Lors d'une conférence de presse à Toulouse, tenue à la hâte après avoir été choisi pour le prix Nobel, M. Tirole a déclaré que « le marché de l'emploi français est assez catastrophique ».
« Je pense qu'il va falloir changer les choses si on veut donner un avenir à nos enfants », a-t-il ajouté.
« Depuis 30 ans, 40 ans, il y a du chômage, et les jeunes, on leur propose des CDD dans leur très grande majorité parce que les entreprises ont trop peur de donner des CDI. Donc on a une situation complètement absurde qui est qu'à force de trop protéger les salariés, on ne les protège plus du tout », a-t-il ajouté dans l'amphithéâtre de l'École d'économie de Toulouse, adossée au centre de recherches TSE de M. Tirole.
« Ce n'est pas un hasard que toute l'Europe du Sud, qui a exactement les mêmes institutions du marché du travail, s'est retrouvée avec beaucoup de chômage alors que l'Europe du Nord, la Scandinavie par exemple, qui a un système différent, se retrouve avec assez peu de chômage », a-t-il ajouté dans une salle bondée de journalistes et de cameramen.
En 2003, l'économiste avait proposé une série de réformes en profondeur du marché de l'emploi en France, estimant notamment qu'il fallait créer un « contrat de travail unique » abolissant la distinction CDI/CDD.
« Nos propositions de réformes n'ont pas été adoptées », a-t-il regretté, disant cependant « ne pas penser que l'économie française soit un cas désespéré ».
« La question n'est pas l'austérité mais ce sont les réformes », a-t-il asséné.
L'économiste a de plus souligné la nécessité de mettre en œuvre le projet d'union bancaire européenne.
« Mon avis c'est que la création d'une union bancaire est quelque chose de tout à fait important », a-t-il dit.
« Il faut que cela se passe au niveau européen et il ne faut pas que les gouvernements puissent intervenir dans la réglementation prudentielle car les gouvernements ont leurs propres objectifs qui peuvent après entraîner des difficultés très importantes pour les banques. Donc (il faut) avoir une union bancaire, mais il faut qu'elle soit indépendante et qu'elle puisse intervenir », a cependant averti M. Tirole.
Jean Tirole est le troisième Français à recevoir le prix Nobel d'économie. Il a été couronné pour ses recherches variées sur la finance, l'entreprise et les marchés. Il est président de la Fondation Jean-Jacques Laffont-Toulouse School of Economics (TSE), qui regroupe plus de 150 chercheurs de stature internationale et se revendique comme « un des dix meilleurs centres de recherche en économie dans le monde ».
Économie
Tirole : « Le marché de l’emploi français est assez catastrophique »
OLJ / le 14 octobre 2014 à 00h00


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