvernements lorsqu'il y a des doutes concernant la conformité des budgets avec les règles » européennes, a-t-il souligné.
Dans le courrier en date du 22 octobre, la Commission européenne demande à Rome d'expliquer d'ici à vendredi les raisons de ce dérapage budgétaire, et comment elle entend faire pour respecter les règles budgétaires.
Le projet de budget italien prévoit un déficit sous la barre des 3 %, contrairement à la France, mais l'effort structurel est insuffisant au vu des critères européens. Rome négocierait en coulisses un compromis sur l'effort structurel entre 0,25 % et 0,3 % (au lieu des 0,1 % annoncés), selon la presse italienne. L'idée est que personne « ne perde la face, ni au gouvernement ni à la Commission », estimait mercredi le quotidien La Repubblica.
« Les services techniques du ministère de l'Économie et des Finances sont déjà en contact avec la direction Ecfin à Bruxelles, et le gouvernement est en contact avec la Commission européenne. Le gouvernement italien répondra à la demande de clarification d'ici à demain », a indiqué le Trésor italien.
Mercredi prochain, la Commission pourrait demander à plusieurs États de la zone euro de revoir leur projet de budget si elle constate des manquements graves en termes budgétaires ou de réformes, ce qui n'est encore jamais arrivé.
C'est un « exercice qui doit être fait avec du sérieux et pas en termes de bataille. Si l'esprit est celui des batailles, nous serons tous perdants », a affirmé M. Barroso, qui a promis d'user de toutes les flexibilités existant dans le pacte de stabilité, le carcan budgétaire européen. « Je suis pour l'application des règles mais avec le maximum possible de flexibilité », a-t-il dit, à quelques jours de la fin de son mandat le 31 octobre.


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