Christine Lagarde, directrice du Fonds monétaire international, lors d’une conférence de presse sur l’Ukraine fin avril. AFP/Archives
Après une accalmie début septembre, le bilan quotidien publié par les autorités en Ukraine s'est de nouveau alourdi ces derniers jours. Après une journée noire mardi avec 12 tués, il s'est établi hier matin à six morts, trois civils et trois soldats ukrainiens, avant de s'alourdir avec deux morts civils près de la gare de Donetsk dans la soirée.
Mais sur le terrain, la réalité semble encore plus meurtrière : à Donetsk, où des combats agitent ces derniers jours le quartier de l'aéroport, les responsables d'une morgue ont indiqué à l'AFP recevoir une dizaine de corps par jour.
Hier en fin de journée, des obus ont touché un supermarché et des commerces dans le quartier de la gare, où des journalistes de l'AFP ont vu deux morts et quatre blessés.
Depuis l'entrée en vigueur le 5 septembre de l'accord de Minsk censé permettre la création d'une zone-tampon sur la ligne de front, le conflit a fait 331 morts, selon le décompte publié mercredi par l'Onu.
Au total, selon la même source, les combats ont fait 3 600 morts depuis le lancement mi-avril de l'offensive des forces ukrainiennes contre les séparatistes prorusses.
La situation aggrave l'effondrement de l'économie ukrainienne et coûte cher à un État déjà exsangue financièrement. Faute de paix solide en vue, le Premier ministre Arseni Iatseniouk l'a confirmé hier : Kiev a besoin d'argent au-delà du massif plan de sauvetage occidental annoncé au printemps.
Une délégation menée par le ministre ukrainien des Finances, Olexandre Chlapak, ainsi que par la présidente de la Banque centrale ukrainienne, Valeria Gontareva, doit assister cette semaine à la traditionnelle assemblée générale d'automne du FMI et de la Banque mondiale à Washington.
Leur objectif sera « d'adapter le programme conclu avec les organisations financières internationales aux réalités actuelles et attirer au maximum de nouvelles ressources, pour que l'Ukraine puisse commencer à se développer économiquement et surmonter cette période extrêmement difficile », a expliqué M. Iatseniouk.
Pour éviter à Kiev la faillite après l'arrivée d'autorités proeuropéennes et le retrait du soutien financier russe, le Fonds a ouvert en avril une ligne de crédit de 17 milliards de dollars, dans le cadre d'un vaste plan d'aide occidental de 27 milliards de dollars.
Kiev accuse Moscou
Début septembre, le FMI avait reconnu que son soutien pourrait se révéler insuffisant en raison du conflit dans l'Est. Ce dernier a notamment paralysé la production industrielle, concentrée en partie dans les régions de Donetsk et Lougansk, même si ce secteur dominé par la métallurgie et le charbon était déjà en difficulté avant la crise.
La monnaie s'est en outre effondrée, entraînant une envolée de l'inflation très difficile à vivre pour les ménages.
La Banque centrale ukrainienne prévoit désormais un effondrement de plus de 8 % du produit intérieur brut de l'Ukraine, en récession quasi permanente depuis la mi-2012.
« Objectivement, les indicateurs économiques de l'Ukraine sont directement liés à la guerre initiée par la Russie », a dénoncé M. Iatseniouk.
Le ministre de la Défense Valéri Gueleteï a également montré du doigt Moscou, responsable selon lui du non-respect de la trêve.
« Nous comprenons bien que puisque des troupes régulières russes se trouvent actuellement en Ukraine (...), elles sont en mesure d'arrêter les dizaines de combattants qui visent nos positions », a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse.
Outre le soutien financier occidental, Kiev recherche aussi un soutien militaire. Le ministre des Affaires étrangère Pavlo Klimkine a rencontré à Bruxelles le nouveau secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, qui s'est montré pour l'instant plus modéré que son prédécesseur vis-à-vis de Moscou, accusée par l'Alliance d'avoir déployé des troupes dans l'est de l'Ukraine.
« Le secrétaire général de l'Otan a changé, mais sa priorité pour l'Ukraine reste inchangée », a écrit M. Klimkine sur Twitter, assurant avoir reçu un « soutien total » concernant notamment le rétablissement du contrôle par Kiev de la frontière russo-ukrainienne.

