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Moyen Orient et Monde - Épidémie

L’Espagne condamnée à gérer Ebola

La psychose s'étend au monde ; l'OMS annonce que le bilan des décès dépasse les 4 000 morts.

Les collègues de l’aide-soignante espagnole contaminée Teresa Montero ne peuvent s’empêcher d’avoir peur d’être à leur tour touchés. Andrea Comas/Reuters

L'Espagne, où une aide-soignante malade d'Ebola lutte contre la mort, s'est dotée hier d'un comité de crise pour prévenir l'épidémie.
Critiqué pour son manque de réaction depuis l'hospitalisation tardive d'une aide-soignante qui a contracté le virus à Madrid, première contamination en dehors d'Afrique, le numéro deux du gouvernement, Soraya Saenz de Santamaria, annonçait la création d'un comité spécial interministériel « pour la gestion en Espagne de la maladie d'Ebola ». Elle-même présidera ce comité, regroupant notamment la ministre de la Santé et des représentants des ministères de la Santé, des Affaires étrangères, de la Défense et de l'Intérieur. Le comité spécial devra coordonner les actions au sein du pays et avec l'étranger et l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et mener une campagne d'information auprès du public, a-t-elle expliqué.
Dans le même temps, le chef de l'exécutif Mariano Rajoy se rendait pour la première fois à l'hôpital où Teresa Montero lutte contre la mort et rendait hommage au personnel qui la soigne. La police espagnole multiplie, elle, les mises en garde contre les faux bruits sur la contagion du virus Ebola qui circulent sur les réseaux sociaux. Mais les collègues de l'aide-soignante contaminée ne pouvaient s'empêcher d'avoir peur d'être à leur tour touchés. Une crainte qui a entraîné la désaffection du personnel censé s'occuper de la patiente à titre volontaire, c'est-à-dire en provenance d'autres services, selon Charly Manuel Torres, l'un des infirmiers qui s'occupe d'elle. La colère du personnel soignant est d'autant plus forte qu'il attribue une partie des difficultés aux coupes sombres dans le secteur de la santé, en lien avec les mesures d'austérité décidées au plus fort de la crise espagnole. « Il y a beaucoup de gens qui viennent travailler, nettoyer, et ils doivent tous savoir qu'ils ont l'appui, le soutien et l'affection de l'immense majorité des Espagnols », a déclaré Mariano Rajoy pour les rassurer.
Outre l'aide-soignante, 13 personnes étaient hospitalisées dans un service spécialisé, à titre préventif. La ministre de la Santé espagnole Ana Mato a quant à elle annoncé des renforcements des protocoles à appliquer dans la lutte contre Ebola. Les seuils de température « alerte » « seront abaissés de 38,6°C à 37,7°C », a-t-elle déclaré après une réunion de coordination avec les 17 régions espagnoles, qui ont chacune leur département de la santé.

La maladresse de Rodriguez
Ces développements interviennent alors qu'à Madrid, le chef du département de la Santé était sur la sellette hier après avoir accumulé les gaffes à propos de l'aide-soignante espagnole atteinte du virus Ebola, qu'il a accusée d'avoir menti. Javier Rodriguez, responsable de tous les services de santé de Madrid et sa région dans ce pays très décentralisé, s'est demandé dans une interview si Teresa Romero, hospitalisée lundi après plusieurs jours de fièvre, n'avait pas menti aux médecins. Semblant rejeter sur la malade le retard des autorités dans sa prise en charge, il a relevé qu'elle n'avait pas dit à son médecin traitant qu'elle avait été en contact avec deux missionnaires, morts du virus à Madrid après avoir été rapatriés d'Afrique. Depuis lors, Javier Rodriguez, 70 ans, a multiplié les déclarations maladroites, même s'il assure qu'il n'a voulu « criminaliser personne ».
La France a pour sa part annoncé l'entrée en service aujourd'hui d'un numéro de téléphone vert pour informer le public. En France, après un cas de panique dans une école primaire accueillant des enfants arrivés de Guinée, un bâtiment public en banlieue parisienne a été brièvement bouclé jeudi après le malaise d'un jeune homme, lui aussi arrivé de Guinée, une fausse alerte.
Partie de Guinée, l'épidémie a fait à ce jour 4 033 morts, a annoncé l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Les Nations unies, qui avaient lancé un appel de fonds de près d'un milliard de dollars, qui n'est financé pour l'instant qu'à 25 %, selon le secrétaire général adjoint des Nations unies, ont annoncé la mise en quarantaine de 41 membres de leur personnel au Liberia, l'un des pays les plus touchés par l'épidémie, après la découverte d'un deuxième cas de contamination en une semaine dans leurs rangs. La mission de l'Onu au Liberia compte 6 000 personnes. Alors que le principal centre de traitement de Médecins sans frontières (MSF) était proche de la « saturation » en Guinée, des personnels de santé du Liberia ont entamé hier un débrayage pour réclamer des primes de risques. Le gouvernement libérien a en outre interdit à la presse l'accès aux centres de traitement d'Ebola, l'empêchant de couvrir ce mouvement de grève. « Ils violent l'intimité des gens, prennent des photos pour les vendre à des institutions internationales. Nous mettons fin à tout ça », a lancé aux journalistes sur place le porte-parole du gouvernement, Isaac Jackson.
Signalons qu'après les États-Unis et la Grande-Bretagne, qui ont décidé d'envoyer des troupes et des médecins en Afrique de l'Ouest, les Philippines ont annoncé étudier le déploiement d'un nombre substantiel de travailleurs de santé.

Vigilance aux frontières
En attendant, monde global oblige, les alertes se multiplient aux quatre coins de la planète. Le Brésil a en effet annoncé l'hospitalisation d'un cas suspect, un Guinéen de 47 ans arrivé d'Afrique il y a trois semaines, bien qu'il ne présente pas de symptômes. Si les tests étaient positifs, ce serait le premier cas en Amérique latine. Du coup, le Pérou a aussi annoncé une augmentation de la vigilance aux frontières, comme le Brésil l'avait fait en août. L'aéroport J. F. Kennedy, à New York, renforcera dès aujourd'hui le contrôle des voyageurs en provenance des trois pays africains les plus touchés, Guinée, Liberia et Sierra Leone. Le Canada a annoncé des mesures similaires. Londres a aussi décidé de renforcer le dépistage aux aéroports de Heathrow et Gatwick et aux terminaux du train Eurostar pour les personnes provenant de ces trois pays.
Le premier cas de contagion hors d'Afrique, et le décès mercredi d'un patient sur le sol des États-Unis, ont donné une dimension planétaire à l'angoisse : fausses alertes, rumeurs, hospitalisations de précaution se sont multipliées ces derniers jours. À New York, quelque 200 personnes employées à nettoyer les cabines des avions se sont brièvement mises en grève à l'aéroport La Guardia mercredi soir, inquiètes des risques. Elles devaient reprendre le travail, après avoir reçu une formation. Les standardistes du 911, le numéro de téléphone à composer en cas d'urgence, sont notamment formés à poser des questions pour repérer d'éventuels malades. La fièvre hémorragique à virus Ebola tue environ sept malades sur dix, selon l'OMS. L'infection se produit par contact direct avec les fluides corporels, sang, liquides biologiques ou sécrétions. La période d'incubation va de 2 à 21 jours. Le patient devient contagieux à partir du moment où des symptômes se manifestent mais ne l'est pas pendant la période d'incubation.
(Source : AFP)

L'Espagne, où une aide-soignante malade d'Ebola lutte contre la mort, s'est dotée hier d'un comité de crise pour prévenir l'épidémie.Critiqué pour son manque de réaction depuis l'hospitalisation tardive d'une aide-soignante qui a contracté le virus à Madrid, première contamination en dehors d'Afrique, le numéro deux du gouvernement, Soraya Saenz de Santamaria, annonçait la création d'un comité spécial interministériel « pour la gestion en Espagne de la maladie d'Ebola ». Elle-même présidera ce comité, regroupant notamment la ministre de la Santé et des représentants des ministères de la Santé, des Affaires étrangères, de la Défense et de l'Intérieur. Le comité spécial devra coordonner les actions au sein du pays et avec l'étranger et l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et mener une campagne...
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