Maître Mounir Chéhadé est décédé le jour de son 91e anniversaire, avant d'avoir pu souffler les bougies ornant le gâteau préparé par sa famille. Le matin même de sa mort, il a contacté un collègue pour lui rappeler d'assister à une audience – preuve de la conscience professionnelle qui l'a toujours caractérisé. Je le voyais traverser la rue pour se rendre au Palais de justice, arpenter la salle des pas perdus, gravir les marches menant à la Cour de cassation, infatigable, indestructible, mû par sa passion pour son métier d'avocat. Je lui demandais de se reposer enfin, mais, de toute évidence, le mot « retraite » ne figurait pas dans son dictionnaire... Cette ténacité et cet enthousiasme contagieux n'étaient pas les seules qualités dont jouissait cet ami fidèle qui a partagé avec mon père les plus belles années de la justice libanaise. Mounir Chéhadé était aussi un véritable gentleman, un homme courtois, noble et modeste à la fois, soucieux de respecter à la lettre l'éthique inhérente à la profession, un père de famille exemplaire qui, avec le soutien de son épouse Souad, a admirablement éduqué ses deux filles. « Pour vivre heureux dans la profession d'avocat, il ne faut pas avoir de cœur », écrivait André Hallée. Mounir Chéhadé nous prouve le contraire : un homme de cœur peut aussi être un avocat heureux.
Alexandre NAJJAR
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Hommage à Mounir Chéhadé
OLJ / le 13 octobre 2014 à 00h00


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