Philippe Huguen/AFP
Le compte à rebours a commencé hier à Bruxelles pour le budget français qui prévoit de nouveaux dérapages des finances publiques et pourrait être rejeté d'ici à fin octobre par Bruxelles, un scénario humiliant que Paris cherche à éviter à tout prix.
En gage de bonne volonté, le gouvernement français a annoncé hier une accélération des cessions d'actifs de l'État et un assouplissement à venir de son marché du travail, une des marottes de la Commission européenne. Il va également procéder à plusieurs restructurations dans les armées l'année prochaine, afin de faire face à ses contraintes budgétaires.
Le signal est clair : il s'agit de marquer une volonté de réformes et d'amadouer ses partenaires européens, excédés par les dérapages budgétaires.
Car le projet de budget français, bien que marqué par des économies de 21 milliards d'euros, prévoit un déficit à 4,3 % du PIB en 2015, loin des 3 % auxquels Paris s'était engagé. Même en termes structurels (sans les effets de la conjoncture), Paris n'est pas dans les clous.
En termes de réformes, « ça ne suffira pas », souligne une source européenne. « La Commission sait que la France a déjà mis en œuvre des réformes structurelles, mais soit elles ne sont pas entrées en vigueur, soit elles n'ont pas encore porté leurs fruits », dit-elle.
Pluie de critiques
L'agence Fitch a d'ailleurs menacé mardi d'abaisser la note de la France d'ici à décembre en raison des difficultés du pays à réduire son déficit. La crédibilité budgétaire de la deuxième économie de la zone euro est « affaiblie », juge l'agence de notation.
La semaine dernière, c'était le patron de la zone euro, Jeroen Dijsselbloem, qui s'en prenait à la France, critiquant le délai dont elle a bénéficié pour ramener son déficit dans les clous européens l'an dernier. « Comment ont-ils utilisé ce temps ? Pour être tout à fait franc, je crois qu'ils n'ont pas utilisé » ce délai pour des réformes, avait-il lancé depuis Washington.
Depuis un an, la France, comme tous les pays de la zone euro, doit envoyer son projet de budget à la Commission, qui peut soit le valider, soit demander formellement à un État de revoir sa copie, ce qui n'est encore jamais arrivé.
En l'état, le budget français ne passe pas la rampe, estiment de nombreuses sources à Bruxelles, même s'il n'a pas encore été reçu par la Commission.
Pour justifier son budget 2015, Paris argue de « circonstances exceptionnelles », notamment la croissance atone et le très bas niveau de l'inflation. Mais l'argument ne passe pas auprès de pays comme l'Autriche ou le Portugal, qui ont dû consentir à des efforts importants.

