Il a fêté hier ses 62 ans. Il est donc de la Balance. Un signe gouverné par Vénus. C'est-à-dire par l'amour. Et Dieu, et tous les dieux, et le patriarche Kirill, et tous les Russes, et tous les humains savent désormais combien Vladimir Poutine s'aime. Combien il s'aime torse nu chevauchant dans les montagnes mongoles. Combien il s'aime en héros de peintures exposées en ce moment à Moscou et qui proposent aux amateurs d'art proto-surréaliste les... Douze travaux de Poutine. Combien il s'aime lorsque Lioudmila regarde ses souliers en assurant qu'elle et son ancien mari garderont de bonnes relations pour toujours. Combien il s'aime lorsqu'il voit à ses côtés, matés, obéissants, dociles et souriants, les très (très) fortunés Roman Abramovitch, Anatoli Tchoubaïs, Vladimir Potanine ou Pavel Fedoulev. Combien il s'aime à jeun dans sa salle de sportS en train de muscler ses pectoraux, avant d'enchaîner mille et une longueurs dans sa piscine puis de prendre son petit déjeuner à midi, des céréales, des œufs de caille et beaucoup, beaucoup d'ail. Combien il s'aime en défenseur acharné de la baleine grise – chacun a la Bardot qu'il peut, pas qu'il veut. Combien il s'aime lorsqu'il parle de Gazprom. Combien il s'aime lorsqu'il regarde à son poignet cette montre allemande à 390 000 euros, signée Lange & Söhne et baptisée Pour le mérite. Combien il s'aime en homme-providence, sauveur de la Crimée. Combien il s'aime en ami des bikers, un blouson de cuir noir avec un aigle sur le dos, un peu Peter Fonda dans Easy Rider, un peu président d'honneur des Hells Angels. Combien il s'aime quand il caresse les chiffres accouchés par sa réforme (?) économique, du moins jusqu'en 2008. Combien il s'aime en judoka invincible, en Marvel Hero, en Bond plus Brosnan que Connery, en Tarzan des fleuves sibériens. Combien il s'aime quand on le compare à Staline ou à n'importe quel tsar. Combien il aime crier Alina (Kabaeva) quand sa nouvelle maïya kiska, son petit chaton de trente ans sa cadette, l'emprisonne en elle, lui montre des aurores boréales, lui fait croire qu'il a de nouveau 25 ans.
Il ne s'est pas toujours aimé, Vladimir Poutine. Surtout pas jeune, quand ses parents manquaient cruellement de roubles et qu'il collectionnait les bonnets d'âne et les bagarres à l'école. Surtout pas vieil ado, quand il a épousé très vite cette brave Lioudmila parce que le KGB n'envoyait pas de célibataires en poste à l'étranger. Surtout pas avant que Boris Eltsine ne l'adoube : il était tellement terne qu'il en devenait presque transparent, donc sournois, donc manipulateur, donc chenille avant qu'elle ne crève sa chrysalide. En théorie, Vladimir Poutine aurait pu devenir un pur héros dostoïevskien, un peu comme le Stavroguine des Possédés ; un homme sublime parce que faible et fort à la fois, parce que veule et vil et généreux et moral à la fois, parce que humain, terriblement humain, mais plus encore : parce que tellement slave. Mais non. En pratique, cet homme n'a appréhendé son être-au-monde politique, infiniment plus hystérique que tous ses prédécesseurs, que sous un seul angle : battre coûte que coûte, à n'importe quel je(u), le président des États-Unis d'Amérique, que ce soit George W. Bush ou, surtout, Barack Obama. Quitte à rendre le monde moins beau, moins bon, moins sûr, moins propre. Quitte à gouverner par défaut, uniquement en fonction de... Quitte à plonger la Russie dans la crise. Peu importe : la seule chose qui compte, Marlene Dietrich et Kim Kardashian jusqu'au bout de ses caprices, de sa conception de lui-même, de sa gestion des autres, la seule chose qui compte désormais est de faire pipi plus loin, plus haut, plus fort que le premier locataire black de la Maison-
Blanche.
Sacré bonhomme.


PESONS LES C... DES DEUX COQS... S'ILS EN ONT... ET VOYONS LESQUELLES PÈSENT LE PLUS !
09 h 19, le 09 octobre 2014